Lundi 11 février 2008
1
11
/02
/Fév
/2008
11:10
L'Europe
peut-elle gagner la bataille de l'espace ?
Enjeux stratégiques pour nos entreprises.
Colloque co-organisé par l'Association Culture Economie Défense, présidé par Yves-Marie Moray et l'Association Aéronautique et Astronautique de France, et en partenariat avec
l'Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d'Industrie, le Club Intelligence Economique et Stratégique, l'Ecole de Guerre économique, l'Institut Diplomatie & Défense et du MEDEF
PARIS.
Tenu le 02/10/2003
Certains secteurs économiques se structurent à l’échelle mondiale. L’industrie de l’espace en est un.
Au niveau européen, quelles sont nos forces et nos faiblesses ?
Ce colloque était placé sous les hauts patronages de Loyola de PALACIO, Vice- Présidente de la Commission européenne, Michèle ALLIOT- MARIE, Ministre de la Défense, et Claudie
HAIGNERE, Ministre Déléguée à la Recherche et aux Nouvelles Technologies.
Les intervenants étaient d'éminents spécialistes de l'intelligence économique et de l'industrie spatiale.
Ce compte rendu informel, écrit par Jérôme Bondu, n'engage que son auteur.
Au cours de ce colloque (divisé en deux tables rondes : les enjeux politiques d'une part, les enjeux industriels d'autre part), 5 idées fondamentales ont été
soulignées avec une grande convergence par l'ensemble des conférenciers :
Les forces et faiblesses de l'Industrie Spaciale
1- L'industrie spatiale européenne a actuellement un niveau d'excellence.
Néanmoins, elle traverse une crise d'une extrême gravité, due à l'effondrement du marché des satellites commerciaux. Les ventes ont été divisées par dix en 2003 sous l'effet
conjugué d'une très importante contraction du marché et de l'émergence de nouveaux concurrents.
2- De toute façon, même dans les " bonnes " années, l'industrie spatiale ne peut vivre avec un marché uniquement commercial ; le complément de volume apporté par le marché
institutionnel (c'est à dire gouvernemental civil ou militaire) lui est indispensable.
3- De son côté, la puissance publique a un besoin absolu de l'industrie spatiale, qu'elle soit militaire (défense), ou civile (systèmes de guidage, sécurité et surveillance du
territoire, etc. L'exemple du système de géolocalisation Galileo a été présenté ou étudié par plusieurs intervenants.).
Le maintien d'une industrie spatiale au meilleur niveau mondial est l'une des conditions essentielles à remplir pour se maintenir au statut de grande puissance. Ce marché institutionnel est donc
aussi captif qu'il est indispensable…
4- Il y a une grande différence de vulnérabilité entre l'industrie spatiale américaine et l'industrie spatiale européenne : Le partage marché institutionnel/marché commercial est
de l'ordre de 70/30 pour la première, de 50/50 pour la seconde. L'industrie spatiale européenne est de ce fait beaucoup plus vulnérable aux soubresauts du marché commercial. En outre, l'industrie
spatiale américaine représente à elle seule 60 à 70 % du marché mondial
5- Sous l'effet de la crise actuelle, l'industrie spatiale européenne a mis en place, sans aides gouvernementales, un certain nombre de mesures d'attente, notamment des programmes
de rationalisation et d'économies. Jusqu'à présent, ces mesures d'attente n'ont eu aucun impact significatif sur les capacités et le niveau technique de l'industrie européenne. Mais, aux dires
des conférenciers, le maintien des équipes est maintenant économiquement insupportable et l'Europe ne peut plus esquiver la décision d'aider son industrie par des commandes institutionnelles
jusqu'à une reprise qu'ils situent vers 2006-2007. A défaut de nouveaux satellites, ces commandes doivent au moins prendre la forme de démonstrateurs. A l'appui de leur proposition, les
intervenants s'accordent à dire que l'on doit considérer les réalisations de l'industrie spatiale, lanceurs, réseaux de satellites ou autres, comme des investissements publics au même titre que
les routes, le téléphone, etc. Ceux-ci sont alors amortis sur de très longues périodes, donc bien plus faciles à justifier économiquement. Par ailleurs, en cas de dispersion des équipes, la
reconstitution de la compétence prendrait très longtemps, de nombreuses années.
Dans leur conclusion, les conférenciers ont répondu à la question qui servait de thème à la journée (" L'Europe peut-elle gagner la bataille de l'espace ?
").
Cette réponse à été unanime : " oui, à la condition que les pouvoirs publics européens prennent conscience de l'enjeu et confient à l'industrie spatiale européenne le volume
d'activité nécessaire pour maintenir la compétence des équipes ".
Jérôme Bondu
NB : source image universgeorgelucas.blogs.allocine.fr