Géopolitique

Mardi 13 septembre 2005 2 13 /09 /2005 00:00

Conférence organisée par le Club Intelligence Economique et Stratégique – IAE de Paris
Thème : GEOPOLITIQUE DU PETROLE
Intervenant : Christophe-Alexandre Paillard

Conférence du 17.02.2005

Compte - rendu rédigé par :       
- Marie-Liesse Delamaire et Sébastien Maréchal (Membres du club IES et diplômés du DESS IEDE de Poitiers)
- Jérôme Bondu

Présentation de l’intervenant :
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Christophe-Alexandre Paillard est Administrateur civil. Chef du bureau prospective technologique et industrielle à la Délégation aux Affaires stratégiques du Ministère de la Défense.
Maître de conférence à l'IEP - Paris.
Co-auteur de "géopolitique du pétrole".


Résumé :
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Durant cette conférence très riche, M. Paillard nous a expliqué pourquoi « faire face à la montée des incertitudes géopolitiques devient de plus en plus prégnant dans les réflexions stratégiques sur les questions pétrolières ».
Après avoir expliqué pourquoi les marchés mondiaux manquent de perspectives, l’intervenant a démontré que les risques économiques génèrent des risques géopolitiques. Et que ces risques cumulés nécessitent de se pencher et de s’interroger sur les perspectives Européenne en matière d’approvisionnement énergétique…
 

Introduction :
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La perspective d'un choc d'offre dans le domaine pétrolier à l'horizon 2007–2008 est une perspective assez probable. Ce sujet agite actuellement tous les centres de réflexion à travers le monde et la plupart des ministères de la défense. Si cette option se réalise, le monde sera confronté à des problèmes certains.
Aujourd'hui, nous sommes dans une situation difficile où la plupart des zones pétrolières sont des zones dangereuses. A cela se rajoutent trois phénomènes.

- Une dépendance par rapport au Moyen Orient qui risque de s'accentuer à l'horizon 2010 car un certain nombre de zones pétrolières s'épuisent (Mer du Nord, Etats-Unis, Canada, etc.). On assistera alors à une re-concentration de l'offre.

- L'évolution des flux qui se dirigent de plus en plus vers l'Asie. Jusqu’à présent les pays consommateurs étaient principalement le Japon, Taiwan ou encore la Corée du Sud. Aujourd'hui la Chine, l'Inde et la Thaïlande sont de nouveaux acteurs qui pèsent de manière croissante dans la balance énergétique mondiale.

- Le troisième élément concerne de possibles menaces terroristes sur les voies d'approvisionnement. En effet, le risque de rupture partielle et provisoire des approvisionnements serait très probable en cas de crise géopolitique. Cette perspective relance le débat sur la stabilité des marchés et la valeur que nous souhaitons accorder à notre sécurité énergétique.

Aujourd'hui, il devient donc de plus en plus important de mener des réflexions sur les questions stratégiques liées aux problèmes géopolitiques du pétrole. Or, premier point important, les marchés manquent de perspective.


1. Les marchés mondiaux manquent de perspectives
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1.1 - L'offre peut-elle survivre ?
Les marchés du pétrole manquent aujourd'hui de vision et de perspective car l'offre n'arrive pas à suivre. En effet, en l'absence de capacités de production supplémentaires et significatives, la demande risque de dépasser l'offre aux alentours de 2007, ce qui risque d'entraîner une nouvelle augmentation des prix. Aujourd'hui les capacités de production excédentaires semblent limitées à 1,5 mb/jour  pour 2005. Les investissements restent limités, particulièrement là où se concentrent aujourd'hui les réserves pétrolières les plus majeures concentrées dans cinq pays du Golfe Arabo Persique (Arabie saoudite, EAU, Irak, Iran, Koweït), région du monde en proie à des tensions politiques et militaires très fortes.

1.2 - La demande va t-elle continuer à croître ?
Sur la période 2005 / 2020, il est prévu une augmentation de la consommation asiatique à un rythme deux fois supérieur à la moyenne mondiale. La consommation énergétique américaine pourrait croître de 50% d’ici 15 ans. Enfin, bien que limitée, la demande européenne va continuer de croître.

1.3 - Les investissements sont-ils suffisants ?
80% des réserves appartiennent aux compagnies nationales ne souhaitant pas s'ouvrir à ce jour aux capitaux étrangers, malgré de timides tentatives d’ouverture très récentes au Mexique ou au Koweït. Les compagnies nationales investissent peu. L’OPEP ne semble pas pousser à la hausse de la production de ses pays membres, malgré de récents relèvements des quotas de production des pays membres de l’OPEP.
Certains pays « thésaurisent » très au-delà de ce qui est raisonnable et accumulent des devises en limitant leurs investissements (Algérie, Iran par exemple).
Les compagnies étrangères seront donc obligées d'investir dans les zones les plus ouvertes (politiquement), c'est-à-dire les zones où l'accès au pétrole nécessite des investissements plus importants.
Cette incertitude économique n’est pas sans conséquence.


2. Les tensions économiques génèrent des risques géopolitiques
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2.1 – Quel rôle pour les États-Unis ?
Ils sont le premier consommateur mondial et possèdent une expertise très forte sur le sujet : la question énergétique est au cœur de leurs réflexions stratégiques. Seuls les États-Unis ont les moyens d'assurer la sécurité du Moyen Orient en cas de crise majeure.
Les États-Unis perçoivent certains nouveaux entrants (notamment la Chine) comme de possibles adversaires stratégiques. Dans une telle optique, la guerre asymétrique est la seule réponse possible pour un État opposé aux États-Unis (scenarii de « La guerre hors limite » de Qiao Liang et Wang Xiangsui). En effet, le monopole des Etats-Unis est de plus en plus contesté par des pays émergents qui estiment que cette situation fragilise leur sécurité. Ces pays vont devenir les premiers consommateurs d'énergies fossiles comme l'Inde (gaz) ou la Chine (pétrole). Ils souhaitent jouer un rôle grandissant dans le golfe arabo-persique. D’autres États pourraient jouer un rôle sur la scène énergétique mondiale dans un proche avenir : Indonésie, Afrique du Sud, Pakistan, Thaïlande, Singapour, Brésil, etc. et pourraient générer de nouvelles contraintes de sécurité.

2.2 - Quelles attitudes pour les pays émergents ?
Ces pays vont certainement développer leur outil militaire, en particulier dans le domaine naval. L'Inde et la Chine vont avoir besoin de quelques années pour combler leur retard technologique et capacitaire, malgré leurs coopérations militaires actuelles avec la Russie, premier exportateur d’armements et de technologies de défense à destination de ces pays.
Aujourd'hui, la Chine représente 30% de la croissance de la demande mondiale et montre un intérêt grandissant pour le Golfe arabo-persique. Elle resserre sans cesse ses liens avec les pays producteurs (Iran, Soudan, Arabie Saoudite, Angola, Pérou en particulier). La citation suivante d’Ali Al Naimi (ministre du pétrole d’Arabie Saoudite - Riad, février 2004) témoigne d’un resserrement récent des liens entre la Chine et l’Arabie Saoudite : "La Chine devient en fait un allié stratégique pour nous dans le secteur de l’énergie. Ils veulent venir dans l’amont saoudien. Ils sont les bienvenus. Comme nous sommes les bienvenus dans l’aval chinois, là où nous souhaiterions aller."

Avec une croissance de 4,7% par an en moyenne de sa consommation énergétique (contre 2,2% par an pour le reste du monde) pour la période 2005/2020, la Chine accroît sans cesse sa dépendance énergétique et le pétrole devient l'énergie motrice de son développement, en particulier dans le secteur des transports. La question énergétique est désormais considérée comme un problème clef par les responsables politiques chinois qui considèrent que la présence à long terme des Etats-Unis au Moyen-Orient peut être un obstacle à leurs intérêts nationaux.

2.3 - Quelles conséquences stratégiques?
Face à cette situation, les Etats-Unis pratiquent la politique du "containment" avec l'aide notamment du Japon (3ème consommateur mondial de pétrole en 2004 derrière la Chine) et, plus ponctuellement, de l'Inde. En effet, les Etats-Unis redoutent des conséquences politiques et stratégiques majeures si le régime chinois poursuit son évolution hégémoniste aux conséquences stratégiques majeures autour de l'océan indien.

Trois scénarii sont à l'étude au Pentagone et ont été communiqués à la presse en janvier 2005 :
- Le premier consiste en une stratégie d'emprise des chinois sur la région partant de la mer de Chine au Golfe arabo-persique. Un « axe maritime » se créerait entre l'Arabie Saoudite et la Chine facteur d’exclusion ou d’affrontement avec les pays occidentaux ou avec l’Inde.
- Le deuxième concerne la zone d'exclusion Taïwanaise. Celle-ci deviendrait un problème pour la Chine puisque la plupart de leurs approvisionnements pétroliers passent par le détroit de Formose. Un risque d'incident entre ces deux acteurs serait donc à craindre.
- Le troisième concerne l’oléoduc de Nakhodka. Les Chinois n'ont aucun accès au Moyen Orient car celui-ci est "verrouillé" par le système de « containment » des Américains. Ils seraient donc obligés de s'intéresser à la Sibérie et d'attaquer la Russie.

2.4 - Un nouveau jeu d'acteurs entre Etats-Unis, Asie et Moyen Orient
- Les États-Unis recherchent dans de nouvelles positions stratégiques un moyen de mieux contrôler le Moyen Orient.
L'intervention en Irak ne contribue pas, pour l'instant, à stabiliser la région du Golfe arabo-persique. La vraie question aujourd'hui n'est toutefois plus complètement l'Irak mais l'Iran qui constitue l'acteur soumis aux tensions les plus fortes dans un proche avenir. Aujourd’hui, les États-Unis et Israël ne sont pas prêts à accepter un Iran nucléaire, et encore moins une source indépendante et sûre d’approvisionnement en hydrocarbures pour la Chine. Or, la Chine et l’Inde tentent de se ménager les faveurs énergétiques de ce pays. Ces pays, qui sur ce sujet ont des intérêts communs, n’accepteront pas facilement que l’Iran soit menacé, pas plus d’ailleurs que le Japon qui va investir massivement dans le secteur énergétique iranien.

- Les Etats-Unis : garants de la sécurité énergétique chinoise au Moyen-Orient
En effet, la pénétration chinoise au Moyen-Orient est un défi pour les Etats-Unis et leur dispositif de sécurité. Mais c'est aussi et surtout une vulnérabilité croissante pour les chinois eux-mêmes. Paradoxalement, ces derniers sont donc obligés de subir les conséquences de l'instabilité générée par l'occupation de l'Irak et d'accepter que les Etats-Unis soient les seuls actuellement à pouvoir contrôler la sécurité de la région.

- La position de l'Inde
L'Inde est à un carrefour sur la route des approvisionnements énergétiques entre le Moyen-Orient et l'Asie. Elle cherche à s'assurer une forme de suprématie sur son environnement maritime, mais ses capacités navales sont encore limitées, malgré ses partenariats industriels avec la Russie.
La dépendance énergétique croissante de la Chine et de l'Inde introduit une nouvelle dimension politico-militaire et devient un élément supplémentaire de rivalité entre ces deux pays. Si le coût de l'énergie et l'insuffisante disponibilité des réserves en hydrocarbures nécessitaient de « sécuriser » plus fortement leurs sources respectives d'approvisionnement énergétique, le Moyen-Orient deviendrait le point de focalisation de tensions inédites entre les deux géants asiatiques.

Ces tensions économiques et géopolitiques impliquent de se pencher sur les perspectives pour l’Europe.


3. Perspectives pour l’Europe
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Un troisième choc pétrolier né d’une crise au Moyen Orient est-il crédible ?
Il faut bien sûr distinguer un choc de court terme (rupture provisoire des approvisionnements) et un choc de long terme aux fortes implications géopolitiques et macroéconomiques. Le Moyen Orient va continuer de jouer un rôle clef dans les questions pétrolières et gazières européennes car l'Union européenne va rester structurellement dépendante des énergies fossiles de cette région. Tout débat sur la politique énergétique européenne, et sur les besoins capacitaires, doit donc tenir compte de ces données. Si la stabilité de l'Arabie saoudite est menacée, alors qu'elle seule peut peser sur les cours du brut en cas de crise, c'est l'ensemble des équilibres énergétiques et politiques européens qui seront menacés.

La re-concentration de l’offre sur le Moyen Orient a des conséquences stratégiques majeures et rend cette région plus que jamais incontournable.
Réduire la dépendance à l'égard du Moyen-Orient est essentiel pour différentes raisons :
- Le développement de la production pétrolière et gazière en mer du Nord a atteint ses limites.
- La dépendance pétrolière extérieure des pays de l'Union européenne est passée de 97% en 1973 à 55% en 2000. Le taux de dépendance vis-à-vis du pétrole produit à l'extérieur de l'Union pourrait faire un bond à 85% dès 2010 et à 90% en 2020, soit un retour aux niveaux d’avant le premier choc pétrolier.
- Le passage d’une situation de dépendance pétrolière limitée à une situation de dépendance pétrolière extérieure massive devrait contribuer à modifier les conceptions géostratégiques de l'Europe même si les pays européens n'ont pas de vraies marges de manœuvre budgétaires pour augmenter leurs budgets de défense dans les prochaines années.

Des choix énergétiques structurels sont inévitables pour les pays consommateurs.
Par exemple :
- relancer la diversification de leur offre énergétique. La relance de la construction de centrales nucléaires est inévitable en l'absence de percées significatives des énergies alternatives.
- réfléchir à l'utilisation de l'instrument militaire. La préoccupation maritime restera prioritaire pour assurer la sécurité des voies d'approvisionnement en pétrole et en gaz. Si les pays européens ne trouvent pas leur place, elle sera occupée par des pays comme l'Inde ou la Chine qui ne peuvent pas faire l'économie d'une politique navale ambitieuse pour sécuriser par eux-mêmes leurs voies d'approvisionnement en énergie dans les 20 prochaines années.

Conclusions :
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Le Moyen Orient est au cœur de tous les enjeux et l’Europe a pour objectif majeur d’éviter une crise économique mondiale à court terme.

Aujourd'hui 3 questions primordiales se posent :
- Peut-on convaincre les pays producteurs d’accepter une augmentation importante de leur production ?
- Quelles seront les contreparties exigées par les pays producteurs ?
- Le « modèle européen » d’évolution politique du Moyen Orient peut-il parvenir à un tel résultat ?

Ces questions doivent être analysées en ayant en tête le fait que la donne énergétique est de plus en plus liée aux incertitudes géopolitiques, et le fait qu'il n'existe pas de solution « toute faite » mais des grilles d'analyse débouchant sur des scenarii à la fois crédibles et contradictoires.

Quelques défis s'ouvrent aux pays européens qui devront trouver rapidement un terrain d'entente sur le Moyen-Orient (en particulier l’Irak et l’Iran) pour sortir du face-à-face entre monde occidental et mouvements terroristes. Les Européens vont donc devoir accélérer le développement de leurs moyens capacitaires. Ils devront initier une politique commune pour disposer de forces de projection efficaces en cas de menace sur les voies d’approvisionnement en énergie ou en cas de déstabilisation de pays « amis » liés aux Européens par des accords de défense comme les EAU.

Cela pose trois d’autres questions :
- Quelle part de leur PIB les pays européens accepteront-ils de consacrer aux dépenses de défense dans les 20 prochaines années ?
- Les États-Unis seront-ils un allié des Européens sur ce dossier ?
- Comment va s’organiser la « solidarité » transatlantique dans les secteurs de l’énergie et de la défense ?

 


 
Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique
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Mercredi 13 juin 2007 3 13 /06 /2007 21:29

Le 21/10/2003 le Club IES organisait une conférence animée par Jean-Daniel Tordjman
Sur le thème : "La Turquie - Intercesseur entre l'Islam et l'Occident".


Cette réunion a été co-organisée par le Club IES et l’Association des Anciens Auditeurs du Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégiques, présidée par  M. Jean-Yves Chevalier.

 

Présentation de l'intervenant


Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, de l’Ecole Nationale d’Administration (1970) et de Harvard Business School, Jean-Daniel Tordjman a occupé les postes de Ministre plénipotentiaire (Chef des Services de l'Expansion Economique aux Etats-Unis près de l’Ambassade de France à Washington) ; puis d’Ambassadeur Délégué aux Investissements Internationaux ; enfin de Vice Président Exécutif de Trader.com International.

Il est aujourd’hui Inspecteur général des Finances, et préside le Cercle des Ambassadeurs.

Jean-Daniel Tordjman est Officier de la Légion d’Honneur, président de sessions au World Economic Forum de Davos et dans de multiples forums et universités internationales.

 

Introduction

Dans Le Figaro daté du 28 novembre 2002, Jean-Daniel Tordjman, s'interrogeait « Quel est le défi majeur du XXI ème siècle pour l'Europe ? ».
A l'heure où les Américains viennent de commémorer le deuxième anniversaire des attentats du World Trade Center, à l'heure où la tension monte quotidiennement au Proche et Moyen-Orient, il semble bien que le défi majeur de l'Europe soit « de dépasser la confrontation qui s'annonce entre l'Islam et l'Occident. »

Vous trouverez ci-dessous en guise de compte rendu de cette réunion, l’intégralité de l’article écrit par M. Tordjman.


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Article de M. Tordjman - 28 novembre 2002 - Le Figaro

Qu'on le sache ou non, qu'on le veuille ou non, qu'on l'admette ou non, la civilisation européenne est née en Méditerranée orientale de son double héritage gréco-latin et judéo-chrétien.
Où vivait Hérodote d'Halicarnasse, le père de l'Histoire ? Et Strabon, le plus grand géographe de l'Antiquité ? Et Esope inspirateur des fables du merveilleux Jean de La Fontaine ? Où vécut Lucullus, encore vénéré par tous les gourmets de France et de Navarre ? Où Crésus a-t-il bâti sa richesse ? Où enseignait Thales de Milet ? Où vivait Mithridate qui tint tête au grand Pompée dont Plutarque nous raconte la vie illustre ?

 

Où se trouve Phocée qui a créé la ville de Marseille ? Et la Phrygie qui nous a donné le bonnet rouge de notre Marianne ? Et Troie, la rivale glorieuse d'Athènes, où se sont illustrés Hector, Achille et Agammemnon, Ulysse et la belle Hélène, dont le divin Homère raconte les exploits dans l'Iliade et l'Odyssée et que Jacques Offenbach rend toujours vivants sur les scènes parisiennes ?

Et Pergame qui pour se soustraire au monopole de Byblos sur le commerce du papyrus importé d'Egypte par les commerçants phéniciens en échange du bois de cèdre du Liban - indispensable pour bâtir les bateaux funéraires des pharaons - invente le parchemin qui permit pendant des siècles à la civilisation européenne de transmettre son savoir ?

Où se trouve Ephèse dont l'oracle rivalisait avec celui de Delphes ? Et Gordion où Alexandre le Grand, par un miracle de courage trancha le noeud gordien et affirma la prédominance de la volonté humaine ? Où se trouvait le Mausolée, une des Sept Merveilles du monde, détruit non par les Turcs mais par les chevaliers francs de l'Ordre de Jérusalem ? Où coule le Pactole du roi Midas aux oreilles d'âne ? Et le sinueux fleuve Méandre ?

Où se trouve l'Ionie, mère du plus harmonieux des trois grands ordres classiques, qui a nourri de Vitruve à Palladio et à Viollet-le-Duc, l'histoire prestigieuse de l'archi tecture occidentale ? D'où viennent ces créatures de rêve qui peuplent nos musées, la Vénus de Cnide, la Diane d'Ephèse et l'éblouissante, l'enthousiasmante sculpture hellénistique ?

 

Tous les bibliophiles peuvent vous le dire : de Turquie et spécialement d'Asie mineure, un des creusets les plus forts de notre civilisation occidentale. Et si je me tourne de nos racines grecques vers nos racines judéo-chrétiennes, j'y retrouve Simon/Pierre fixant à Antioche, la capitale des juifs disciples de Jésus qui, pour la première fois, prennent nom de chrétiens.

Et où va le prédicateur des Gentils, Saul de Tanse, ce grec juif citoyen romain pour délivrer ses Epîtres ? A Ephèse et chez les Galates, descendants de nos Gaulois qui, après le sac de Rome, sont allés s'établir en Anatolie.

D'où vient l'ancêtre de notre Père Noël, Saint Nicolas, évêque de Myra en Pamphylie ? Où se trouve le mont Ararat où a échoué l'Arche d'alliance de notre ancêtre Noé, vénéré par les trois religions monothéistes ? Et où Jason et ses Argonautes ont-ils cherché la Toison d'or, symbole de l'ordre le plus prestigieux de l'Occident ?

Où s'est bâti le premier Empire chrétien, celui de Constantin, de Justinien et de Théodose ? Et où s'est fixé le Credo chrétien si ce n'est à Nicée, l'Iznik d'aujourd'hui lors du premier concile oecuménique de 325 ? C'est dans la même région de ferveur et de foi que Nestorius, patriarche de Constantinople et Arianus ont interprété le Christianisme et posé des questions essentielles, insuffisamment étudiées aujourd'hui parce que condamnées comme hérétiques.

 

Il n'est pas besoin d'être grand érudit, il suffit d'ouvrir les yeux pour constater qu'Ephèse, Smyrne, Halicarnasse, la Phrygie, l'Ionie, en un mot la Turquie, non seulement font partie de l'Europe mais sont une composante essentielle de notre héritage culturel et historique, de notre civilisation.

Doit-on rejeter de la civilisation européenne Jésus parce qu'il est de Nazareth, Pierre parce qu'il est de Galilée ou Augustin parce qu'il est d'Hippone ? D'ailleurs, même quand elle était "l'homme malade de l'Europe", la Turquie faisait partie du "concert européen". Relisons ensemble l'éblouissante leçon d'Histoire de Victor Hugo dans Le Rhin où il décrit les "Six Puissances de Premier Ordre de l'Europe : le Saint Siège, le Saint Empire, la France, la Grande-Bretagne, l'Espagne et bien entendu la Turquie, puissance européenne".

 

Quel est le défi majeur du XXIe siècle pour l'Europe ? Si on va au-delà de la langue de bois, c'est d'éviter et de dépasser la confrontation qui s'annonce entre l'Islam et l'Occident. L'expérience de la construction européenne peut y aider.

L'essence de la construction européenne, c'est la paix. Après des siècles de luttes fratricides et des millions de morts, l'Union européenne a permis de dépasser la confrontation franco-allemande et a rendu la guerre entre nos deux peuples impossible et absurde. Ce n'était pas si évident à obtenir. Briand et Streeseman voulaient aussi la paix...

Jean Monnet, de Gaulle, Adenauer, Spaak et De Gasperi ont eu une autre intuition, autrement plus féconde : pour rendre la guerre impossible, il ne suffit pas de proclamer la guerre hors la loi, il faut bâtir ensemble, il faut un projet commun mobilisateur de nos énergies. C'est pourquoi la construction européenne est pour nous, Européens, la plus grande réussite de notre siècle.

 

Aujourd'hui que le nazisme a (presque) disparu, que le rideau de fer et le communisme se sont effondrés, quelle est la plus grande menace pour notre civilisation ? Ce n'est pas l'Islam, comme certains des deux côtés veulent le faire croire. C'est le terrorisme fanatique qui veut conduire à la confrontation de l'Islam avec l'Occident, au "choc des civilisations" décrit par Huntington de manière beaucoup plus profonde que la caricature qui en est faite.

Il faut résister au repli identitaire, à la formule de facilité : "Eux, c'est eux et nous c'est nous" et à la tentation d'y aller "comme en 14", avec des millions de morts en perspective. L'Europe a certainement besoin de plus de spiritualité. Et c'est le constat de Sa Sainteté le Pape. Mais la construction européenne est une construction politique et économique, en aucun cas une construction religieuse. Il y a des Eglises pour cela.

Rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Et quand les dirigeants de l'Eglise protestante allemande se joignent à ceux de l'Eglise catholique allemande pour souligner la "dimension chrétienne" de l'Europe, ils feraient bien de relire leur Histoire. Voltaire l'a dit : "Ce sont les Turcs qui ont sauvé le protestantisme en Allemagne." Bien involontairement d'ailleurs, mais ce sont là les paradoxes de l'Histoire !

 

La demande de la Turquie et le débat ouvert et démocratique que le président Giscard d'Estaing a lancé ont l'immense avantage de poser la question dans sa complexité et dans sa simplicité. Rejeter la Turquie aujourd'hui serait, de mon point de vue, une erreur stratégique majeure aux conséquences incalculables pour l'Europe.

Elle nous priverait d'un allié puissant, membre depuis 1949 du Conseil de l'Europe, ayant une tradition impériale millénaire, qui a choisi l'Occident et qui a été d'une fidélité à toute épreuve dans l'Otan. Qui, en Europe occidentale, connaît le Kazakhstan, le Turkménistan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, l'Iran, l'Irak, la Syrie ou l'Afghanistan mieux que les Turcs ? Qui, comme eux, connaît leurs langues, leurs divisions tribales ou régionales, leurs options stratégiques, leurs forces et leurs faiblesses ?

La seule perspective de l'arrimage de la Turquie à l'Europe y renforcerait immédiatement la démocratie, comme cela a été le cas en Grèce, en Espagne et au Portugal. Elle offrirait aussi à l'Europe la chance qu'elle n'a pas aujourd'hui de jouer un rôle positif concret au Moyen-Orient. Château d'eau du Moyen-Orient, contrôlant ainsi une ressource aussi précieuse que le pétrole, pays musulman bien intégré dans le monde islamique tout en étant en bons termes avec Israël, la présence de la Turquie accroîtrait immédiatement la crédibilité et la capacité d'influence de l'Europe dans cette zone stratégique.

L'Histoire offre à l'Europe la chance inespérée d'intégrer le pays musulman qui depuis un siècle a choisi la modernité contre l'intégrisme, l'éducation contre l'ignorance, l'émancipation des femmes contre leur assujettissement, le Code civil contre la charia.

 

Ce pays nous dit à 70% qu'il veut s'intégrer à l'Europe. Cet accord des forces politiques en Turquie est remarquable. Nous savions que Kemal Dervis et ses amis étaient ouverts à notre alliance. Nous avions des doutes sur les autres. La réponse est claire aujourd'hui.

La Turquie est un pays de haute civilisation, de courage militaire, de tradition laïque, de tolérance religieuse et philosophique. L'avoir avec nous au sein de l'Europe est une chance considérable. Elle nous permettrait d'apprendre à connaître, dans la pratique quotidienne et multiforme de la construction européenne, les réactions, les suggestions et les apports d'un pays laïc musulman.

 

L'entrée de la Turquie en Europe change la donne stratégique mondiale. A notre avantage.

La négociation avec la Turquie prendra de longues années, comme toutes les négociations d'adhésion car les problèmes à régler sont nombreux et complexes. Des conditions ont été définies. Elles doivent être remplies. Mais ce qui importe aujourd'hui, c'est le double message que l'Europe doit adresser, message aux musulmans partisans de la démocratie, des droits de l'homme et de la femme, beaucoup plus nombreux qu'on ne le pense, que l'Europe refuse le choc des civilisations et les guerres de religion.

Message aux terroristes d'al-Qaida que nous ne tombons pas dans leur piège, que nous allons les combattre sans faire l'amalgame entre terrorisme et Islam, avec l'aide des musulmans qui refusent la terreur.

 


Jean-Daniel Tordjman - 28 novembre 2002 - Le Figaro

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Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique
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Mercredi 13 juin 2007 3 13 /06 /2007 21:41

Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu (Chapitre 1 et 2) et Max Gattein (Chapitre 3 et 4) de la conférence du 02/07/2003 au Club IES


Sur le thème "Projets en Chine - Comment gérer l'Information ?"

 

 
Remerciements


Initiée par Max Gattein, et organisée avec l’aide de Sébastien Maréchal, cette réunion a réunis plus de 60 personnes. La réussite de cette soirée tient aussi à l’aide que nous ont apportés Christian Masset, modérateur de la liste de diffusion FrancEuropAsie  , Emmanuel de Brye, responsable du département Chine à Institut National des Langues et Civilisations Orientales , et Eric Meyer, rédacteur du Vent de la Chine .


Introduction

La Chine est souvent présenté comme un eldorado, et bon nombre d’entreprises rêveraient d’y prendre pied. Pourtant les écueils sont de taille, à commencer par la barrière de la langue, les différences culturelles, et la difficulté d’y recueillir des informations fiables.

C’est sur ce dernier point que nous nous sommes penchés ! Quatre intervenants ont tenté de cerner le vaste sujet de ce soir : Comment traiter les informations dans le cadre de la gestion d’un projet en Chine ?

 

Présentation des thèmes et des intervenants


- Décodage de l’information économique et sociale
Par M. Gipouloux, Directeur de recherche au CNRS ; Centre d'études sur la Chine moderne et contemporaine de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.

- Le Système Politique Chinois : son contrôle sur l'information
Par M. de Goldfiem, intervenant dans de nombreuses Universités françaises et principalement à Prépa Asia La Rochelle.

- Recherche d'Information dans les domaines Juridiques et Réglementaires
Par Maître Charles-Henri Léger, Avocat à la Cour, équipe Chine, Cabinet Gide Loyrette Nouel.

- Expérience vécue de recherche d'information pour un Projet
Par Max Gattein, Président Fondateur du Club Convergence Chine-France.

 


1. Décodage de l’information économique et sociale


L’information économique et sociale provenant de Chine doit être décodée. A titre d’exemple, les statistiques concernant la Chine sont toujours impressionnantes : un marché gigantesque, 7 à 8% de croissance, un Investissement Direct Etranger parmi les premiers au monde, 3 à 4% de chômage ! Tous ces chiffres sont très attrayants, mais sont parfois loins de la réalité.

 

Un marché gigantesque


M. Gipouloux commence sont exposé en cassant une idée reçue : selon lui, il n’existe pas de marché chinois. Il existe DES marchés chinois.
- Le plus intéressant de ces « marchés » est celui constitué par les 200 Millions de chinois de la côte Est du pays. Ce qui est loin d’un marché d’1,36 milliard d’individus.
- En outre, l’espace chinois est fragmenté en une multitude de petits marchés cloisonnés par autant de douanes intérieures.
- Enfin, une bonne partie du marché chinois est réservée aux Chinois eux-mêmes. Et il est hors d’atteinte des entreprises occidentales.

 

Une croissance à 8%


- Les chiffres annoncés de 7 à 8 % de croissance ne correspondent pas à la réalité. Il suffit pour s’en persuader de les mettre en regard d’autres indicateurs comme la consommation d’énergie ou le transport aérien. Il n’y a pas de cohérence entre ces différents indicateurs.
- Second point, la croissance est « artificielle » car elle repose en trop grande partie sur l’investissement extérieur. Alors que l’accroissement de la productivité par tête stagne.

 

Première destination mondiale des flux d’investissement étranger


- Il y a une répartition très inégale de l’IDE . Hong Kong à lui seul se taille la part du lion avec 40%.
- En outre, il existe des investissements « tournants » (round trip investment). C’est à dire de l’argent qui quitte la Chine, passe par des paradis fiscaux (type les Iles Caïmans) et revient en Chine ! Il est clair que ces investissements faussent les données. Une idée des sommes que cela peut représenter nous est donnée par ce chiffre : en 1999, 15 milliards de dollars américains sont dans le poste « erreurs et omissions » de la balance commerciale de la Chine.
- Dernier point, il est commun de surfacturer les importations, sous facturer les exportations, ce qui revient à faire de l’évasion fiscale.

 

Un taux de chômage de 3 à 4%


Les chiffres officiels présentent un taux de chômage extrêmement bas. Tout observateur qui se rend en Chine, nous assure M. Gipouloux, se rend vite compte que ces chiffres ne correspondent pas à ce que l’on voit  sur place.
- En fait ces chiffres ne comptabilisent que les chômeurs officiels inscrits.
- Si l’on rajoute les personnes mises à pied dans les entreprises publiques, on arrive à un taux qui tourne autour de 9,5%
- De plus, si l’on rajoute les chômeurs « cachés » dans les entreprises publiques, on arrive à des taux qui vont de 15 à 30% selon les régions.

 

Les sources d’information


Après cette présentation quelque peu alarmiste sur la fiabilité des chiffres officiels, notre intervenant conclut en nous donnant quelques sources d’information qui, si elles sont recoupées, permettent de se faire une idée un peu plus proche de la réalité du marché chinois :
- l'INSEE, avec qui l'administration chinoise coopère,
- des structures collaborent avec des grands organismes internationaux comme l’OCDE  et sont des sources plus fiables, tout comme les chiffres qui sont émis par Hong Kong,
- enfin le Japon est aussi une source fiable, et notamment les informations issues du JETRO , METI  et des Sogo Shosha .

 

 

2. Le Système Politique Chinois : son contrôle sur l'information

 

Présentation du système politique chinois


Le Parti Communiste (PC) Chinois règle la vie politique du pays. M. de Goldfiem nous en présente quelques éléments constitutifs :
- le secrétaire général, qui est le véritable « maître » du pays,
- le congrès annuel, qui sert à l’annonce des nominations et des renouvellements des hommes aux organes clés du système,
- le Comité Central, dans lequel siègent 198 membres, tous investit d’une mission importante.

Le PC, dont on vient de prouver l’importance, est caractérisé par :
- Son « imprégnation » dans la société entière. 67 Millions de personnes sont membre du parti, soit un Chinois sur vingt !
- Le népotisme qui règne en son sein. Tous les hommes aux postes clés ont été « placés ».
- La difficulté à comprendre son fonctionnement. La mécanique qui régit l’organisation de cet outil est floue et complexe. Même les dirigeants n’en sont pas totalement maître, et n’ont pas les mains complètement libres.
- Sa maîtrise forte de l’information. Il existe un Département de la propagande qui a été récemment rebaptisé Département de l’Information, et qui « gère » et les informations, et les consciences. On ne s’étonnera pas dès lors que les médias soient fortement contrôlés.

 

Analyse du contrôle sur les médias


L’objectif du contrôle de l’information est de tout montrer -à destination des étrangers et des Chinois- sous un aspect favorable.
Pour cela, la pression est très forte.
- Ainsi, chaque année entre 11 et 18 journalistes sont emprisonnés.
- Les peines à l’encontre des journalistes sont disproportionnées. Ainsi un journaliste a été condamné à 8 ans de prison car il avait diffusé le PIB du pays. Ce qui a été considéré comme une trahison de secret d’Etat.
- Tous les organes de presse sont contrôlés : presse écrite, radio, télévision, internet, …
- La même censure est appliquée au niveau central et au niveau provincial.
- Il existe un presse sous la coupe de grands dirigeants locaux. Et il y a eu quelques tentatives pour développer une presse « libre ». Mais ces initiatives sont rapidement reprises en main par le PC.

 

Nouvelle équipe dirigeante


En conclusion de sa présentation, M. de Goldfiem se demande si l’on peut attendre quelque chose de la nouvelle équipe dirigeante ?
- Elément encourageant, les personnes au pouvoir aujourd’hui sont des « jeunes ». Jeunes de 60 ans, s’empresse de rectifier notre intervenant, qui nous rappel que la moyenne d’âge de la vieille génération est beaucoup plus élevée.
- Par contre, il ne faut pas forcément s’attendre à une modification radicale du système, car ces « jeunes » ont été choisis par les anciens d’une part, et ont subi un long processus de sélection d’autre part.
- Mais en définitive, il semble quand même que des modifications puissent avoir lieu, à commencer par les « frissons de transparence » auxquels on assiste actuellement.

 

3. Recherche d'Information dans les domaines juridiques et réglementaires

La situation pour les textes officiels


Les textes officiels sont difficiles d’accès, nous assure M. Léger.
- Il arrivait même traditionnellement de se voir opposer par l'administration des "réglementations internes", sortes de décrets non publiés. Ce système n'est plus en vigueur depuis plusieurs années.
- Aujourd'hui les textes sont de plus en plus facilement accessibles, l'entrée de la Chine à l'OMC  étant un des accélérateurs de cette ouverture.
- Néanmoins la Chine ne possède pas encore d'équivalent à notre Journal Officiel. La disponibilité de l'actualité juridique est donc variable.
- Les lois sont les plus faciles d'accès. Pour les autres textes, de niveau national, provincial ou local, la multiplicité des petites publications fait obstacle à la constitution d'un corpus écrit.

 

Comment on pratique la "chasse à l'information" ?


- Puisque tout n'est pas publié, il faut éplucher la presse et utiliser internet.
- On fait préparer une collection de textes et coupures de journaux.
- Il existe aussi des recueils spécialisés par matières produits par des spécialistes.
- On s'abonne à plusieurs bases de données privées.
- La partie la plus difficile concerne les textes provinciaux, surtout dans les régions reculées.

 

Les tactiques de contact personnel


- On privilégie le contact direct avec l'administration: au niveau central c'est plus facile; en province les interlocuteurs sont plus souvent au départ inconnus.
- Dans tous les cas, il faut soigner la qualité du contact.
- Souvent il faut utiliser des réseaux de contacts personnels chinois et l'approche indirecte, notamment pour les administrations les plus fermées.
- On s'efforce toujours de recouper les informations.
- Une fois l'information de base obtenue, il faut encore évaluer les conditions d'application et la marge de négociation éventuelle.

 

Autres sources d'information importantes


- Dans le cas des informations commerciales ou touchant à la lutte contre la contrefaçon, on fait appel à des tiers.
- Il existe des agences d'investigation spécialisées, comprenant des détectives ou d'anciens fonctionnaires de l'administration. Il peut s'agir de personnes chinoises ou étrangères.

 

4. Expérience vécue de recherche d'information pour un Projet

M. Gattein pose deux questions en ouverture de son intervention :
- Quel est le réel impact des spécificités culturelles chinoises dans ce type d'exercice ?
- Comment assurer le succès de la recherche d'information dans un environnement aussi différent du notre ?

 

Les ressources nécessaires


- Mettre en place des spécialistes chinois avec fort encadrement biculturel.
- Soigner la planification, l'organisation des missions et les points de contrôle.
- Prévoir un budget réaliste : aucune information n'est gratuite. On utilise fréquemment une quarantaine d'agents pour une mission.

 

Accès aux réseaux d'information


- L'utilisation d'internet peut apporter 30 à 40% de l'information recherchée.
- Les études privées et bases de données sont assez coûteuses mais sont plus sophistiquées et plus fiables.
- Les sources "fermées" constituent le principal défi : on fait alors appel -via les réseaux- aux administrations centrales ou régionales, aux instituts techniques, sociétés d'import-export ou à d'autres prestataires.

 

Les Facteurs-Clés de Succès, Gestion des objectifs


- Construire et entretenir les réseaux les plus larges possibles.
- Bien comprendre les différences culturelles et leurs conséquences.
- Adapter les questions à la cible.
- Accepter une certaine flexibilité des objectifs.
- Faire de l'administration chinoise un allié.
- Constituer une équipe avec compétences complémentaires.
- Vérifier les informations reçues.
- Suivre étroitement quantité, qualité et planning.
- Motiver financièrement les opérateurs.

 

Conclusion


Plus encore qu'en Occident, la production d'informations stratégiques de qualité, liée aux projets, nécessite :
- des réseaux efficaces,
- une bonne compréhension du système politique et juridique,
- et avant tout, une prise en compte permanente de la culture des affaires chinoise.

Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu (Chapitre 1 et 2) et Max Gattein (Chapitre 3 et 4)

Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique
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Lundi 6 août 2007 1 06 /08 /2007 20:44


Les Universités françaises sont encore à la traîne dans le classement de Shanghai.

Une place décevante :
- 22 établissement tricolores figurent dans le classement des 500 meilleures universités du monde. La France se place ainsi au 6ème rang ex æquo avec le Canada.
- Sans parler des Etats-Unis qui concentrent à eux seuls 17 des 20 meilleurs établissement, la France est loin derrière le Royaume-Unis et l’Allemagne.

Des raisons multiples :
- On peut déplorer un manque de moyens et de financement.
- On peut incriminer les critères de classement, faisant la part belle à la recherche, alors qu’une université est avant tout une structure de formation.
- "En outre, le nombre de citations, de publications, ou de prix décernés, qui constituent les principaux critères de sélection, ne comptabilise pas les travaux francophones" écrit Anne-Noémie Dorion dans le Figaro daté du 4-5 août 2007.
- Enfin, la place importante des grandes écoles nous handicape. Car on est plus enclin à se revendiquer d’une grande école, alors que c’est dans les facs que les travaux de recherche se font.

Quelques réflexions :
- Une sixième place n’est pas non plus une honte absolue. La position de la France dans ce classement n’est pas significativement différente de celle enregistrée dans les autres classements mondiaux, notamment pour la part des publications scientifiques et des citations.
- C’est l’écart avec les établissement anglo-saxons qui est très dérangeant. Cela engendre une image piteuse de l'enseignement supérieur européen, certainement bien loin de la réalité. Il me semble que l'Europe devrait fournir un effort dans ce sens, si elle désire attirer les meilleurs étudiants et chercheurs, en particulier ceux de Chine ou d'Inde, deux pays où ce classement est beaucoup mieux considéré qu'en Europe.
- A mes yeux la situation peut se résoudre de deux manières : soit on juge ce classement éloigné de la réalité et on en créé un autre ! Soit on l'accepte, et on travaille par tous les moyens à améliorer son classement.

 

Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique
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Samedi 1 septembre 2007 6 01 /09 /2007 14:10
« Trois bombes menacent le monde:
La bombe atomique, qui vient d'exploser,
La bombe de l'information, qui explosera vers la fin du siècle,
La bombe démographique, qui explosera au siècle prochain, et qui sera la plus terrible. »
Albert EINSTEIN *
 
 
L’Asie est l’une des zones les plus dynamiques du monde. Ceci est en grande partie dû à sa forte démographie. C’est notamment parce que l’Inde et la Chine représentent à eux deux 1/3 de la population mondiale qu’on les voit comme les futurs leaders économiques de la planète (premiers ex aequo vers 2050). D’où la remise à la mode d’une l’expression qui n’est pas nouvelle, celle de « bombe démographique ». L’idée sous-jacente étant qu’à « maturité » la très forte démographie de ces deux pays allait les projeter aux premières places des puissances mondiales, et rejeter loin derrière eux leurs « concurrents ».
 
Mais cette bombe (pour filer la métaphore) peut exploser d’une autre manière. Sans être des spécialistes du domaine, nous vous proposons de partager quelques questions : Quels sont les problèmes actuels engendrés par cette forte démographie ? Quelles peuvent être les conséquences à moyen et à long terme ? Quels types de solutions envisager ? Quel rôle les acteurs de la société civile peuvent jouer ?
 
 
Quels sont les problèmes actuels engendrés par cette forte démographie ?
 
Les difficultés sont déjà bien réelles. Car cette démographie galopante amplifie chaque problème rencontré par ces deux Etats. Et il parait évident que la puissance résulte plus d’un équilibre et d’un contrôle homogène sur la totalité (ou la majorité) des compartiments sensibles que d’une surpuissance disproportionnée dans des domaines épars.
- Un des problèmes les plus souvent cités est celui de l’urbanisation. L’exode rural entraîne une surpopulation des cités qui ne peuvent accueillir décemment la masse des déracinés.
- La filière agroalimentaire est soumise à une tout aussi forte pression pour subvenir à la demande intérieure. L’usage des engrais et des pesticides, s’il n’est pas maîtrisé ne peut que conduire à des situations écologiques intenables à moyen, voire à court terme.
- Les catastrophes climatiques ont un effet d’autant plus dévastateur qu’elles surviennent dans des zones surpeuplées, où les systèmes de protections, de transport et de soin sont largement insuffisants. Le récent bilan des inondations du mois d’août 2007 en Asie est effrayant, hors de toute mesure : des dizaines de millions de sinistrés et de déplacés (près de 30 millions, c'est-à-dire la moitié de la population française).
 
 
Quelles peuvent être les conséquences à moyen et à long terme ?
 
Les questions sont multiples, à commencer par l’extension géographique du phénomène : Ses principaux dégâts se situeront-ils à l’intérieur ou à l’extérieur des pays concernés, la Chine et l’Inde ?
 
On ne peut pas ici ne pas songer au livre de Jared Diamond « Effondrements »** qui analyse les causes et les conditions de l’effondrement d’un certain nombre de sociétés, et aussi d’ailleurs comment quelques autres ont évité cette catastrophe. On ne saurait trop recommander cet ouvrage, riche de presque 600 pages d’une réflexion rigoureuse, alimenté par la synthèse de recherches archéologiques, et complété par de nombreuses cartes et références. Impossible de le résumer, mais voici quelques aperçus utiles à la présente réflexion.
 
Parmi les sociétés effondrées (et donc disparues) l’auteur étudie notamment les Mayas, les Pascuans (les anciens habitants de l’île de Pâques), les Anasasis (une ancienne tribu d’indiens d’Amérique du Nord, essentiellement située sur l’état actuel du Nouveau-Mexique et disparue vers les années 1200), les colonies Viking du Groenland, etc. ; et parmi celles qui ont su réagir à temps, il y a notamment l’exemple des Japonais de l’ère des shoguns.
 
Il extrait cinq facteurs possibles d’effondrement, dont un seul peut parfois suffire, mais qui agissent plus souvent de façon concomitante. Le premier d’entre eux est la dégradation des conditions environnementales, et cette dégradation est souvent (mais pas toujours) une conséquence d’un phénomène de surpopulation.
 
Il décrit le mécanisme de l’effondrement proprement dit, assez variable d’une société à l’autre, mais où l’on retrouve fréquemment :
- Une déforestation, qui induit elle-même :
- Une diminution de la fertilité des sols (lavage de la couche arable, salinisation des terres par excès d’irrigation).
- Des luttes au sein de la société en danger pour le partage des ressources alimentaires de moins en moins abondantes.
- Des voisins hostiles qui viennent obligeamment achever le travail…
 
Il analyse également des sociétés actuelles fragilisées, et en danger d’effondrement d’après son analyse. Dans cette catégorie on trouve notamment le Rwanda, Haïti, l’Australie et… la Chine. Il ne cite pas l’Inde, mais certaines des considérations qu’il développe pour la Chine s’appliqueraient tout aussi bien à ce second pays.
 
En Chine, donc, à la suite d’un certain nombre de facteurs :
- Surpopulation
- A-coups politiques
- Augmentation des échanges avec l’étranger (et donc espèces animales et végétales importées, nuisibles et invasives)
- Projets pharaoniques
L’environnement connaît une dégradation accélérée. En particulier, la diminution du pourcentage de territoires affecté aux forêts et la baisse de fertilité des sols sont déjà gravement avancés ; s’y ajoutent des dangers plus modernes sous forme de pollutions diverses.
 
Enfin, si l’on sort de la Chine, il estime que le monde actuel (précisons : la planète dans son ensemble !) rassemble les cinq facteurs de risque d’effondrement qu’il a identifiés et se trouve donc en situation extrêmement fragile. Il conclut d’ailleurs en proposant quelques pistes pour sortir de cette situation dangereuse.
 
D’après l’auteur, la taille de la Chine fait que son implosion, si elle se produisait, aurait des conséquences gravissimes sur le monde. On comprend que l’effondrement de la Chine pourrait bien provoquer celui du reste du monde
 
Cette considération rendrait sans objet, si elle était juste, la question posée plus haut. Les bombes démographiques provoqueraient beaucoup de dégâts, gravissimes, et ceux-ci se situeraient autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ces pays.
 
Heureusement qu’il ne s’agit que de spéculations, que le pire n’est pas toujours sûr, et que les choses se passent rarement comme elles ont été imaginées. Poser le débat est de toute façon la première étape pour améliorer une situation.
 
 
Quels types de solutions globales envisager ?
 
Ces perspectives font peur. Le sujet est difficile tant il touche à la vie même. On peut imaginer, de manière simpliste, trois types de solutions :
 
- Soit baisser la natalité. L’Inde tente de le faire depuis longtemps, la Chine également depuis moins longtemps et avec davantage de succès. En tous cas, l’expérience prouve que cela n’est pas aussi facile, et a des effets collatéraux. La sélection des garçons au détriment des filles, pour ne citer que cet exemple, (en plus d’être immoral) va avoir un coût humain énorme.
- Soit aligner la puissance économique sur la démographie. Ce qui permettrait de mieux nourrir la population, la répartir géographiquement, la protéger, la soigner, … Mais sur le plan intérieur, réussir à le faire dans un respect du développement durable relèverait du miracle. Et au niveau mondial, nous savons maintenant tous que la terre a des limites, et qu’il faudrait au moins deux terres pour donner au monde ne serait-ce que les normes de vie européennes, sans parler des normes U.S.
- Soit enfin migrer une partie de la population vers des zones plus tempérées. C’est des trois sans doute la plus improbable. Néanmoins, permettons-nous une petite digression historique. Le cap occidental du continent euro-asiatique, est composé des pays que nos connaissons bien : Espagne, France, Italie, … On y trouve un des climats les plus tempérés (dans le sens propre : équilibré) du monde. Ce n’est pas pour rien si de nombreux peuples ont eu pour objectif de s’y installer. A commencer par ceux qui vivaient dans les arides steppes d’Asie Centrale. La grande migration du IVème siècle après JC (ce n’est pas si vieux) a vu l’arrivée d’envahisseurs (donc forcément des barbares) dont nous sommes les heureux descendants. Les noms des pays et des régions où nous vivons en est un rappel constant : les Francs fondent la France, les Burgondes la Bourgogne, les Vandales la Vandalousie (pardon l’Andalousie … le V est tombé avec le temps). Pour les Lombards, Alamans et autres Angles et Saxons, vous devinez les correspondances. Certains se sont battus contre des autochtones qui … ne l’étaient pas vraiment. Les Gaulois avaient pris une route similaire quelques temps auparavant et d’ailleurs l’autre région où ils se sont installés s’appelle la Galatie, qui se situe dans un pays à qui on refuse l’entrée dans l’Union Européenne (la Turquie). Bref, ces envahisseurs qui viennent de loin pour vivre « ici », c’est « nous ». Pourrait-on refuser l’accueil à nos lointains cousins (restés au pays) si une grande migration prenait la route de celle que nous avons pris il y a 15 siècles ? Si oui comment ? Si non comment ? Mais bon, refermons cette digression. Des trois scénarios, c’est certainement le moins probable.
 
Cet article n’a pas pour but de rajouter une préoccupation anxiogène à toutes les autres, mais bien d’être un moteur de l’action, de rechercher comment à notre échelle nous pouvons contribuer à éviter un danger ou à améliorer un avenir collectif. Or à moins d’être une personne d’influence, nous n’avons pas de prise déterminante sur les solutions évoquées. Que faire ?
 
 
Quel rôle, nous, simples acteurs de la société civile, pouvons-nous jouer ?
 
Là encore, nous ne pouvons prétendre apporter des réponses ni sûres ni exhaustives. Néanmoins, si on ne peut pas peser sur la démographie de nos voisins asiatiques, nous pouvons en revanche montrer un modèle de développement. L’environnement est justement un domaine où chacun a un rôle direct à jouer quelque soit son niveau. Préconiser le respect de la nature, le tri de ses déchets, la limitation de l’utilisation des ressources en général et des énergies polluantes en particulier peut paraître idiot alors que nous venons de parler de deux pays à l’autre bout du globe. Mais si l’on sort des actions individuelles et si nous regardons un résultat collectif, cela change la donne.
 
Il faut faire de chaque citoyen un protecteur de son environnement, pour que la France, tout en gardant (ou peut-être en améliorant, qui sait ?) ses performances économique, deviennent un modèle en la matière. Il faut que l’Europe devienne à son tour un modèle. Il est de notre capacité de prouver que c’est possible. Bien des indices nous laissent penser que c’est très rapidement bénéfique, que le retour sur investissement est bien plus rapide qu’on le croit parfois. En d’autres termes, il faut que nous donnions envie aux autres de le faire et de nous suivre. Plus grave, et cela a été remarqué par de nombreux commentateurs : si nous ne modifions pas nos comportements, nous offrons un prétexte en or à ces deux pays et à de nombreux autres pour ne pas modifier le leur.
 
Il y a là un modèle à découvrir (où auquel il est urgent de contribuer, les scandinaves, pour ne citer que cet exemple, ont déjà commencé). La France qui est toujours à la recherche d’une grandeur perdue a là un terrain où s’exprimer. Et quel challenge ! Il y a une révolution « tranquille », une « révolution verte » à mener. Et en matière de Révolution, … nous n’en serions pas à un coup d’essai.
 
Il ne tient qu’à nous de faire mentir Albert Einstein quand il disait que la bombe démographique « sera la plus terrible. » Et il est fort à parier qu’il serait ravi si nous parvenons à la désamorcer !
 
Jérôme Bondu et Alain Bondu
 
* in une lettre à l'abbé PIERRE écrite dans les années 50.
** Ouvrage édité par NRF Essais, sous-titre « Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie » © 2006 ;
Edition originale publiée aux Etats-Unis sous le titre « Collapse - How societies choose to fail or succeed » © 2005 éditions Viking.
 
Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique
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