Samedi 5 mars 2011
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Près de 50 inscrits
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Jean-François Coustillière
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Un cocktail a permi un échange informel et amical entre auditeurs, et avec l'intervenant
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Jérôme Bondu, Jean-François Coustillière, Guy Corre
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Compte-rendu de la conférence organisée le 1er mars par le Club Intelligence Economique et Stratégique de l'AAE IAE de
Paris en partenariat avec l’ACEDS.
Révolution dans le monde arabe
Origine et conséquences
Animé par Jean-François Coustillière
Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu
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THEME
La soudaineté de la révolution en Tunisie a pris de court bien des analystes. Alors que le mouvement a touché l’Egypte et
se répand dans le monde arabe, il convient d’essayer de tracer des perspectives pour anticiper.
L’intervenant reviendra sur les origines du mouvement, analysera les évolutions actuelles, et se livrera à un exercice de
prospective : quels sont les scénarios les plus probables ? Quelle place pourra occuper la France dans ce nouvel échiquier ?
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INTERVENANT
Jean-François Coustillière est né 1949 à Bizerte en Tunisie. Il a mené une carrière d'officier de marine : Il a notamment
été en 1999 chargé de mission à l'Etat-major interarmées de planification, où il a dirigé des travaux de planification portant sur différents théâtres du Proche-Orient, de Méditerranée, et du
Moyen-Orient. En 2002, il devient chargé d'études de relations internationales à l'Etat-major des armées à Paris, et contribue à la définition des coopérations multinationales en
Méditerranée.
Après avoir quitté les forces armées en 2005 au grade de contre-amiral (2s), il créé en 2006 le cabinet JFC Conseil
http://www.jfcconseilmed.fr/ , dédié aux questions de relations internationales en Méditerranée. Et dirige l'association Euromed-IHEDN, qu’il a créée en 2004.
Voir la vidéo prise après la conférence.
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Présentation des co-organisateurs
Présentation de l’ACEDS
L’ACEDS (Association des Anciens Auditeurs du Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégiques) est une association loi 1901
qui a pour but de prolonger les liens privilégiés tissés entre les anciens auditeurs des sessions du cycle d’enseignement diplomatique supérieur, créé à Paris en 1986, par Monsieur Pascal
Chaigneau, professeur des Universités et Avocat international.
L'ACEDS regroupe près de 1600 anciens auditeurs, en France mais aussi dans près de cent vingt de pays. Elle contribue par
son action permanente à l’animation de ce vaste réseau mondial au service de la francophonie et de la culture universelle.
En fonction du recrutement international et de la formation dispensée au CEDS, beaucoup sont diplomates,
hauts-fonctionnaires, officiers supérieurs ou chefs d’entreprise. Chaque promotion annuelle compte ainsi un ou plusieurs ambassadeurs, des ministres, conseillers et attachés de Défense mais aussi
des consultants, chercheurs, médecins et journalistes etc.). Certains ont été chef d’Etat ou occupent encore aujourd’hui des postes clés au sein de gouvernements, administrations diverses et
organisations internationales aussi bien que dans le privé.
L’association est présidée par Guy Corre.
Présentation du Club IES
Le Club IES (Intelligence Economique et Stratégique) est un des clubs professionnels de l’IAE de Paris Alumni. Créé en 2000
par Jérôme Bondu, le Club a organisé plus de 80 conférences sur des sujets tournant autour de la gestion des informations : veille, intelligence économique, sécurité des informations, réseaux
humains, géopolitique…
Le Club regroupe plus de 1500 membres, et est un des réseaux les plus dynamiques en matière d’intelligence économique de
France.
La prochaine réunion traitera de « l'impact de la révolution numérique », et sera animé par Emilie Ogez, Anthony Poncier et
Arnaud Thurudev.
- Lire l’annonce
- S’inscrire sur le site iae-paris.org
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Introduction
Jean-François Coustillière a analysé les révolutions en cours dans le monde arabe au travers de trois points :
- Les facteurs déclenchants
- La contagion
- L'avenir
Il a rappelé en introduction qu’il n'y a pas d'homogénéité dans le monde Arabe. Et que de ce fait, on ne peut pas, sous
prétexte de bien connaître un pays, généraliser un raisonnement à l’ensemble du monde arabe. D’où une certaine prudence quant aux règles que l’on peut établir.
Les facteurs déclenchants
La révolution est venue de Tunisie. Ce petit pays (au sens géographique, démographique, économique) est souvent apparu
comme puissance négligeable dans le monde arabe. Et le fait qu’il soit à l’origine des ces événements, a créé un double choc.
La révolution a été permise par la présence de quatre facteurs :
- Les problèmes d'emploi.
- L’attitude de l’armée, qui est républicaine et a refusé de tirer sur les manifestants.
- Le développement d’internet qui a permis une mobilisation de masse.
- La présence d’une société éduquée, capable de critiquer le pouvoir en place.
Ces quatre facteurs constituent une grille d’analyse généralisable aux pays de la zone arabo-méditerranéenne. On verra que
les réponses ainsi obtenues varient significativement d’un pays à l’autre.
Pour la Tunisie, le facteur déclenchant principal est la dégradation économique qu’à vécu le pays sur les 15 dernières
années. L’intervenant a pu détecter depuis 1995, au travers de multiples voyages et témoignages directs, un abaissement du niveau de vie, une difficulté d’accès aux emplois, et une faiblesse des
rémunérations qui imposait de cumuler deux voire trois emplois là où un seul suffisait naguère. Le cas du jeune homme qui s'est immolé et dont le geste désespéré a été l’élément déclencheur
illustre tout à fait cela. A l’origine il y a donc un échec économique, même si le facteur politique, la privation des libertés a, bien sûr, joué un rôle.
Le soulèvement a été amplifié par une révolte de palais, et a surtout été rendu possible par le refus des forces armées de
tirer sur la foule. L’armée tunisienne est une armée républicaine, la seule du monde arabe méditerranéen.
Le développement d’internet et le niveau d’éducation des Tunisiens ont été les deux autres facteurs qui ont permis
l’éclosion et le développement de la révolte.
Les Tunisiens sont extrêmement fiers de ce qu'ils ont fait. Mais leur joie est mitigée par une grande anxiété sur l’avenir
et la peur d’une instrumentalisation du mouvement. L’exemple du traitement médiatique de l’assassinat du prêtre polonais évoque bien la difficulté d’interprétation des événements : la presse
française a repris l’hypothèse d’un crime islamiste. La presse tunisienne a évoqué l’hypothèse d’une instrumentalisation du RCD (le parti de ben Ali). Il s’avère qu’en fait il s’agissait d’un
crime crapuleux.
Au delà de la tension à l'intérieur de la Tunisie, il y a de fortes tensions extérieures : d’abord issues de ceux qui
s'étaient exilés pendant des années et pensaient pouvoir revenir et diriger à nouveau des mouvements politiques. Ensuite issues des voisins de la Tunisie qui ne sont pas désireux que la
révolution réussisse.
La contagion
L’intervenant s’est ensuite livré à une analyse de quelques pays arabes. Il a notamment recherché le degré de maturité à
partir des quatre facteurs cités plus haut. Chaque pays représente un cas différent.
Ainsi, si l’Algérie connait aussi des graves problèmes d'emplois, l'armée est impliquée dans le pouvoir et dans l'économie.
On peut donc s'attendre à une réaction très différente du corps militaire.
Le Maroc semble momentanément à l’abri de la poussée révolutionnaire.
En Mauritanie, la population y est sous-éduquée, l’armée soumise, il n’y a pas d’accès à internet. Les revendications sont
économiques.
La Libye est une société très hétérogène, traversée de tensions tribales. Le « guide » Kadhafi a joué de ces rivalités et a
distribué entre les tribus honneurs, avantages, et fonds. Il dispose de moyens considérables et arrose les tribus selon les circonstances. En outre si le niveau d'études de la population est
convenable, l’accès à internet est faible et l'armée est soumise. Les revendications sont politiques.
En Egypte l’armée est impliquée dans le monde politique et économique, et a donc intérêt à ce que le système antérieur
perdure. Les américains sont très vigilants sur le risque que l'Egypte dénonce les accords avec Israël. Or s’il y a une réelle démocratie en Egypte, le soutien à l’état Hébreu ne fera
vraisemblablement pas l'unanimité. Jusqu'à présent la révolution s'est bien passée, notamment grâce à l'exemple Tunisien. Mais on ne peut pas dire que les réformes soient pour l’instant très
visibles.
La Jordanie bénéficie aussi d’un soutien américain, qui n’est pas désireux de voir se propager une révolution arabe qui
puisse nuire à Israël.
L'avenir
Il est très difficile de se livrer à un jeu de prospective. L’intervenant s’y est néanmoins risqué avec trois pays
:
On peut imaginer en Tunisie deux évolutions :
- L’une favorable verrait sans doute une dissolution de l'assemblée, qui rassurerait la population quant à la conduite de
la révolution, et entrainerait le départ des manifestants de la Casbah. Suivrait la rédaction d’une nouvelle constitution et des élections. Par contre cette démocratie se fera certainement avec
les islamistes qui représentent une force que l'on ne peut pas écarter.
- L’évolution défavorable verrait une dégradation économique et la prise de pouvoir temporaire par les militaires. Ces
derniers pourraient s’installer au pouvoir, et/ou la population déçue pourrait se tourner vers un parti islamiste auquel cette évolution donnerait le temps et les moyens de se recomposer. Dans
les deux cas (pouvoir militaire ou pouvoir islamiste) on verrait l’installation d’un nouvel autoritarisme.
L’Egypte semble vivre une confiscation du mouvement par les militaires.
Si en Libye Kadhafi se maintient, la punition sera sévère pour les Occidentaux. S’il quitte le pouvoir, on assistera
vraisemblablement à une scission tribale en deux ou trois espaces, avec dans le meilleur des cas l’émergence d’une fédération, ou dans le pire le développement de luttes inter tribales et
une « somalisation » à l’Est de l’Algérie.
Face à ces évolutions possibles, il n’est pas facile de déterminer une ligne de conduite ! D’ailleurs le silence des
politiques est éloquent (et inquiétant) sur l’embarras que cette situation provoque. Selon l’intervenant il y a néanmoins des choses importantes à faire :
- Il faudrait d’abord afficher notre solidarité avec les pays qui ont fait une révolution.
- Il faudrait ensuite apporter un soutien financier effectif et consistant, bien au-delà des déclarations faites par Mme
Ashton lors de son déplacement à Tunis qui ont fait l’objet de très nombreuses critiques en Tunisie. Pour éviter toute mauvaise utilisation des aides financières, il faut que l’efficacité de ce
soutien soit mesurée avec un critère tangible. L’intervenant propose celui du nombre d’emplois créés. Il rappelle pour appuyer sa proposition que d’une part le problème de l’emploi est à
l’origine de la révolte actuelle, et que d’autre part la démographie importante va rendre ce problème d’emploi encore plus prégnant dans les années à venir.
Questions
Q : L’incohérence de la politique étrangère américaine n’a-t-elle pas été un des co-facteurs de ces révolutions
?
R : La diplomatie américaine a deux centres d’intérêt essentiels : le Pétrole d’une part, Israël d’autre part. Vis à vis de
ces critères, on comprend que la Tunisie, par exemple, ne soit pas prioritaire. Ceci rappelé, la politique extérieure U.S. manque d’assurance dans la mesure où elle tente d’éviter à la fois les
erreurs de George W. Bush, et celles de Jimmy Carter. Cette prudence explique, au moins en partie, son manque de lisibilité. Nous n’avons pas, pour le moment, de leçons à recevoir de cette
diplomatie.
Q : Qu’aurait du faire l'occident ?
R : Il est vrai que l'occident a traité avec les tyrans déchus, mais il ne pouvait pas faire autrement, car un diplomate
est bien obligé de discuter avec le pouvoir en place, quel qu’il soit. Par contre, rien n’empêche les Occidentaux d’essayer d’ajouter de l'éthique dans leur diplomatie notamment en évitant
d’élargir à la sphère privé le domaine de ces relations quand ils désapprouvent un régime.
Q : Quel est la marge de manœuvre de l'Europe ?
R : On peut identifier trois composantes pour définir une grande puissance : une diplomatie, une puissance économiques et
une puissance militaire. La marge de manœuvre de l’Europe est donc faible car elle ne possède que la composante économique. En outre, elle manque d’unité.
Q : Que peut-on dire du Maroc ?
R : Il ressort, à l’examen des facteurs de risque révolutionnaire identifiés ci-dessus, que :
- Il y a un sérieux problème d’emploi.
- L’armée est impliquée dans l’économie et dans le pouvoir politique.
- La population est sous-éduquée et garde un grand respect pour le roi (à la notable exception de quelques milieux
intellectuels et universitaires, qui songent parfois à une monarchie constitutionnelle).
Il en ressort qu’une révolution à la Tunisienne, malgré la similitude de certains facteurs, est aujourd’hui assez peu
probable. Il faut cependant rester prudent dans ce type d’assertion qui, on l’a vu, peut être contredite fort rapidement.