Vendredi 3 avril 2009

« Les européens de la fin du XXème siècle ne soupçonnaient pas "l’étendue du web", décrit comme un marécage peuplé de monstres. »

 

J’ai toujours à portée de main quelques livres d’histoire. Entre deux missions de veille, qui me font jouer avec les technologies modernes de recherche d’information, je m’amuse souvent à lire quelques paragraphes sur l’histoire de France, du monde ou d’ailleurs. Ce sont comme des paliers de décompression, après une longue plongée en apnée dans le web profond. Et cela me permets de relier (inter-ligere) des informations et des Hommes qui n’ont pas l’habitude de se rencontrer …

 

Les grands explorateurs (Vasco de Gama, La Pérouse, Magellan, …) n’ont pas fait que découvrir des nouvelles terres. Les frontières qu’ils ont traversées sont autant géographies que psychologiques. L’extrait ci-dessus (détourné en replaçant « l’étendu des océans » par « l’étendue du web ») rappelle que l’inconnu faisait peur. Et cette peur a développée une riche fantasmagorie, qui faisait voir aux contemporains des grands explorateurs des monstres de toutes sortes peupler l’océan. Ils s’étaient donné de bonnes raisons pour ne pas y aller. L’imagination a remplacé la raison.

 

Je ne sais pas si on peut comparer Gates, Jobs, Brin, Page, Zuckerberg, …aux grands explorateurs d’alors. Mais osons quelques parallèles :

-Il est certain que le web fascine, et fait peur à certains.

-Il est clair aussi que ceux qui découvrent des « nouvelles terres » (par exemple les réseaux sociaux) sont bien placés pour se les approprier (Facebook s’approprie les données personnelles qu’on veut bien lui confier).

-Ces explorateurs d’alors se vendaient au plus offrant. Magellan n’ayant pas réussi à convaincre le roi du Portugal, il alla offrir ses services à Charles Quint. Larry Page et Sergey Brin, fondateurs de google rejoignent Live Search le moteur de recherche de Microsoft.

 

Quand à ces nouveaux territoires, là encore, on peut imaginer leurs contours. Ce sont des territoires définis par l’instantanéité, l’interactivité, la diffusion du savoir.

Enfin, comme avec la découverte du nouveau monde, il y aura certainement des gagnants et des perdants. Les populations amérindiennes, en ont payé un bien lourd tribut. Pas tant par le feu des mousquets que par les bactéries emportées par les conquistadors qui ont été à l’origine d’une des tueries (épidémie) les plus importantes de l’humanité. Sans parler du commerce triangulaire qui a saigné le continent africain, et a déraciné une population, qui en 2009 voit l’un des leurs devenir le chef des nouveaux explorateurs …

 

Jérôme Bondu


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Mercredi 18 mars 2009


Je vous recommande l’interview de Jean-Claude Leny, ancien patron de Framatome, par Marc Ullmann, fondateur du Club des Vigilants.

 

Voici la présentation qu’en fait le blog du Club des Vigilants :

« Jean-Claude Leny a présidé Framatome jusqu’en 1996. Pendant 10 ans, il a œuvré pour mettre sur pied une association efficace avec Siemens. Mieux que personne, il est à même de juger les conséquences de la rupture entre Areva et Siemens et de la nouvelle alliance conclue par Siemens avec l’entreprise publique russe Rosatom. En tant que membre du Club des Vigilants, il a bien voulu répondre aux questions de Marc Ullmann, journaliste, fondateur du Club. »

 

On y parle de "choc des arrogances", de "démocratie" d’entreprise, de "standard européen", … L’interview est courte, mais passionnante. A lire


Photo de ~ Pil ~ (source Flickr) 

Par Jerome Bondu - Publié dans : Stratégie - Communauté : Veille stratégique
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Mardi 10 mars 2009

Suite à la publication du compte rendu de la conférence sur l'Iran, un internaute m'a transmis un commentaire très intéressant. Avec son accord, je le publie ci-dessous en intégralité.


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Cher Monsieur,

 

Je vous remercie infiniment de m'avoir envoyé ce compte rendu. Je l'ai lu avec beaucoup d'attention et d'intérêt et je ne peux m'empêcher de faire quelques réflexions. Étant revenu de mon voyage d'affaire en Iran pendant lequel j'ai pu côtoyer des personnes d'origine et de statut social différents, ce qui m'a permit de construire ma propre opinion, je voudrais revenir sur les points suivants du compte rendu :

 

Ahmadinejad : contrairement à Son Excellence, Mr Nicoullaud, je pense que l'actuel Président la RI d'Iran n'est pas du tout en bonne position électorale. Ce personnage n'est plus du tout apprécié en Iran (que ce soit à Téhéran, Ispahan ou Kerman, à l'autre bout du pays, endroits que j'ai pu visiter). Il est considéré comme rétrograde (aghebmandéh, en persan, mot revenu extrêmement souvent), comme ne tenant pas ses promesses, et comme n'ayant pas réussi à se créer de marge de manœuvre face au Chah (en parlant de Khamane'ï).

 

Droit de regard de l'Etat Iranien : c'est parfaitement vrai, le contribuable iranien n'existe tout simplement pas au sens occidental du terme. Les iraniens, quelque soient leur milieu social, sont assistés par un Etat qui subventionne tout ce qui est indispensable. Ainsi 85 % de la facture de l'électricité des iraniens sont payés par l'Etat, le plein d'essence coûte moins cher à un iranien qu'une bouteille d'eau minérale d'un litre, l'eau du robinet est gratuite etc, etc ... Cela représente une aide annuelle de 100 milliards de rials iraniens (1 € = 12500 rials). Sauf que ces subventions à tout va ont négativement influé sur les comportements de consommation des habitants en favorisant un extraordinaire gâchis. Pour contrer cela à partir de 21 Mars 2009 (début de nouvelle année du calendrier chemsi, qui a cour en Iran), les subventions de l'Etat vont être réduites de moitié pour l'électricité et l'eau et totalement levées pour l'essence. Cette mesure, pourtant très rationnelle d'Ahmadinejad, à laquelle il tient énormément, l'a rendu extrêmement impopulaire. En échange d'un tel traitement, les iraniens, à qui j'ai pu parler, demandent à ce que l'Iran cesse toute son aide aux "arabes", sous entendant Palestine, le Hamas, le Hezbullah etc, etc ...

 

Pays en quasi-autarcie : Ce qui m'a beaucoup frappé aussi c'est l'appareil de production de ce pays. Les iraniens produisent quasiment tout. Cela va de tapis de bain aux ascenseurs, voitures et avions de chasses.

 

Impasse diplomatique d'Obama : les conditions préalablement posées par Obama et énoncées par H.Clinton ne tiennent pas debout et sont contraires à l'esprit de négociation, Obama se rendra compte tôt ou tard et sera obligé de négocier sans conditions (attendons de voir ce que donneront les nouvelles négociations avec Moscou, allié traditionnel de Téhéran). Car d'une part il n'y a aucune preuve que l'Iran développe un programme nucléaire militaire (paroles de M. El Baradei), comment donc arrêter quelque chose qui n'existe pas dans les faits ou du moins existe que dans les fantasmes. Quant au soutient au terrorisme, cette vielle rhétorique Bushiste utilisée contre Sadam en Irak, totalement infondée par ailleurs, n'a pas de sens contre l'Iran qui peut accuser de la même chose les E-U, n'ont-ils pas aidé le Pakistan à la mise en place du régime taliban en Afghanistan !? Aujourd'hui c'est une évidence ! L'Afghanistan sera d'ailleurs le point noir des négociations avec l'Iran, car tout le monde le sait, sans l'Iran un Afghanistan stable n'est pas possible ! Or, Mr Obama en a fait sa priorité ! Est-il prêt à tout laisser tomber et perdre sur le front afghan après un tel tribut payé par les USA ? J'en doute. Cette situation et la présence américaine en Afghanistan est en réalité une aubaine pour l'Iran qui lui permet d'économiser ses propres ressources et se tenir loin du foyer d'instabilité qu'est l'Afghanistan.


 

C. H.

Par Jerome Bondu - Publié dans : Stratégie - Communauté : Veille stratégique
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Vendredi 13 février 2009

Je m’intéresse depuis longtemps au tourisme, car il me semble qu’il y a au sein de cette industrie des leviers de compétitivité mal exploités. C’est pour cela que j’avais organisé il y a quelques années, avec l’appui de jean-Paul Dardé, une conférence au Club IES sur "L'IE au service de l'industrie touristique". Une seconde conférence sur le sujet est prévu pour juillet 2009.

Le club des Vigilants vient de publier une étude sur « L’attractivité touristique de la France ». Cela fait suite à l’intervention au Club d’Eric Boonstoppel, Directeur général de l’Hôtel Fouquet’s Barrière.


Voici un extrait :
« L’organisation mondiale du tourisme (OMT) prévoyait, en 2007, une augmentation de 80 % des flux de touristes dans le monde d’ici 2020. Cela peut paraître optimiste compte tenu de la crise qui sévit actuellement mais la France doit pouvoir, à condition de prendre le chemin de l’innovation et de la qualité, améliorer sa position.


Les pouvoirs publics en sont conscients. D’où le lancement, en 2008, du projet "Destination France 2020" qui se fixe comme objectifs non seulement l’accroissement du nombre de touristes étrangers mais aussi les recettes moyennes par touriste. L’ambition affichée est d’atteindre les 100 millions de touristes à l’horizon 2015 et de passer du "du 1-3-9" au "1-2-3". Il s’agit pour la France de conserver le 1er rang mondial comme destination, de retrouver le second rang perdu au profit de l'Espagne en matière de dépenses faites par les touristes, derrière les USA, et de passer du 9ème au 3ème rang mondial pour la somme moyenne dépensée par touriste.


Ces objectifs sont-ils réalistes ? Certains en doutent. La montée de la Chine, l’augmentation à terme, aujourd’hui freinée, des prix du pétrole ou encore la nécessité de limiter les émissions de gaz à effet de serre seront des obstacles redoutables. D’autres en revanche considèrent que le pari peut être réussi à condition d’améliorer le taux, actuellement désastreux, de satisfaction des clients. Arguant « qu’un client satisfait est un client qui revient », ils en appellent à une amélioration profonde et systématique de l’ensemble de la chaîne d’accueil.


Parmi les motifs d’insatisfaction les plus fréquemment cités figurent l’absence de courtoisie et de bienveillance assimilées à de l’arrogance, le manque de propreté et, ce qui est un comble pour le pays de la gastronomie !, la médiocre qualité de la restauration et sa cherté. Clairement identifiés, ces griefs doivent être pris en considération par tous les professionnels qu’ils soient fonctionnaires de l’Etat comme les policiers et les douaniers ou du secteur privé tels les chauffeurs de taxis, hôteliers, restaurateurs, magasins... »


Ce dossier, réalisé en collaboration avec Meriem Sidhoum Delahaye, se trouve sur le site du Club des Vigilants


A méditer !

Jérôme Bondu


NB : sur le même sujet, voir les billets Du "tour" au "tourisme"  et Qu’est ce que l’intelligence culturelle ?

En médaillon, la couverture du livre "Talk to the snail" qui présente avec humour les travers des Français. Vous pouvez lire aussi une critique de "Sixty Million Frenchmen Can't Be Wrong".

Par Jerome Bondu - Publié dans : Stratégie - Communauté : Veille stratégique
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Mercredi 21 janvier 2009

Chaque mois, je publie une alerte issue du Club des Vigilants, auquel j'ai le plaisir d'appartenir.  En lien avec mon billet d'hier, sur la popularité irrationnelle d'Obama, voici ci-dessous une alerte postée par Marc Ullmann sur la perte d'adhésion face au charismatique patron de Renault.

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"Il n’y a pas si longtemps, Carlos Ghosn, patron de Renault et de Nissan, était donné en exemple. « Ghosnisme » était en passe de devenir un nom commun, synonyme d’efficacité. Aujourd’hui, la fascination s’est muée en réprobation. Ghosn « le sauveur » est devenu Ghosn « le sauvage ». La perte d’adhésion et d’implication du personnel et des cadres est patente. Le « soft capital » dont bénéficiait Renault a été, en grande partie, dilapidé. Pourquoi ? Parce que le maintien ou l’accroissement de la rentabilité à court terme semble avoir été le seul guide des prises d’orientation du tout puissant patron :

- il sert les boulons au maximum, il fait régner la pression ; la presse se fait l’écho de suicides parmi les cadres.
- il bichonne le cours de bourse en donnant priorité à l’actionnaire sur les autres parties prenantes (la vitalité durable de l’entreprise, sa cohésion, le maintien de l’emploi, la préservation des climats, etc.)
- la réduction des effectifs est la première réponse à la baisse des commandes. Les autres mesures paraissent secondaires.
- la politique de choix de modèles est à l’affût d’opportunités immédiates (la concurrence gagne de l’argent avec les 4x4 ; on décide d’être présent sur ce marché sans tenir compte de la tendance lourde perceptible depuis plusieurs années qui menace ce type de modèle).


Le fait que ces travers sautent maintenant aux yeux est (si l’on peut dire !) un bienfait de la crise. Un intéressant champ de développement pour les intervenants en entreprises s’ouvre ainsi. Il s’agit d’aider des entreprises immergées dans le capitalisme hyper-financier à réveiller une culture du long terme et à adopter des stratégies avisées.

Posté par Marc Ullmann sur le site du
Club des Vigilants.

Par Jerome Bondu - Publié dans : Stratégie
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