Ce week end, alors que je me baladais, j'ai vu dans une poubelle une jardinière remplie de terre. Le pot
était plein d’un bon terreau bien noir, au beau milieu de déchets, boites de conserves, verres, et autres plastiques … Dix mètres plus loin, un bosquet aurait pu recevoir cette belle
terre.
Quel peut être le portrait robot de ce « jeteur de terre » ?
- Déjà, il ne fait pas la différence entre un déchet et de la terre.
- Il s’imagine peut être que la terre est un produit industriel.
- Il ne connaît en tout cas pas le circuit de gestion des déchets. Ramassage, tri, récupération, crémation, …
Il n’a pas idée du coût important de la gestion des déchets qui pèse sur les municipalités, donc sur les citoyens. La terre qu’il a jetée va inutilement alourdir la poubelle, donc la benne, et
comme elle va s’effriter dans le camion, aucun tri ne sera possible. Elle finira brulée !
Ce geste anodin, est un bel exemple d’inculture écologique.
Le jeu de mot est trop tentant. On peut lire dans Environ2b le titre « La Seine est de plus en plus saine ! »
Le journal écologique explique « Sans aucune qu'aucune opération de réintroduction n'ait été
lancée, la Seine enregistre le retour de plusieurs poissons migrateurs comme le saumon. (…) La Seine serait de nouveau un fleuve accueillant pour les poissons... et les nageurs, une bonne
nouvelle au moment même où l'affaire des algues vertes bretonnes prend de l'ampleur. Grâce à un système de vidéocomptage, 32 espèces de poissons migrateurs ont été comptabilisés dans la Seine
contre seulement 3 en 1970. »
Nous en sommes tous ravis. Et cela pourrait même déboucher sur une meilleure valorisation de nos territoires,
donc de l’attractivité économique territoriale, et par ricochet de notre positionnement concurrentiel.
Le raccourci vous semble trop rapide ? Et pourtant … L’Union Européenne travaille à la publication d’un
indice environnemental aux côtés du PIB !
Actu – Environnement écrit « Après plusieurs années de réflexion, la Commission européenne devrait
publier à compter de 2010 un indice représentant la pression exercée sur l'environnement. Si cet indice a le succès escompté, il accompagnera tous les ans la publication du PIB. (…) À l'instar de
la France et de sa Commission Stiglitz, l'Union européenne cherche par ailleurs à développer des indicateurs plus larges liés au développement durable et intégrant par conséquent l'économie, le
social et l'environnement. La Commission envisage d'élaborer un tableau de bord du développement durable qui reposerait sur l'ensemble des indicateurs de l'Union européenne et sur d'autres
informations publiques quantitatives et qualitatives, relatives par exemple aux entreprises et aux mesures politiques. Les services de la Commission prévoient de présenter une version pilote de
ce tableau de bord d'ici fin 2009 et de dresser un rapport sur la mise en œuvre de l'ensemble des indicateurs d'ici à 2012 au plus tard. »
Ca n’est que bon sens. On ne peut pas comparer la progression hallucinante des PIB de certains pays en
développement, obtenus parfois au mépris de l’environnement social et écologique, avec notre pauvre stagnation. Ces pays vivent à « crédit écologique », et tôt au tard, ils auront une
facture à régler. Intégrer un indice environnemental permet de rétablir la balance.
Déjà fin 2005 j’avais écrit : « Parmi ce qui fait aujourd’hui l’attractivité économique
d’un territoire, on trouve pêle-mêle : le rapport qualité/coût de la main d’œuvre, le réseau de transport, la proximité de centres économiques, la stabilité politique, …
A partir de quand rentrera en ligne de compte le degré de pollution ?
La qualité de l’air que l’on respire, la qualité de l’alimentation, de l’eau, rentrera tôt ou tard en
ligne de compte. Ce n’est qu’une question de temps.
Il faudra attendre sans doute quelques catastrophes pour que cela devienne une réalité : le jour où
une entreprise installée sur un site sera obligée de déménager parce que la zone aura été polluée durablement, avec une atteinte à la santé de ses salariés, (cela) sera sûrement le point de
départ de prise en compte de ce nouvel indicateur d’attractivité territorial. »
Après avoir bien fouillé dans les forums et avoir déchiffré le compte-rendu des délibérations de la CRE, je
considère personnellement que la position de la CRE (Commission de Régulation de l'Energie) est défendable et que la présentation faite dans les média au début de cette affaire est
tendancieuse.
1/ Rappelons d'abord que dans tout réseau d'énergie la puissance consommée à un instant donné (somme des
consommateurs raccordés, depuis la lampe basse consommation de quelques watts jusqu'au four électrique d'usine sidérurgique de quelques dizaine de mégawatts) est toujours inférieure à la
puissance disponible. Sinon, un premier générateur déclenche par surcharge, puis un deuxième… et c’est l’effondrement en chaîne du réseau, telles les grandes pannes qui affectent le réseau
européen ou surtout américain de temps à autre.
Les techniciens trouveront ici un bel exemple de panne de ce type.
Les réseaux et les autres fournisseurs d’électricité (Poweo, EON, etc…) se prémunissent contre ces pannes en démarrant quelques générateurs en excès, de façon à faire face aux aléas
de la demande : « pic » de consommation ou panne d’un générateur.
2/ Si ces aléas se trouvent sous-estimés à un instant donné, il faut adapter la fourniture à la demande dans
l’urgence. On peut bien sûr démarrer des groupes supplémentaires, mais si certains types de groupes générateurs peuvent être démarrés en quelques dizaines de minutes, voire quelques
minutes, pour d‘autres il faut des heures.
L’autre solution d’urgence, instantanée celle-là, est de couper le courant dans des installations non prioritaires, moyennant bien sûr accord préalable. Les gros industriels connaissent
bien ce type de contrat (Contrat EJP : Effacement des Jours de Pointe, qui permet des allégements de tarif substantiels et légitimes). L’innovation de Voltalis et des industriels qui vont
vendre le même type de service est d’inclure les petits consommateurs, particuliers notamment, dans ce dernier dispositif. C’est ainsi qu’on est en train de passer de l’ « Effacement des
Jours de Pointe » à l’« Effacement diffus ».
3/ Le problème était que, si on ne faisait rien RTE (qui gère la distribution d’électricité, c’est à
dire les réseaux de lignes électriques haute tension), aidé par Voltalis ou les futurs opérateurs du même type, prélevait par délestage l'énergie qu'EdF ou les autres gros producteurs avaient
produite à un instant donné pour leurs clients, pour les facturer à d'autres fournisseurs qui se trouvaient en manque, en général à cause de prévisions sous-estimées, et cela sans
dédommager EdF pour son prélèvement.
De plus, EdF ne peut pas, dans cette configuration, réduire sa production d’électricité, sous peine de
l’effondrement de réseau évoqué en 1 ci-dessus.
Il faut donc compléter le dispositif en décidant qui indemnise EdF pour une énergie qu'elle a bel
et bien produite (avec tous les frais de production afférents), mais quelle n’a pas vendue. C'est soit le fournisseur en manque (qui subit alors deux facturations, une de RTE pour la mise en
place du délestage et une d'EdF pour la fourniture), soit RTE, soit enfin Voltalis (qui alors intègrent cette indemnisation dans leur propre facturation). Dans tous les cas le coût devrait être
sensiblement le même, seule l'organisation différerait. Précisons que jusqu’à ce point du raisonnement tous les acteurs (Voltalis compris) sont d’accord. Voir en particulier le § 2 de ce
compte-rendu de délibération de la CRE du 18 juin
(PDF).
4/ Toute la polémique vient du fait que la CRE a choisi Voltalis pour refacturer la fourniture, en
considérant qu’une facturation unique exercerait davantage de pression sur le prix de revient du service qu’une facturation séparée. Et c’est, si j’ai bien compris, parce que Voltalis (qui
défendait la solution à deux factures séparées) veut se défendre contre cette pression sur le coût qu’elle a déclenché cette polémique … et ce buzz où des écolos ignorants des contingences
techniques ont donné libre cours à leur goût des invectives. Voir notamment le compte-rendu CRE
du 9 juillet (PDF) qui explique de façon schématique mais claire les différentes options possibles.
Voir aussi sur ce débat d’Agoravox un échantillon du niveau où a pu tomber la
discussion sur ce sujet.
A noter à la décharge de Voltalis qu’incorporer une rémunération extérieure (le fournisseur d’énergie primaire, EdF ou autre) dans son prix n’est probablement pas une opération
« blanche » dans la mesure ou des surcoûts, administratifs ou autres vont « plomber » son prix de revient. Ci-joint par exemple un autre débat sur Agoravox, beaucoup plus intéressant et sérieux que le précédent.
En tous cas, EdF n’est pas dans cette affaire l’industriel cynique et sans égards pour la collectivité, et
Voltalis la victime innocente, tels que le buzz médiatique les ont présentés.
Je reprends le fil du billet pour souligner l'intérêt de ce cas. Le web participatif, en laissant tout
internaute interpréter, relayer, diffuser, médiatiser ... des informations qu'il comprend mal, ne sera jamais un outil d'émancipation. Le web 2.0, au-delà des opportunités qu’il apporte, comprend
aussi une part de menace. Même si je suis convaincu que le bilan (opportunités/menaces) sera positif, je suis aussi persuadé que la maîtrise d’internet nécessite une formation minimale pour les
utilisateurs, et un devoir de vigilance pour les plus aguerris. Il y a là sans doute une forme de veille en devenir.
Jerome Bondu
- Sur le sujet de l'Intelligence Economique et du Développement Durable, on pourra aussi se référer au compte
rendu de la dernière conférence du Club IES.
La photo présente un système de distribution d'électricité inspiré d’internet.
Extraits du Monde : « La révolution de l'électricité est en
marche. Les réseaux électriques intelligents, ou "smart grids", s'apprêtent à bouleverser notre manière de produire, de distribuer et de consommer l'énergie. L'enjeu écologique est
triple : les smart grids sont le sésame pour réduire la consommation globale d'électricité, limiter le recours aux centrales les plus polluantes et intégrer des millions de sources d'énergies
renouvelables. (…)
A la clé: des investissements colossaux qui attirent les géants de l'électricité, mais aussi d'Internet,
de l'informatique ou du secteur des télécommunications. Car la recette du smart grid, c'est le mariage de tous ces réseaux pour tisser une toile gigantesque aux multiples ramifications.
(…)
"L'enjeu est de mieux synchroniser l'offre et la demande d'électricité, sachant qu'on ne peut pas stocker
celle-ci, explique M. Blanchard.Il faut, à chaque étape de la distribution, avoir la même approche que dans la gestion d'Internet : réorienter les flux, couper des pans
entiers du réseau, en fonction des informations qui remontent." »
L’article continue sur les aspects financiers de ce bouleversement. Car cette "mutation" du réseau électrique
nécessite (entre autre) l’installation de boitiers. A qui faire porter la charge de leur installation se demande le journal ? Est-ce que cela a un rapport avec la polémique provoquée par la
décision de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) vis-à-vis de Voltalis ? En effet, le CRE veut imposer à ce dernier d'indemniser EDF sur les économies que l’installation de son
boitier intelligent permet de réaliser !?!
Un début d'explication à cet étrange paradoxe nous est donné par Le Nouvel Obs :
« Voltalis est un opérateur énergétique spécialisé dans la "gestion dynamique de l’énergie".
L'entreprise est la seule à proposer un boîtier, breveté, qui permet de réaliser des "ajustements diffus" du réseau électrique. Selon l'opérateur, ce système permet de réduire la facture
d'électricité de 5 à 10%, les émissions de CO² jusqu'à 30% et de maitriser la consommation d'énergie des particuliers.
Pour ce faire, le boîtier permettrait de moduler et d'optimiser la consommation de certains appareils électriques (ballon d'eau chaude, radiateur, climatiseur). En plus de permettre une économie
substantielle au client, cette modulation permettrait d'équilibrer la consommation globale du réseau électrique.
En effet, pour que le réseau électrique fonctionne parfaitement, il doit y avoir une égalité instantanée entre la production et la consommation d'électricité. Voltalis propose donc de réguler le
réseau par la consommation des particuliers. »
Si l’évolution des réseaux va certainement suivre le modèle "intenet", il est certain que cela va provoquer
des tiraillements entre les acteurs concernés. Il serait souhaitable que l’intérêt général soit le premier bénéficiaire de cette mutation, pour aller sans surtension vers une électricité
2.0
Voici le compte rendu de la conférence du 23 juin 2009, organisée par le Club IES (AAE IAE de Paris) sur le
thème « Intelligence Economique & Développement Durable - Vecteurs de performance et d’influence ».
Christophe Audoin et Jean-Louis Moser
Plus de 50 inscrits
Les intervenants avaient pour objectifs de répondre à trois questions :
- Qu’est-ce que l’Intelligence Economique et le Développement Durable ?
- Comment deux leaders mondiaux abordent le sujet (retour d’expérience dans le domaine de l’Eau et de
l’Energie) ?
- En quoi ces deux dynamiques sont elles des vecteurs de performance et d’influence ?
Vous trouverez ci-dessous les présentations (PDF ci-joint) de :
- Marianne JULIEN, directrice du programme « Horizon Hydrogène Energie » chez Air Liquide.
Participez au sondage sur la pratique des réseaux humains, mis en place par Inter-Ligere ! Cela ne vous prendra que 5 minutes, et vous recevrez les résultats. Cliquez ici.