Vendredi 21 novembre 2008

Suite à la demande d'un des lecteurs du billet précédent, voici quelques extraits qui illustrent une des interprétations possibles de l'affaire Perrier.

 

Les extraits ci-dessous sont issus de l'allocution de Christian Harbulot et Philippe Baumard, intitulée "Intelligence économique et stratégie des entreprises : une nouvelle donne stratégique". Cette intervention a été donnée à la Cinquième Conférence Annuelle de l'Association Internationale de Management Stratégique le 14 mai 1996.

 

 

Voici quelques extraits qui résument la thèse des auteurs :

"Le 19 janvier 1990, un laboratoire de Caroline du Nord dans la ville de Charlotte décèle des traces de benzène (substance cancérigène) dans une quinzaine de flacons d'échantillons de Perrier (...).

 

Perrier ne détient en propre que 6% du marché américain d'eaux minérales soit 150 millions de dollars de revenus annuels. Mais, grâce à ses acquisitions, Perrier contrôle 25% du marché des eaux gazeuses (sparkling waters) aux États-Unis soit 500 millions de dollars de chiffre d'affaires (...).

 

(suite à la découverte de traces de benzène) le 14 février 1990, Gustave Leven, Président de Perrier, annonce le retrait des 160 millions de bouteilles du marché mondial pour un coût évalué à 400 millions de francs (200 millions de francs après impôts soit un cinquième du bénéfice net réalisé en 1988) (...).

 

Le Professeur Jean-François Girard, Directeur Général de la Santé déclare « La consommation quotidienne d'un demi litre de Perrier pendant 30 ans n'augmenterait que d'un millionième le risque d'apparition d'un cancer [...]. La décision de retrait des eaux Perrier ne correspond nullement à une mesure d'ordre sanitaire » (…).

 

De nombreux mouvements stratégiques suivent immédiatement l'affaire Perrier. Le 19 mai 1990, Coca-Cola inaugure l'usine la plus grande, la plus moderne et la plus sophistiquée du monde à Dunkerque dans le but d'approvisionner l'Europe de l'Est. Le 28 mai 1990, Cadbury Schweppes rachète une partie des boissons non minérales de Perrier (excepté Pepsi) pour un montant de 1,2 milliard de francs (...).

 

Le 29 novembre 1990, dans une déclaration d'intention commune, Coca-Cola et Nestlé annoncent leur association pour la fabrication de boissons au café et au thé. Enfin, en 1991, le Groupe Nestlé rachète la société Perrier (…)."

 

Je laisse à ces deux prestigieux auteurs la responsabilité de la démonstration (voir le texte complet de leur  l'allocution ). Leurs propos est d’illustrer un cas de "non-marché" où des acteurs économiques cherchent à lutter contre d’autres acteurs avec des moyens qui sortent du jeu traditionnel. Christian Harbulot et Philippe Baumard sont parmi les promoteurs de méthodes d’intelligence économique offensives, partant du principe qu’il faut s’adapter avec réalisme aux pratiques en cours.

 

L’Ecole de Guerre Economique enseigne cette vision de l’IE. Parmi les sites qui relayent cette vision, citons Infoguerre.fr (où d’ailleurs un article écrit en 1994 présente le cas Perrier en insistant sur la contre offensive informationnelle mise en place par ce dernier).

 

La visibilité sur internet (réputation numérique ou e-réputation) est devenue un nouveau champ de bataille. D’où l’importance de connaître les règles en attaque et en défense.

 

Cordialement,

Jérôme Bondu

 

Par Jerome Bondu - Publié dans : Rumeur - Communauté : Veille stratégique
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Jeudi 20 novembre 2008

Nicolas Moinet écrit dans Veille Magazine un article intitulé "Uniross, PME stratégique". Cela pourrait se révéler être un cas intéressant en matière d'Intelligence Economique offensive.

Sans rien affirmer, l'auteur se pose des questions sur les problèmes que rencontre une PME innovante.

Extrait :

"Uniross. Ce nom ne vous dit peut-être rien et pourtant il s’agit d’une entreprise stratégique qui pourrait bientôt disparaître. En effet, placée sous sauvegarde en octobre dernier, elle attend la décision du tribunal de commerce de Meaux qui doit statuer sur son cas le 1er décembre.

Affectée par une baisse de la consommation et un manque de trésorerie, le leader européen des batteries rechargeables pour appareils photo ou caméscopes s’est vu refuser toute aide bancaire. (...)

Selon le site www.infoguerre.fr :
« tout ceci ne serait sans doute qu’une banale affaire de crédit si Uniross n’avait été ciblée par une entreprise concurrente asiatique bénéficiant de l’appui de financiers français connus pour leurs stratégies de prédation et de restructuration (délocalisation) agressives. Nul doute qu’ils souhaitent acquérir l’entreprise à moindre frais. Et on comprend mieux, dès lors, tout l’intérêt de la procédure de sauvegarde. D’autant que le dirigeant serait victime de rumeurs étranges et insistantes qui lui auraient déjà fermé des portes d’investisseurs pourtant promises !»
Attendue pour le 1er décembre, la décision du tribunal de commerce de Meaux pourrait donc faire du bruit si elle décidait la fin d’une entreprise pourtant promise à un bel avenir. Nicolas Moinet"

Des cas similaires ont déjà été relevés. Le cas Perrier notamment est célèbre (lors de l'affaire du Benzène) et avait été "autopsié" par des experts en IE, ... après son rachat.

Espérons que si ce que suppute le site infoguerre soit vrai, il puisse être fait quelque chose pour cette PME avant qu'elle ne vienne grossir les rangs des "cas d'écoles" d'attaque concurrentielle. Très utiles pour les cours en IE, mais pas si utiles pour l'économie.

Je vous laisse découvrir l'article complet
[PDF 139 Ko].

Jérôme Bondu 

Par Jerome Bondu - Publié dans : Rumeur - Communauté : Veille stratégique
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Lundi 12 novembre 2007

Dans un précédent post, je suggérais que Google puisse un jour s’effondrer, à l’image d’Alta Vista, le moteur star du début des années 2000 (disparu en quelques mois à peine !).

Jean Véronis, dans la page forum de La Tribune (du 8 novembre) revient sur ce thème, et rappelle que l’engouement actuel vis-à-vis du moteur de recherche vedette « peut être remise en cause de manière inattendue ». Pourquoi ?

1- D’abord, parce que le moteur de recherche de Google n’a connu aucune innovation majeure depuis son lancement.
2- Ensuite, si Google annonce beaucoup d’innovations, peu viennent de ses propres efforts de recherche.
3- Sa puissance (et notamment sa puissance de développement), lui vient en réalité de son exceptionnelle valorisation en bourse, qui lui permet d’acheter n’importe quelle start-up prometteuse.
4- Enfin, l’entrée de Google dans tous les recoins de la gestion quotidienne des individus a fait naître une « sourde inquiétude », qui pourrait bien se transformer en défiance, et à terme crever la bulle de confiance que l’entreprise à réussie à générer autour d’elle.
Si la confiance part, la bulle crève, la valorisation aussi, il n’y a plus d’achat de start-up, ni donc d’innovation … La boucle est bouclée.

Cette « sourde inquiétude » est aussi en train de se développer autour d’une autre star de la nouvelle techno : Facebook. Mark Zukerberg, le fondateur du site de réseau social, a dévoilé récemment sa nouvelle plateforme publicitaire « Facebook Ads », qu’il a présenté comme « la machine la plus ambitieuse à ce jour de marketing ciblé et viral » (Les Echos du 8 novembre).

« Facebook Ads » comporte trois volets :
- La publication de pages de pub créées par des annonceurs, sur le modèle des pages personnelles.
- La distribution de messages publicitaires ciblés en fonction des centres d’intérêt et des activités des membres. En gros, si j’envoi un message comme quoi j’aime faire du jogging, je recevrais la pub d’un équipementier.
- Enfin, une analyse des profils des utilisateurs qui interagissent avec les messages publicitaires et leurs modes d’interaction. Cela veut dire que si je clique sur une pub pour une marque de boisson, je recevrai par la suite une pub ciblée.

Facebook a ceci de commun avec Google qu’ils ont su générer un engouement autour de leur marque. Facebook avec 50 millions de membres actifs est deux fois moins gros que MySpace (120 millions de membres), mais avec une valorisation deux fois plus importante (15 milliard, contre 6 milliards pour MySpace).

Durant la conférence de presse qu’il a donnée mardi 6 à New York, Mark Zukerberg s’est empressé « de rassurer son audience sur la protection de la confidentialité des utilisateurs, dont l’anonymat sera rigoureusement préservé ». Néanmoins, il est certain qu’il va être délicat de jongler entre deux intérêts divergents : d’une part les annonceurs, qui en échange des sommes investies vont demander des comptes. D’autre part, les membres du réseau en quête d’un minimum d’anonymat.
Comme le titre l’Expansion  (du 7/11)« Facebook se sert de vos amis pour vous bombarder de publicité ».

Ca ne devrait pas plaire à tout le monde. Et à partir du moment ou l'on inspire plus confiance ...

Jérôme Bondu

Par Jerome Bondu - Publié dans : Rumeur
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Samedi 27 octobre 2007

L’IFIE et le Club IES de l’IAE de Paris ont organisé le 24 juin à Télécom Paris un colloque sur « la rumeur et la réputation des entreprises ». Près de 120 personnes s’étaient inscrites pour cet événement. Ce compte rendu complète les deux posts précédents.

Sont intervenus  :
(les biographie datent de 2004)
Pascal Froissart, Maître de conférences en "Sciences de l¹information et de la communication" à l'Université de Paris VIII. Auteur chez Belin de "La rumeur. Histoire et fantasmes". Textes disponibles sur http://pascalfroissart.online.fr

Jean-Pierre Piotet est président du groupe ThompsonCorp, qui rassemble les agences de relations publiques et d’affaires publiques de J.Walter Thompson en France, notamment Hill & Knowlton, RPCA et Concept. Conférencier à HEC, auteur de différents ouvrages de référence dont "Réputation, le Regard des Autres", publié en mai 2004. Il a fondé avec Jean-Noël Kapferer la Fondation sur les Rumeurs en 1987 et préside l'Observatoire de la Réputation http://www.obs-reputation.org/ .

Eric Denécé est président du Centre Français de recherche sur le renseignement, et co-auteur avec M. Froissart et Piotet de « Business sous influence ».

Patrick Kervern est directeur Marketing Europe Continentale de Factiva. Son poste englobe le développement de la présence de Factiva sur l’Europe continentale (incluant les pays scandinaves et la Russie). Il est diplômé de Sciences Po Paris, ESCP, titulaire d'un Master de management de l'information et des médias.

Rumeur et réputation
L’article (posté précédemment) « Analyse de la rumeur » présente la plupart des caractéristiques du phénomène. Reprendre tous les éléments développées durant le colloque induirait forcément des redondances. Le compte rendu suivant va donc insister sur quelques uns des aspects développés, sans suivre le fil des présentations. Il s’agit ici d’être plus complémentaire qu’exhaustif.

L’image, la réputation fait partie du capital des entreprises, insiste Jean-Pierre Piotet. La réputation est une notion complexe qui comprend le fait d’être connu, d’être « aimé », et de correspondre au système de valeur en place.
Ce capital immatériel ne doit pas être sous-estimé. Les « crises de réputation » qui ont atteint certaines entreprises ont prouvé que cela s’accompagnait automatiquement d’une chute en bourse, d’une baisse des ventes, d’une désaffection des candidats à l’embauche, … bref d’autant d’éléments qui atteignent fortement l’entreprise et qui eux se caractérisent par des éléments fortement matériels.

Ces atteintes à la réputation peuvent être voulues et consciemment construites. Et la rumeur peut en être un des vecteurs. Mais comme le dira Eric Denécé, l’instrumentalisation de la rumeur est un pari risqué. L’outil échappe dans presque tous les cas à son auteur, « la rumeur est presque un gaz, c’est trop volatil ». L’expert en renseignement présentera des cas d’atteinte à l’image de marque où une rumeur a bien été créée mais sur la base d’une action de communication fortement structurée.
Il cite notamment  le cas des Mirages de Dassault abattus en Bosnie pour des canons. Quinze minutes après ce fait d’arme les téléscripteurs du monde entier ont diffusé l’annonce de cette attaque et de la perte des deux avions de chasse, en signalant que les fonctions leurres des appareils n’ont pas fonctionné.

Premier étonnement, la rapidité entre l’attaque des avions et la diffusion de la nouvelle. Second étonnement, le message envoyé aux agences de presse était faux. En effet les fonctions leurres ne sont fonctionnelles que face à des missiles qui ont un système de guidage par détection de chaleur. Ce qui n’est pas le cas des obus « classiques » qui ont atteint les appareils français. En fait « des concurrents » avaient travaillés à la construction de scénarios d’attaques informationnelles. L’attaque des mirages leur a donné l’occasion d’en mettre une en action. Les commerciaux de Dassault ont subi les contrecoups de la rumeur ainsi développée « les fonction leurres des mirages sont inopérantes » pendant plusieurs mois. « L’improvisation n’existe pas » conclut-il. Tout est affaire de préparation.
D’autres exemples, le cas Perrier, l’industrie laitière, le lobby de la banane, illustrent la même thèse. L’art de l’intoxication conclut M. Denécé « est un art plus structuré que celui de la rumeur. Mais c’est un art très aléatoire quand même ». La grande différence est qu’avec la rumeur on maîtrise beaucoup moins l’EFR (l'Etat Final Recherché) qui ne doit pas être une croyance mais un comportement.

Parmi les vecteurs de diffusion des rumeurs, internet a pris une importance capitale nous dit Patrick Kervern. C’est pour cela que diverses sociétés, dont les françaises Datops et Digiming (pour ne citer qu’eux), ont construit une offre pour y détecter l’apparition de rumeurs. Factiva, entreprise soutenue par Down Jones - Reuters et IBM, se démarque par la puissance de calcul des stations IBM et par l’exhaustivité des sources d’informations analysées.

En cas de crise générée par une rumeur, les stratégies sont diverses. Jean-Pierre Piotet en évoque certaines, en commençant par la stratégie du silence. Dangereuse, car « qui ne dit mot consent ». Opposer un front du refus et se battre point par point est à l’antithèse de la réaction précédente. On pourra essayer de jouer l’amalgame et la globalisation qui permettra de dévier l’attaque « c’est vrai, j’ai fait cela, mais… si je ne l’avais pas fait d’autres l’auraient fait. Et puis, il y a pire ailleurs… ». Trouver un bouc émissaire, tout le monde en conviendra est la moins élégante des solutions. Pourtant largement employée, notamment en politique.

L’important pour l’entreprise souligne Pascal Froissart, est de rester fidèle à ses principes. Pour l’entreprise familiale qui a l’habitude de rester discrète, il est inutile du jour au lendemain de communiquer à tout va. Pour la multinationale qui dépense quelques millions d’euros en communication, il serait maladroit de faire l’autruche. On a vu que l’art du démenti est très subtil. Et qu’un démenti mal diffusé peut faire plus de mal que de bien. L’idéal est de pouvoir communiquer « en face à face » avec la population touchée par la rumeur, sans rappeler le message initial.

Conclusion
Le domaine de la communication, de la rumeur, de la gestion de la réputation est complexe. On y retrouve le meilleur comme le pire : La rumeur est un phénomène qui s’appuie sur un trait psychologique. Ne pouvant toujours tout vérifier, on délègue aux autres cette tâche, et on accepte de croire de ce que l’on entend ce qui nous paraît crédible. Qui y a t’il de mal en cela ?

Par contre, cela se complique quand on utilise ce fonctionnement humains par calcul et à des fins malhonnêtes. Et il est facile de brouiller les pistes « il n’y a pas de fumée sans feu. Il suffit de créer une fumée pour que les gens s’imaginent qu’il y a du feu ».
Mais en définitive, qui y a t’il de nouveau ? Déjà au XVIème siècle (et je suis sûr que l’on pourrait remonter beaucoup plus loin) l’image que l’on donnait de soi était objet des calculs les plus complexes. Jean-Pierre Piotet nous le rappel en citant le jésuite Gratien «  Lorsque le mérite est supérieur à la réputation, il faut se réserver. Lorsque le mérite est inférieur à la réputation, il faut se produire. »

Jérôme Bondu

Par Jerome Bondu - Publié dans : Rumeur
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Samedi 27 octobre 2007

Le Club IES et l’IFIE ont organisé en mai 2004 un colloque sur  « La rumeur et la réputation des entreprises ».
Voici un second extrait de l’article qui en est issu et qui a été publié par Veille Magazine dans son numéro du mois de novembre


Comment contrôler une rumeur ?
Il n’existe pas de recette miracle. C’est par une définition précise de la situation que l’on peut apporter un diagnostic et proposer des recommandations. Néanmoins, voici différentes réactions possibles.

Premier point, il est toujours possible de ne pas réagir. En restant muet, on se place au dessus de la calomnie. Mais le silence peut être une arme à double tranchant.

Second point, la réaction au niveau juridique. Porter plainte n’est pas qu’un acte juridique, c’est aussi un acte symbolique. On pose comme principe de base que la rumeur est fausse, qu’elle a été déclenchée intentionnellement par quelqu’un. Cela permet de fédérer les énergies dans un sens positif.

Troisième axe, la communication. Renseigner les demandes : Répondre aux questions de ceux qui sont touchés par la rumeur (par exemple, mettre en place un standard téléphonique) permet de répondre au doute.

Or on sait que c’est du doute (de l’absence de réponse à des questions) que provient la rumeur.
A titre d’exemple, la société Procter & Gamble a été victime d’une rumeur persistante aux Etats-Unis dans les années 80. Cette rumeur a eu un tel impact que la société recevait jusqu’à 15 000 appels téléphoniques
par mois !

Communiquer avec les médias : Faire appel aux médias et diffuser des informations contradictoires avec la rumeur est aussi une arme à double tranchant. Le danger est d’avertir de la rumeur ceux qui ne l’étaient pas encore. En outre, un message peut toujours être mal perçu ou mal compris.

Démentir : Souvent le démenti ne suffit pas. Il souffre d’un certain nombre de handicaps.
D’abord, le démenti provoque la suspicion. Ensuite, ce n’est pas une nouvelle forte. Le démenti est souvent un truisme. Il y a peu de chance que les médias en fassent leur « une ». Et même plus : pour le journal qui a annoncé la rumeur, devoir la démentir induit l’idée que le journaliste a mal fait son travail de vérification de l’information. Autre point, la force d’une rumeur est sa répétition. Or le démenti n’apparaît souvent qu’une fois. Pour qu’il soit réellement efficace, il faudrait qu’il soit lui aussi répété autant de fois que la rumeur est colportée. Les inconvénients du démenti ne s’arrêtent pas là : Le paradoxe des campagnes de persuasion est qu’elles touchent davantage ceux qui sont déjà convaincus. Ceci s’explique par le phénomène « d’exposition sélective » qui fait que l’on remarque ou retient, que ce que l’on croit déjà. Le démenti d’une rumeur risque donc d’être bien reçu par ceux qui n’y croyaient pas et passer inaperçu auprès de ceux qui y croient. Croire à une rumeur est souvent irrationnel, et se rapproche des croyances que l’on a en chacun de nous. Dernier point : Le démenti n’est jamais un retrait d’information mais un apport de deux informations : je retiens la rumeur « X est cancérigène » et je retiens le démenti « il est faux que X soit cancérigène ». La victime d’une rumeur pourra aussi contre attaquer. Là encore, il existe différentes méthodes :

- Décrédibiliser la rumeur : Il s’agit de participer à la rumeur, pour pouvoir en amplifier les exagérations et finalement la décrédibiliser.

- Utiliser des contre-feux : Dans le même ordre d’idée, avant que la rumeur (que l’on redoute) arrive à un endroit, on peut provoquer sciemment d’autres rumeurs pour « assécher » le terrain.

- Opérer une dissociation : Il s’agit de dissocier l’objet de la rumeur des aspects négatifs qu’elle colporte, ou réassocier l’objet de la rumeur avec des éléments positifs.

Dernière stratégie, l’éducation.
En effet la plupart des gens n’ont pas conscience des raisons profondes qui les poussent à croire à une rumeur. Les leur dévoiler permet de lutter efficacement contre la propagation de la rumeur et d’annihiler ses effets. L’excellent site francophone www.hoaxbuster.com (que l’on peut traduire par «détecteur de canulars») s’est spécialisé dans la détection des rumeurs sur Internet. C’est un site incontournable pour tous les professionnels de l’information-communication. Notons aussi www.secuser.com qui s’intéresse aux aspects sécurisation, virus, et rumeurs.

Jérôme Bondu
Publié dans Veille Magazine numéro du mois de novembre

Par Jerome Bondu - Publié dans : Rumeur
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