Stratégie

Samedi 6 octobre 2007 6 06 /10 /2007 14:30

Ce post est le compte rendu de la conférence de Farid Ben Malek sur le jeu de GO, organisée le jeudi 19 janvier 2006 par le Club IES.
M. Ben Malek est consultant en stratégie, enseignant, expert APM, et champion de Jeu de Go. Il a été champion de France de Go en 1993, 1998, 2002 et est le vainqueur de l'Obayashi Cup en 1998.

Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu

I. Rappel historique du jeu de Go

Le jeu de Go a été inventé au Japon il y a environ 4000 ans, ce qui en fait le jeu le plus ancien encore pratiqué. Il aurait été inventé par un empereur pour former son fils à la stratégie. D’essence impériale (il fait partie des quatre arts sacrés impériaux avec la musique, la calligraphie et la peinture), longtemps réservé à l’aristocratie, ce jeu est encore aujourd’hui en Asie l’apanage des élites. Sun-Tse et Lao-tse ont été des joueurs de Go, et dans « l’Art de la Guerre », le lecteur pourra voir de nombreuses références au jeu. Son arrivée en Europe est assez tardive. Le premier club européen attesté date de 1895, et est austro-hongrois. En France, ce jeu est resté longtemps dans les cercles fermés des normaliens et polytechniciens qui se le sont approprié.

Chaque joueur dispose de pions noir (ou blanc) qu’il place afin de conquérir le territoire le plus vaste. Un territoire est acquis quand il est délimité par une série ininterrompue de pions de même couleur.

II. Les grands principes du jeu

Au travers de la présentation des règles du jeu, l’intervenant a mis en valeur un certain nombre de grands principes directeurs. Chacun de ces principes est tout à fait adaptés à la stratégie d’entreprise et est en parfaite cohérence avec l’enseignement de l’IE.

Observer, encore observer et toujours observer
- Dans la pensée occidentale, on conceptualise un idéal que l’on cherche ensuite à atteindre. Dans la pensée orientale, c’est de l’observation de son environnement que le sage construira étape par étape son idéal. C’est le principe de « l’action par l’inaction ». Cette expression est éclairée par cette histoire contée par l’intervenant. Un sage est dans sa maison. Il ne fait rien, il attend. Cette position d’attente, lui permet de détecter une fissure naissante dans un des murs, et de la réparer avant qu’elle mette en péril l’équilibre de sa demeure. Le non sage s’active. Il réalise de nombreuses activités, qui l’éloignent de l’observation de son logis. Il ne voit pas la fissure naître, et elle finit par mettre en danger sa maison. De cette histoire se dégage l’idée que le monde est en perpétuel évolution, et que la meilleure des stratégies est faite de l’observation de ces évolutions et de leur accompagnement.
- L’IE rejoint le go dans l’enseignement que tout commence par l’observation. On trouvera dans « L’art de la guerre » le précepte « la guerre c’est le mensonge ». Il faut observer les forces de l’adversaire et mentir sur ses propres forces.

Concevoir une stratégie unique car chaque nouvelle situation est unique
- Chaque situation est unique : Le jeu de Go, se joue sur un « goban » où l’on compte 19 x 19 intersections. Deux joueurs s’opposent, l’un ayant des pions noirs l’autre des pions blancs. Il y a 361 « cases » (ou plutôt intersections) où l’on peut poser son pion en début de partie. Ce premier constat amène un premier enseignement : il y a tellement de coups possibles, qu’il est vain de vouloir théoriser des solutions, des réponses, … Si aux échecs il y a des « entrées » ou des débuts de partie classiques, il n’en est pas de même au go.
- Cette idée trouve son pendant en stratégie, où il est important de garder à l’esprit qu’aucune matrice (BCG, MacKinsey, …) -aussi complexe soit elle- ne peut cerner complètement l’intégralité d’un problème. A titre d’illustration Clausewitz a dit « On ne peut théoriser la guerre ». Sous-entendu que la guerre, portant en elle une multitude d’éléments, ne souffre pas de conceptualisation. La stratégie se limite donc au choix le moins mauvais en limitant les erreurs qu’entraîne inévitablement la solution choisie.

Respecter l’adversaire
- L’anticipation est l’essence de la stratégie. Mais il est difficile de définir le fait d’anticiper. Au jeu de go, cela est parfaitement explicité. L’anticipation consiste en une observation fine de son adversaire pour le comprendre. La connaissance parfaite d’autrui permet l’empathie, et permet de se mettre à la place de son adversaire. L’objectif est de se mettre dans la peau de l’autre pour deviner ce qu’il va faire. Notre intervenant précise que la condition sine qua non de cette attitude est le respect de son adversaire. On ne peut se mettre à la place de l’autre si on ne le respecte pas. Le non-respect, empêche l’empathie, et donc l’anticipation.
- Dans le monde de l’entreprise, cette notion de respect de son concurrent est peu courante. Tout au plus, on dira qu’il ne faut jamais sous-estimer un concurrent, mais on est loin du respect que ce jeu recommande.

Accepter la coexistence avec l’adversaire
- Au jeu d’échec, la finalité est d’abattre un adversaire. Au jeu de Go, il est impossible de le détruire. Même en cas de victoire, les pions adverses sont toujours sur le goban. La coexistence remplace l’élimination. M. Ben Malek a fait une digression sur une différence inattendue entre le jeu de go et le jeu d’échec. De nombreux champions du jeu d’échec sont devenus fous. Cela n’est jamais arrivé pour le jeu chinois. Selon certains, cela serait dû à la différence de finalité. Pour l’un : l’objectif est de « tuer » l’adversaire. Pour l’autre, simplement de gagner la partie. L’adversaire n’étant pas « mort » mais ayant acquis un territoire moins vaste.
- La stratégie d’élimination d’un concurrent est souvent un leurre. Tuer un concurrent, même si c’est possible, coûte souvent trop cher. L’éthique n’entre pas en ligne de compte dans ce constat. Mais un simple calcul permet de se rendre compte de la vanité d’un comportement de ce type, où souvent les ego des dirigeants remplacent la stratégie.

Faire évoluer sa stratégie, se remettre en cause
- Le go enseigne que les « changements »ou ruptures de stratégie sont néfastes. Seules les « transformations » opérées suite à l’observation d’une modification de l’environnement sont bonnes.
- De même toute volte-face dans la ligne stratégique d’une entreprise est un aveu d’échec, et est toujours sujet à interprétation autant en interne qu’en externe.

 Viser la victoire finale plus que le gain immédiat
- Sur le goban, on recherchera les groupes (de pions) forts et les groupes faibles, dans son jeu et celui de son adversaire. La notion de groupe de pièces prime sur la notion de pion, que l’on sacrifie sans remord. Car ce qui compte, c’est le sens que l’on donne à son jeu (à sa stratégie) plus que le gain immédiat.
- Cette dernière notion est d’une actualité particulièrement aiguë, dans un contexte où les entreprises sacrifient beaucoup au court terme. La mise en place d’une dynamique d’IE en faisant souvent les frais.

On ne peut qu’être séduit par la philosophie du go, et convaincu de l’utilité d’introduire certains de ces principes dans la construction des stratégies d’entreprise.

Jérôme Bondu

Pour en savoir plus :
http://www.jeudego.com  Site de Farid Ben Malek
http://ffg.jeudego.org  Site de la fédération français de go.
 « l’Art de la guerre » de Sun-Tse. Edition Hachette Littérature.

Par Jerome Bondu - Publié dans : Stratégie - Communauté : Veille stratégique
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Mardi 9 octobre 2007 2 09 /10 /2007 16:04

Ce titre provocateur a simplement pour but de rappeler que malgré la joie de la victoire du XV de France en quart de finale de ce mondial de rugby, la meilleure préparation pour les matchs à venir est de garder tête froide. Ce que les médias n'ont pas vraiment fait en minimisant "l'en avant" de Damien Traille. Il n’y a pas de honte à l’avouer, nous avons gagné, en partie sur une erreur d'arbitrage !

"L'exploit des Bleus !"* Comme le titre le Figaro, qui écrit "Rien, absolument rien ne semblait pouvoir faire dévier les Bleus de leur objectif de victoire" ou le "Miracle bleu, fiasco noir"** comme le titre Le Monde, me semble un peu exagérés.

A ce propos, il est opportun de rappeler que le coq n’a jamais été l’emblème des Gaulois. C’était le sanglier ! L’image du « coq gaulois » est née au XIIème siècle d’une insulte des Anglais qui récupérèrent un jeu de mot Romain pour railler les rois de France. En latin en effet, Gallus signifie à la fois gaulois et coq. Ainsi les gesticulations de Philippe Auguste étaient-elles comparées à celles de cette volaille, ridicule et … orgueilleuse.

Christophe Dominici est dans le vrai quand il estime que la défaite vient notamment de l’excès de confiance des Néo-Zélandais "Les Blacks ont peut-être été orgueilleux en pensant qu'ils nous mettraient 30 ou 40 points. Ils ont manqué d'humilité" ...

Il est une loi fondamentale, qui fait que sur le champ de bataille, dans les stratégies d’entreprises, comme en intelligence économique, on ne perd pas forcément parce que l’on est le plus faible, mais on perd systématiquement parce que l’on sous-estime son adversaire.

Espérons que le XV de France ne tombera pas dans ce travers. Si les médias pouvaient les y aider, ce serait le meilleur des services à leur rendre. Face aux Anglais … “Lets keep a cool head” ;-)

Jérôme Bondu

* http://sports.lefigaro.fr/article_rugby_l_exploit_des_bleus___19563.html
** http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-947074,36-964301,0.html?xtor=RSS-3242

Par Jerome Bondu - Publié dans : Stratégie
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Mardi 9 octobre 2007 2 09 /10 /2007 23:45

Dans le cadre du Club IES, une conférence a été organisée en juillet 2007 sur la création d'entreprise. Cet article en est la continuité.
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La mise en valeur de la création d’entreprise, ne portera réellement ses fruits en France qu’en mettant en avant toutes les vertus de cette aventure. Elles sont multiples, et plus profonde que ce que l’on pourrait penser de prime abord !

La création est difficile en France, mais essentielle

La création est un parcours du combattant. Et c’est vrai, surtout si l’on est jeune.
Difficile, car les démarches administratives sont énormes. Le « patron » est mal perçu en France. Etre patron, implique une connotation d’exploitation des autres. Difficile, aussi car les aides sont difficiles à obtenir, voir même inexistantes quand on ne rentre pas dans les « clous » administratifs (pour les moins de 25 ans par exemple).
Mais la création est essentielle, … c’est le moteur même de la croissance !

Toutes ces informations sont classiques. Tous les articles qui traitent de ce sujet les mentionnent. Par contre, ce que l’on trouve moins, c’est que la création d’entreprise est un véritable bouleversement à tous les niveaux pour celui qui saute le pas.

La création d’entreprise est aussi une « création » de soi. Comment cela se vit ? Témoignage d’une jeune entrepreneuse :

La création se caractérise dans un premier temps par une « décision ». Le fait de se dire « oui », un accord unilatéral. C’est la première étape dans le processus de création. Elle est variable en terme de durée selon les individus. Personnellement, cette « décision » m’a demandé une réflexion de plusieurs semaines. Je me suis réveillée un matin, le 10 juin 2007, et ma « décision » était prise, j’allais créer mon entreprise…

C’est alors que le mode de réflexion se métamorphose, toute décision est prise en fonction et pour le projet. On commence par se débarrasser des obligations professionnelles afin de pouvoir y consacrer un maximum de temps. On cherche à se décharger de toute occupation pouvant nuire au bon développement du projet. Il devient LA priorité.

De cette nouvelle organisation naît un sentiment nouveau, assez complexe à déceler, mais tellement agréable ! Une sensation de liberté où le travail n’est plus une contrainte mais un réel plaisir. L’expression peut paraître « fleur bleue » mais la vie prend une nouvelle direction, un tournant radical. Toute démarche liée au projet est portée par la volonté, et la volonté donne un goût différent au travail. Ce goût est très agréable, il produit un sentiment rare, le sentiment que votre vie a un sens.

L’étape suivante est d’autant plus riche et prenante ! Une fois que le projet commence à prendre forme, on assiste alors à une naissance. Le fait de lui donner un nom et d’avoir projeté une activité sur 3 ans le rend légitime. Il existe et on ne peut pas l’abandonner ! On se sent responsable de cette personne morale, on ne veut pas la décevoir, ni se décevoir…

Ces précédentes étapes donnent des ailes, elles sont toutes plus enrichissantes les unes que les autres. Cependant, de temps à autre, un sentiment beaucoup moins agréable surgit : le DOUTE. C’est un sentiment que l’on ne peut pas ignorer, il faut savoir l’analyser, connaître son origine, dans le but de l’anéantir. Ce fâcheux sentiment a le pouvoir d’absorber toute l’énergie et la volonté d’un créateur. Certains facteurs peuvent en être l’origine, comme la fatigue… Elle laisse souvent place aux idées noires : Ai-je fait le bon choix ? Vais-je réussir ? Ai-je les capacités de… ? Le doute peut avoir des vertus positives quand les questionnements qu’il engendre sont justifiés, le cas échéant, une bonne nuit de sommeil et le moral est au beau fixe le lendemain !


Cela transforme le rapport que l’on a avec beaucoup de choses, dans tous les domaines de la vie :

Dans son rapport au travail, d’abord, bien évidemment. Le travail n’est plus vu comme une contrainte, un mal nécessaire pour survivre dans un monde où l’argent est roi, mais comme une chance. Il est utile de rappeler que l’origine étymologique du mot travail est à recherche dans le latin tripalium, qui était un instrument de torture à trois pieds, et dans certaines acceptions, un instrument pour enserrer les animaux pour les marquer. Travail rime souvent avec souffrance. La création casse ce lien.

Dans son rapport au temps. Le temps est géré différemment. Les journées sont souvent trop courtes. Les notions de soirées et de week-end sont abolies. La frontière avec la vie privée n’existe plus, ce qui peut être dangereux s’il n’y a pas de garde fou.

Dans son rapport à la société au sens large. On a le sentiment de contribuer à l’enrichissement de la société, à son développement, et non plus seulement d’en profiter. On se responsabilise.
On voit les autres différemment. Comme de possibles collaborateurs, des partenaires, des clients, … Cela ne dénature pas les relations d’amitié désintéressées que l’on peut avoir, au contraire, cela apporte de l’importance aux autres. On est vu aussi différemment. Le regard des autres est plus interrogatif « Comment elle a fait ? », voir admiratif « Il a osé ! ». Cela va parfois jusqu’à « De toute façon, il va se planter ! »

Dans son rapport à … soi : On se réalise. On exprime ce que l’on est.


Bien sûr, cette description idyllique doit être nuancée.

C’est un investissement sans fin. C’est un risque que l’on prend pour soi et sa famille, notamment un risque financier. Néanmoins, s’il y a des pistes d’amélioration à tracer, l’acceptation de l’échec en est sûrement une des plus importantes. Le magazine l’Entreprise de septembre 2007 revient sur le sujet dans différents articles. D’abord, par la voix d’un jeune chef d’entreprise qui après une carrière de trader à la City de Londres compare les deux pays : « En France, l’échec n’est pas toléré. Alors que dans les pays anglo-saxons, on apprécie les gens qui ont eu des « blessures de travail » et ont su trouver la force de rebondir. » Ensuite par la présentation du directeur du cabinet Microstructures (société dans la gestion de crise des très petites entreprises) qui fustige la peur de l’échec et le poids social qu’il comporte. Il espère « que le nombre de faillites augmente jusqu’à 80 000, voire 100 000 dépôts de bilan par an » et l’arrêt des aides artificielles. Cela signifiera « qu’il y aura eu beaucoup plus d’entreprises créées, mais aussi que de nombreuses sociétés, non redressables, qui s’acharnent à survivre en créant du passif, des dommages commerciaux et des risques personnels pour leur dirigeant, auront enfin compris que l’échec est un droit, que la faillite n’est pas une honte, qu’essayer est admirable, que recommencer est encore mieux ».

C’est un environnement complexe. Comme le soulèvent Bruno Barandas et Martine Bertrand, créateurs de sociétés, lors d’une conférence sur la création d’entreprise organisée par le Club IES* : Une des difficultés les plus importantes est de savoir prendre des décisions. Savoir trancher. Soit parce que l’on est seul à diriger. Il est donc difficile de partager ses doutes. Ou à l’inverse, parce que l’on est nombreux à partager la direction. Et là, cela soulève d’autres problèmes. L’indépendance de décision, quand on travaille seul ne permet pas de confronter (conforter) ses décisions avec des collègues. Cette « solitude du décideur » requiert une réelle force de caractère.

C’est une sorte de marginalisation. Un des intervenant du Club IES développait ce point : « D’une manière générale, innover c’est choisir la difficulté. Parce que l’innovation c’est proposer un nouveau produit ou service, c’est donc sensibiliser à quelque chose qui n’existait pas, faire naître un besoin là où il n’y avait rien, parfois utiliser des mots nouveaux. Les créateurs ont forcément une vision différente, et sont -dans un sens- des gens à la marge. »*

Il y a un travail important à faire sur la société. Comment expliquer que nos meilleures formations ne produisent pas plus de créateurs d’entreprise ? Jean-Marie Descarpenteries, président de la FNEGE, dans le numéro de septembre du magazine l’Entreprise, déclarait : « 80% des étudiants qui sortent de Havard créent leur entreprise tandis qu’en France seulement 6% des étudiants qui sortent de HEC le font. Ce chiffre tombe à 1% pour les sortants de Polytechnique et à 0% pour les étudiants de l’ENA ».

Faisons mentir les chiffres !
Faites le premier pas, et le monde s’ouvrira à vous…

Jérôme Bondu & Charline Prunier

Jérôme Bondu, 35 ans, est consultant en intelligence économique. Il est président du Club Intelligence Economique à l’association des anciens élèves de l’IAE de Paris. Dans ce cadre, il a organisé une conférence sur « La création d’entreprise ». 

Charline Prunier, 23 ans, créatrice de WENES (Worldwide Event and Exhibit Solutions). Elle est diplômée de l’ESM-A, Marne la Vallée. www.wenes-event.com

* Pour lire le compte rendu : http://jerome-bondu.over-blog.com/article-6966928.html 

Par Jerome Bondu - Publié dans : Stratégie
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Mercredi 17 octobre 2007 3 17 /10 /2007 09:28

Faut-il avoir réellement peur des fonds souverains, ou cette peur est-elle un avatar d’un protectionnisme récurrent en période de crise ? Peut-on applaudir l’agressivité des nos entreprises quand elles partent à la conquête du monde, et construire des barrières de protection dans le même temps.

Comment mesurer le danger ? 
- D’abord, avec 7 000 milliards de dollars de réserves de changes, la richesse des fonds souverains des pays émergents représente actuellement plus du quart de l’ensemble de la capitalisation des sociétés occidentales [1]. Pour dire la même chose autrement … « ils ont les moyens ».
- Il serait naïf de penser que ces pays attendent uniquement un retour sur investissement financier. La volonté d’acquérir des positions stratégiques dans l’énergie ou des technologies clés, apparait évidente. Sans jeter l’anathème, ce serait d’une naïveté coupable de ne pas penser qu’il y ait une « intention stratégique » derrière ces mouvements. Comment penser que des pays « en émergence » ne cherchent pas à sécuriser (améliorer) leur position ?
- L’Europe est plus vulnérable aux fonds souverains que les Etats-Unis ou le Japon où les OPA étrangères sont pratiquement interdites. Donc l’Europe sera certainement la première cible.

Pour autant, tout mouvement dans le sens de la protection, sera analysé comme un retour au protectionnisme, qui ne manquerait pas d’être imité par d’autres économies, et serait néfaste au niveau global. En outre, protéger des entreprises, revient souvent à protéger les plus faibles, donc les plus mauvaises gestions. Enfin, l’Europe est le premier bénéficiaire de ces mouvements de capitaux, qui sont aussi « une chance » pour notre économie.

Le pour et le contre sont autant convainquant, mais on peut remarquer que :
- la peur de l’étranger reste vivace quelque soit le milieu (financier comme ailleurs),
- la peur de l’inconnu est constante quand une entreprise change de « propriétaire ». Ainsi dans une bataille strictement européenne, les salariés d’ABN AMRO témoignent de leur sentiment d’incertitude après la victoire du consortium mené par Royal Bank of Scotland.

Quelle sera la position Française sur ce dossier ? 
Une clé nous est apportée par nos amis Hollandais, citée par les Echos [2]. Le quotidien néerlandais Het Financieele Dagblad dans un article sur le « gâchis prévisible » de l’OPA hostile réussie sur ABN AMRO, écrivait « La France n’aurait pas laissé cela arriver ». Simple assertion liée à la communication sur le « patriotisme économique », prémonition pour l’avenir, ou révélateur du souhait de la population ?

Jérôme Bondu

[1] La Tribune du jeudi 11 octobre 2007
[2] Les Echos du mardi 9 octobre 2007

Par Jerome Bondu - Publié dans : Stratégie
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Jeudi 18 octobre 2007 4 18 /10 /2007 10:33

Ce post est paru en tant qu’article dans le numéro d’avril-mai 2005 de « Veille Magazine »
Par Jérôme Bondu.


Tous les professionnels de l’IE connaissent les difficultés ou l’embarra d’expliquer cette discipline à des néophytes. Il y a ceux qui ne comprennent pas, ceux qui jugent cela inutile, ceux qui assimilent cela à du marketing ou à de l’espionnage.
Dans le même ordre d’idée la lecture ou l’explication d’opérations stratégiques complexes, de fusion-acquisitions, de dumping, de lobbying, d’encerclement, de déstabilisation, n’est pas toujours évidente.
Pourtant tout le monde est à même de les comprendre car les ressorts de ces opérations sont souvent très simples dans leurs fondements. Il faut juste adapter le langage. Dans cette optique l’analogie avec les jeux peut être d’un grand secours. Tout le monde sait jouer, il suffit alors de trouver les bons parallèles. 
Voici quelques pistes :


Le jeu de GO est un jeu japonais très ancien d’origine chinoise qui a ceci de commun avec les échecs que les deux adversaires s’affrontent par le biais de pions disposés sur un plateau. Au GO, tous les pions ont la même valeur.
- Le but du jeu est d’encercler les pions adverses. Dès que vous arrivez à encercler une zone, cela devient votre territoire et les pions adverses qui s’y trouvent vous appartiennent.
- Cette stratégie « territoriale » peut, être interprétée sous différentes formes. L’une d’elle est le combat de grandes entreprises pour des « marchés » captifs. Une grande firme peut ainsi chercher à vendre ses produits à bas prix sur un territoire pour étouffer la concurrence existante. « A ce jeu là », la structure qui a la plus grosse taille est généralement la gagnante (car elle arrive à avoir le prix de revient le plus faible). Une fois le marché captif, elle peut relever ses prix pour récupérer une marge convenable (voire confortable). Pour limiter les effets « dévastateurs » de cette pratique, les règles internationales interdisent de vendre un produit à un prix inférieur à son prix de revient. Cela s’appelle le dumping (de l’anglais « to dump » signifiant « déverser » avec le sens de déverser des ordures).
- Le vaste marché américain permet d’amortir des produits qui seront ensuite commercialisés dans d’autres zones à un prix très bas.
- La qualité première est la vision stratégique long terme.


Le jeu auquel on pense systématiquement quand on parle de stratégie est le jeu d’échec.
- Ce jeu serait né en Inde, puis importé en Perse (Iran actuel) puis amené en Europe par les commerçants arabes (de leurs apports il nous reste l’expression « échec et mat » - ce qui vous en conviendrez ne veut rien dire en français- et qui vient de l’arabo-persan « shah mat » signifiant « le roi est mort »).
- C’est un jeu de position. Tout l’art consiste à occuper les meilleures places sur l’échiquier avec les meilleures pièces. Chaque mouvement de pièce pourra être interprété par l’adversaire. La force d’un joueur sera de pouvoir construire une stratégie sur plusieurs coups en sachant anticiper les mouvements de l’adversaire. Dans sa conquête de l’échiquier, le joueur devra positionner ses pièces tout en masquant sa stratégie. Pour cela on peut être amené à sacrifier une pièce pour emmener l’adversaire dans une fausse direction, pour l’inciter à bouger un élément de sa défense ou dévier son attaque.
- A l’origine, les pièces représentent les éléments d’une armée avec le roi, son vizir, éléphants, chars. Par adaptation, elles deviendront le roi, la reine, les fous et les tours.
- Ce jeu peut être la source de très nombreux parallèles avec tout ce qui concerne la stratégie d’entreprise. Un d’entre eux, me semble assez porteur de sens : celui de la gestion des compétences. Le joueur (comme le patron d’entreprise) doit utiliser ses pièces en fonction de leur puissance et les positionner aux meilleurs endroits. Il n’y a pas de « petites » pièces. Chaque pion peut avoir un rôle capital, et inversement une tour peut se faire bloquer. D’ailleurs un pion mené dans le terrain de l’adversaire devient « dame » ! (tout comme un collaborateur « placé » chez un concurrent peut infliger des dégâts considérables). Le « tempo » est l’action de forcer l’adversaire dans l’obligation de jouer un coup (généralement pour défendre une de ces pièces en danger). Ce qui permet de mener le jeu et à contrario d’empêcher l’adversaire de construire sa stratégie.
- La qualité première est la faculté d’abstraction (de calcul) des coups.


Avec le poker, on rentre dans le registre des jeux de hasard. Le mot viendrait soit d’une altération du français poquer (frapper), soit du jeu allemand pochen (qui signifie bluffer).
- Vous n’avez pas de jeu depuis plusieurs tours. Vous voulez prendre. Vous décidez de tenter un « bluff ». Par votre attitude vous faite croire à vos adversaires que vous avez du jeu alors qu’il n’en est rien. S’ils vous croient, vous raflez les mises.
- Le « bluff » est courrant dans les phases toujours critiques de négociation, par exemple en cas de fusion-acquisition. Les campagnes médiatiques qui précèdent les pourparlers procèdent de cette technique.
- Mais attention, cette action n’est pas forcément reproductible. Et vos adversaires apprennent vos tactiques.
- La qualité première au poker est « l’influence ».


L’origine du billard n’est pas clairement établie. Ce serait une invention française (Louis XI) ou anglaise (du londonien Kew).
- C’est un jeu d’adresse où vous poussez des boules qui viennent frapper d’autres boules. Vous pouvez vous aider des bandes.
- Le billard est une parfaite illustration des actions de lobbying. Vous voulez transmettre des informations à telle personne, mais sans qu’elle sache que cela vient de vous. Vous vous appuyez sur une personne (1ère boule) qui va transmettre le dossier à un organisme (bande) qui va le donner à la cible visée. Votre impulsion a créé le mouvement, mais au final c’est d’autres acteurs qui frappent la cible.
- L’analogie entre billard et lobbying peut aller plus loin. A chaque coup joué, la disposition de l’ensemble des boules impactées a été modifiée, et une nouvelle disposition se met en place. Si vous avez réussi votre coup mais que votre boule a été « projetée » loin de l’action vous aurez du mal à réussir un second coup. D’où l’importance en amont (avant de tirer) de prévoir la « route » de chaque boule (et surtout de la votre). Le meilleur joueur est celui qui sait « placer » les boules impactées dans une disposition qui facilite le coup suivant.
- La qualité première au billard est l’adresse.


C’est d’Asie que nous viennent les arts martiaux, judo, jiu-jitsu, karaté, kung-fu, … Tous ont une histoire et un pays d’origine.
Arrêtons-nous sur le judo, l’un des plus populaires en France.
- Ce sport a été créé en 1880 par le Japonais Jigoro Kano, qui s’interrogeait sur la meilleure manière de combattre un adversaire plus « fort » (dans le sens force physique) que soi. Son principe de base est de se servir de la puissance de l’attaquant. Ainsi de nombreux « gestes » visent à déstabiliser et faire tomber un assaillant en « prolongeant » son geste (plutôt qu’en essayant de le stopper). Ju do, signifie littéralement « voie de la souplesse ».
- Combien de fois n’avons nous pas vu la grosse entreprise avalée par la petite ? Ce type de « retournement de situation » s’est opéré car la petite a su changer sa faiblesse en force. La petite a moins de salariés ? Mais les décisions y sont appliquées plus rapidement. Il s’agira d’imposer une guerre de mouvement. Son capital est moins important ? Mais il est aussi plus stable. Il s’agira alors de faire pression sur l’actionnariat « volant » de la grande. Ses produits sont plus chers ? Mais de meilleure qualité. Il s’agira d’amener le débat sur le respect des normes et de l’environnement, le rôle de l’ancrage territorial, …
- Les arts martiaux sont porteurs de nombreuses valeurs, connaissance de l’adversaire (force et faiblesse), anticipation, équilibre et harmonie.


La pratique d’un sport d’équipe est un élément toujours repéré sur les CV de candidats à l’embauche. L’origine du football serait à chercher en Italie quand sur le champ de bataille les vainqueurs jouaient à se lancer les têtes des vaincus avec les pieds. Le rugby viendrait de la ville de Rugby en Angleterre.
- Les sports d’équipe (par opposition à tous mes exemples précédents) se jouent à plusieurs. La cohésion du groupe fait très souvent la valeur de l’équipe, et est un élément beaucoup plus prégnant que les exploits personnels d’un ou deux de ses membres. A ce titre, il est intéressant de noter que même si l’attaque (dans une équipe de football par exemple) est un élément auquel on accorde toujours beaucoup d’importance, c’est souvent la qualité de la défense qui fait réellement la différence. Ainsi il est bien connu que dans le cadre d’entraînement quand une équipe uniquement composée d’attaquants rencontre une équipe composée uniquement de défenseurs, … c’est souvent la seconde qui gagne.
- De même une entreprise est avant tout une équipe. Si la R&D est déconnectée du marketing, lui même sans échange avec la force commerciale, et même si individuellement ces trois services sont « intrinsèquement » très performants , il est fort à parier que l’ensemble sera de faible valeur.

Dans l’effort quotidien de sensibilisation à l’IE et à la stratégie, la comparaison avec les jeux peut être une aide précieuse.

Jérôme Bondu

Par Jerome Bondu - Publié dans : Stratégie - Communauté : Veille stratégique
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