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Vendredi 21 mars 2008 5 21 /03 /Mars /2008 10:06

M. Alain Bauer est intervenu au Club IES le 6 mars 2008. Voici le compte rendu de son intervention.

 

Nouvelles menaces : Etat des lieux

 

 

Biographie

- Alain Bauer est criminologue, et consultant.
Constitutionnaliste de formation, il rejoint l'Institut de Criminologie après avoir enseigné à l'IEP de Paris. Il enseigne aujourd'hui dans de nombreuses structures en France et à l'étranger (New York, Pékin, ...). Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages sur la criminalité.
- Il est également Président du Conseil d'Orientation de l'Observatoire national de la délinquance (depuis 2003) et de la commission nationale de la vidéosurveillance (depuis 2007).
- Le Président de la République et le premier ministre lui ont demandé de diriger une mission pour le rapprochement des instituts de formation, de recherche et d'analyse des questions de sécurité et stratégiques en Août 2007. Voir le billet "
Pour la création d'un Conseil de sécurité nationale" .
- Un précédent billet résume son dernier
ouvrage "Le nouveau chaos mondial"

 

 

Introduction

Les crises et les menaces ne sont pas vraiment nouvelles. Ce qui est nouveau, « c'est ce que l'on a en réalité oublié » ou ce que l'on ne veut pas voir.


Les nouvelles menaces
Deux phénomènes permettent de caractériser les nouvelles menaces : les mutations des structures criminelles, et la difficulté à nous adapter à ces mutations. La pensée stratégique n'a pas suivi les évolutions du monde criminel. En France durant le siècle dernier, la pensée stratégique a été d'abord polarisée sur la guerre froide, avant d'être « remplacée » par le concept de dissuasion nucléaire. Dans les deux cas, la détermination de l'ennemi, de l'adversaire et de ses motifs est clairement établie. Les attentas du 11 septembre ont remis à plat ces « idéologies ». Les rapports de force ont évolué. Nous sommes passés du « fort au faible » à une situation du « fort au fou ». L' « adversaire » appartient à ces nébuleuses sans hiérarchie pyramidale, ayant des mobiles plus difficiles à appréhender.

En outre, le crime s'est mondialisé, alors que les structures qui sont chargées de le réprimer subissent encore les frontières géographiques et culturelles. Même si les blocages que cela engendre sont à relativiser (car il y a en réalité deux dynamiques, l'officielle pleine de lourdeurs, et l'officieuse qui fonctionne « normalement ») les forces du droit ne jouent pas à armes égales avec le crime organisé.

 

Les organisations criminelles se sont hybridées, dans le sens où elles ont adopté un modèle d'organisation « libérale » (au sens économique). Elle pratique en effet tous les ressorts du « business » : le développement continu de l'innovation, la fixation des prix en fonction de l'offre et de la demande, « l'incentive » pour motiver les collaborateurs, la veille concurrentielle,… On estime à au moins 500 milliards de dollars le CA des entreprises criminelles.


Des zones se sont « sanctuarisés » avec une certaine « impunité ». Pour des raisons avouables et moins avouables, des trafics ont prospérés dans des zones clairement délimitées. Par exemple, le Corée du Nord est connue pour ses trafics de fausse monnaie. L'optimisation fiscale (euphémisme pour fraude fiscale) se développe au cœur et à la périphérie de l'Europe : Chypre, Balkans, Monaco, Iles Anglo-Normandes, … Au Moyen-Orient persiste le blanchiment.
Derrière les déclarations de bonnes intentions des pays qui veulent lutter contre ses pratiques, force est de constater la persistance de ces pratiques. On peut se demander si la création d'« argent sale », qui dynamise certaines ventes (depuis le matériel militaire jusqu'aux centrales nucléaires) n'est pas dans un sens … « toléré ».

La structure des organisations criminelles a muté. Certaines sont passées d'une organisation pyramidale à une organisation de type « nébuleux ». L'archétype est ce qu'on croit devoir appeler Al-qaida, que certains analysent encore à l'image de ce qu'à pût être l'IRA, avec un organigramme, des militants, … Il n'en est rien. Pour preuve, aucune organisation si bien structurée soit-elle ne peut subir la perte de 10 000 de ses membres sans être affecté. Al qaida est en réalité une nébuleuse, qui fédère des énergies, qui place sous sa bannière des criminels n'ayant pour seul point commun une « vision du monde ». Ainsi M. Bauer dira d'Al qaida qu'elle est en fait « une franchise, une mutuelle du crime ».

Al qaida est en même temps le réceptacle de nombreuses idées reçues. Pour commencer, ce n'est pas son vrai nom. Cette organisation s'appelle en réalité du nom du rapport édité par Oussama Ben Laden et Ayman al-Zawahiri « Front islamique mondial pour le Jihad contre les Juifs et les Croisés ». Le nom « al qaida » a été donné par un magistrat américain sur la base d'une interception téléphonique d'un suspect mentionnant tout simplement « la base ». Comme il aurait pu dire - souligne avec humour M. Bauer- « Chez Grand Mère » ou la « maison », …

Autre idée reçu, Ben Laden n'est pas le chef d'Al qaida. Il n'en est que le porte parole. La liste pourrait être longue. Le public (et même nombre de professionnels) n'ont pas de connaissance fine du sujet. On l'imagine plus qu'on ne l'analyse. La couverture médiatique de la conquête des grottes de Tora Bora en est un exemple. Loin d'accueillir des milliers de djihadistes ou d'héberger des installations dignes d'un chef de guerre, ces grottes se sont révélées être … de simples cavernes ! La fantasmagorie avait joué à plein pour en faire une cachette digne d'un « Dr No ».


En finir avec la cécité collective

Il y a trois réactions classiques devant les présentations souvent noires des criminologues : Négation, minoration, éjection.

 

Il y a dernière ces comportements classiques une forme de cécité volontaire. On veut voir le monde tel qu'on l'aimerait, plus que tel qu'il est réellement.
Pour soigner toute maladie, personne ne contestera qu'il faille d'abord porter un diagnostic avant de proposer une thérapeutique. Or dans le cas des « nouvelles menaces », il n'y a pas de diagnostic. Au contraire, il y a un effort important pour proposer des remèdes, et vendre des « quincailleries » alors que le « mal » n'est pas analysé. Pour illustrer cela, on peut rappeler l'aphorisme qui dit que « lorsque l'on a un marteau entre les mains, tous les problèmes ont la forme d'un clou ». M. Bauer rappellera avec humour un autre aphorisme qui illustre l'attentisme ambiant « il n'est pas de problème qu'une absence de solution ne peut résoudre ».

Pour avancer, il est nécessaire de réunir quelques conditions :

D'abord celui d'avoir un outil de décèlement précoce. La création de cet outil va de pair avec une Recherche dynamique. Or la recherche en France (au contraire des Etats-Unis) est moribonde sur le sujet.

Ce manque d'analyse est d'autant plus difficile à accepter que les « matériaux » existent. Cheikh Nasrallah, secrétaire général de l'organisation chiite libanaise Hezbollah n'a pas caché ses intentions. « Les règles du jeu ont changé » a-t-il dit pour signifier une volonté d'exporter la guerre hors de la zone palestinienne, et notamment en Europe.
Il faut donc lire, écouter, et accepter ce que disent les terroristes. Les « signaux faibles » (pour reprendre une terminologie d'intelligence économique) sont là !

Un des éléments qui empêche le décèlement précoce tient de l'inertie des administrations  d'Etat qui aiment les ennemis stables et bien connus. Détecter des alertes, casser la routine, équivaux à « poser des problèmes » à la hiérarchie et ce n'est pas bon pour la « carrière des gens » rappelle M. Bauer.

 

Comme Conan Doyle l'a fait dire à Sherlock Holmes « une fois l'impossible exclu, ce qui reste, même improbable, doit être la vérité ».

Se préparer à la crise n'empêche pas la crise d'arriver, mais permet d'y survivre.

 

Jérôme Bondu

NB : Le compte rendu de la conférence paraitra dans la "Revus d'études" éditée par Demos, et dont le rédacteur en chef est le Général Jacques Larchet.  

 

 

Par Jerome Bondu - Publié dans : Gestion des risques - Communauté : Veille stratégique
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