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Mardi 22 janvier 2008 2 22 /01 /Jan /2008 08:20
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Lors d’une conférence organisée il y a quelques mois par l’IFIE* et l’ACFCI**, on a pu entendre le Haut Responsable à l’Intelligence Economique, Alain Juillet, insister sur le rôle de la culture dans un projet global de renforcement de la compétitivité économique de la France. On assiste actuellement, a-t-il rappelé, à un emballement sans précédent de la concurrence, dans tous les champs de la vie. La « bataille », qui concernait essentiellement le secteur marchand, a envahi le monde de la formation (le classement de Shanghai en est une illustration), le monde du droit (avec une progression du droit anglo-saxon), de la finance (avec notamment le rôle des fonds souverains), le monde du sport, et … celui de la culture, donc de la langue !
 
Quelques jours auparavant Bernard Miyet s’exprimait dans le cadre du Club des Vigilants sur les « enjeux économiques de la langue et de la culture » ***. Le sujet fait son chemin à travers les esprits, car jeudi 24 janvier 2008, l’ACFCI organise un colloque sur « l’Intelligence Economique et la Francophonie ». Sans présager de ce qui va s’y dire, voici une présentation (forcément non exhaustive) de quelques idées et réflexions sur le sujet. Voyez-y une invitation au débat …

 
 
Langue et culture sont des valeurs inestimables.
A cette évidence, nous allons apporter (quand même) trois justifications : la première, c’est que la langue est le vecteur par excellence de la communication. La seconde, est que la langue structure la pensée. Et la troisième qu’un bassin linguistique est aussi un bassin économique, car cette langue commune facilite les échanges économiques.
 
 
Mais les langues disparaissent, et les cultures sont périssables.
A l’instar du documentaire d’Alain Resnais « Les statues meurent aussi », on peut dire que « Les cultures meurent aussi » !
Il y a actuellement environ 7 000 langues parlées dans le monde.
Les 10 premières langues mondiales représentent 50% de la population sur terre.
95% d’entre elles sont parlées par moins de 1 million de personnes. Dans ce total, plus de la moitié sont parlées par moins de 10 000 personnes. Ces dernières sont en état de survie !
 
 
Il n’est pas étonnant que les langues soient l’enjeu de combats planétaires
Etablir une hégémonie linguistique, c’est assurer une hégémonie notamment économique.
Parmi les combats que l’on peut mentionner, il y a celui que la France a mené (et gagné) dans l’Europe du XVIII au XXème siècle. L’hégémonie du français sur le plan diplomatique couvre au moins trois siècles. Cela a commencé avec les traités de Westphalie qui la choisissent comme langue diplomatique, et ça s’est terminé dans les faits avec la 2ème guerre mondiale. Sur le plan culturel, on sait qu’au XVIIIème siècle toutes les cours d’Europe parlaient et lisaient français. Pour prendre un exemple plus ancien encore, les récits de voyage de Marco Polo, texte important s’il en fut, ont été écrits par un Italien (compagnon de cellule du voyageur) en « lingua franca » Nous sommes à la fin du XIIIème siècle. Le français était alors la langue des récits d’aventure. L’imposition du français dans l’empire colonial n’est qu’une tentative, au moins partiellement réussie, d’étendre un champ déjà important. Nous sommes donc mieux placés qu’aucun autre pays pour mesurer les avantages d’une telle situation. Ils sont considérables.
 
Actuellement, nous sommes témoins de l’affaiblissement du français, et du développement tout azimut de la langue anglaise, qui peut être vu comme un des outils du néocolonialisme américain. Le problème sur la traduction des brevets en est un exemple. La surmédiatisation de l’industrie cinématographique ou littéraire américaine en est un autre.
 
 
La situation en Europe est complexe
La construction de l’Europe se heurte au problème des langues : comment arriver à mettre en place une identité culturelle forte, tout en préservant la diversité (notamment linguistique).
Sachant que s’il fallait imposer une seconde langue à tous les Européens comme langue d’échange, l’anglais serait évidemment gagnant. Actuellement 80% des jeunes européens qui doivent choisir une seconde langue prennent l’anglais.
 
 
La valeur économique de la culture est incalculable
En complément de ce qui a été dit plus haut, on peut rappeler quelques chiffres : La culture représente 2,6% du PNB de l’Europe****. Et sa part dans la production et les échanges va en augmentant. En France, cela représente 2 milliards d’euros d’échanges, surtout avec la zone francophone.
 
Le bassin démographico-linguistique détermine le choix du consommateur. La qualité de la production est une variable moindre. L’exemple du cinéma américain est à ce titre révélateur : le fait qu’il soit de mauvaise qualité n’empêche pas la génération de bénéfices colossaux du fait de la taille du bassin de consommateurs américains. En outre, ce marché est inaccessible aux productions étrangères. C’est ce qui a d’ailleurs pratiquement « tué » le cinéma anglais, qui n’a jamais réellement pu prendre pied dans l’ancienne colonie. Le cinéma français, par comparaison, est plus fort que celui d’outre manche.
 
Quand les américains négocient un accord bilatéral, il y a très souvent un volet de libre échange sur les biens culturels. Et cela ne date pas d’hier ! C’est ce qui est arrivé en France avec les accords Blum-Byrnes. Cet accord, signé le 28 mai 1946 par Léon Blum et Jean Monnet, liquide une partie de la dette française envers les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale (2 milliards de dollars). En échange, le ministre des finances de Truman exige une diffusion facilitée de l’art cinématographique et des bandes dessinées américaines. C'est un moyen pour les Américains de diffuser « l'American way of life » et de favoriser notamment l'industrie cinématographique hollywoodienne.
C’est seulement dans les années 90, pour ce qui est de la BD, que le marché a à nouveau été « occupé » par des créateurs français. Entre temps, le terrain a été intelligemment gagné par la création belge, avec les succès qui ont bercé l’enfance de – on peut le parier- une grande partie des lecteurs de cet article !
 
Lors de la conférence de l’IFIE citée en introduction, un exposé sur l’Intelligence Culturelle a été réalisé par Luc Gras et Jean-Philippe Mousnier. Ils ont chacun à leur manière rappelée que « la culture contourne les barrières ». Les enjeux sont énormes, notamment pour un pays comme le nôtre où la culture est ancienne, omniprésente, et dont le rayonnement est planétaire. La réalisation du « Louvre des Sables » est à ce titre révélatrice de ce potentiel. L’objectif, comme l’a rappelé M. Mousnier n’est pas de galvauder les richesses du musée, mais -notamment- de générer un point d’ancrage français dans une optique de développement stratégique.
 
 
Le combat se complexifie
Avec les CD, DVD, et les transmissions en réseau, nous sommes en face d’un produit culturel qui n’a pas de barrière d’entrée. Seule une politique volontariste a permis à la France de préserver ses auteurs-compositeurs-interprètes. Ainsi, en obligeant les radios à diffuser entre 30 et 50% de musique française (selon la radio), l’Etat a permis d’assurer que 60% des ventes soit des produits français. La France est le seul pays d’Europe à avoir mis en place une telle politique (et cela nous est envié).
 
Par contre, avec l’essor d’Internet, l’Etat n’a plus aucun moyen de pression. Il n’y a pas de quota ni de frontière. Cet outil, formidable en termes de libertés, peut aussi se révéler très destructeur en matière de pluri-culturalisme.
 
 
Comment mobiliser les énergies ?
La nostalgie du passé empêche la mobilisation des volontés, le développement de l’énergie créatrice et l’esprit de conquête. Soyons constructifs :
L’important est de faire un diagnostic précis de la situation en cours, pour déterminer des actions à engager. Il faut notamment rechercher le ou les terrain(s) sur lequel la France aurait un avantage concurrentiel : notre image d’ouverture et de liberté en est un. L’antagonisme actuel envers les Etats-Unis, notamment due à leur politique en Irak, est un élément favorable qu’il faut savoir exploiter.
 
L’apprentissage de plusieurs langues peut être une solution. Les Bruxellois, les Catalans, les Luxembourgeois, les Suisses … apprennent et savent maîtriser au moins trois langues ! Pourquoi pas les Français ? Si l’une de ces langue doit nécessairement être l’anglais (comme nous l’avons vu plus haut) l’autre pourra être l’espagnol, l’allemand, le chinois, … Et, à l’instar des Catalans, des Flamands ou des Québecois, nous arriverons sans doute à transformer notre handicap (parler une langue qui n’est plus dominante) en force (solidarité de groupe, bonne préparation aux langues, possibilité de comprendre sans être compris quand nous le souhaitons).
 
En guise de conclusion, nous vous soumettons les préconisations de Claude Hagège ***** . Selon lui, il serait bon :
- de démarrer l’apprentissage des langues dès le début du primaire. Après, il est trop tard pour être réellement à l’aise, surtout si on veut en apprendre plusieurs.
- de NE PAS commencer par l’Anglais. La pratique mondiale de cette langue est en effet telle qu’à condition de la commencer avant 10 ans environ, on la maîtrisera de toute façon. Par contre, si l’on commence par l’anglais, la 3ème langue ne sera jamais apprise correctement.

Pour résumer notre propos en une phrase lapidaire : le meilleur moyen de défendre le français, avec les implications économiques que cela entraîne, n’est pas de bâcler l’apprentissage des autres langues (comme ça a été malheureusement le cas) mais au contraire de le renforcer ! Et de faire de nous, à l’instar de beaucoup de nos voisins, des trilingues : français, anglais et une autre langue.
 
 
Jérôme Bondu & Alain Bondu
 
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Informations complémentaires :
 
* IFIE : Institut Français de l’Intelligence Economique 
 
** ACFCI : assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d’Industrie 
Colloque sur « Les Nouveaux territoires de l’Intelligence Economique » organisé le 24 octobre 2007 à Paris.
Précisions sur le colloque « l’Intelligence Economique et la Francophonie » sur un précédent post
 
*** Bernard Miyet est Président du Directoire de la Sacem. Il est intervenu mardi 16 octobre au Club des Vigilants, sur le thème : « Enjeux économiques de la langue et de la culture ».
 
 
**** Valeur calculés en 2003
 
***** Claude Hagège est un linguiste français d'origine tunisienne. Il est directeur d'études en linguistique structurale à l'École pratique des hautes études, et est titulaire de la chaire de théorie linguistique au Collège de France. Il est reconnu comme l’un des plus grands spécialistes mondiaux dans sa discipline, et est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés ou de vulgarisation.
 
 
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Cet article a aussi été posté sur AgoraVox où de nombreux articles traitent déjà de la Francophonie, notamment :
 
- Francophonie quel avenir ?
Ecrit par un Québécois qui s’inquiète de la politique francophone du gouvernement français
 
- Le défi de la francophonie économique
Les auteurs rappellent en introduction (« écrit en avril 2007) : « Aujourd’hui, on estime à 200 millions les locuteurs francophones dans le monde, et les 68 États et gouvernements membres de l’OIF représentent 12 % du PIB mondial, 19 % des échanges commerciaux internationaux et 26 % des IDE (investissements directs étrangers) mondiaux. C’est dire que la Francophonie économique existe aussi, et qu’elle recèle un immense gisement de co-développement durable et partageable entre le Nord et le Sud! »
 
- Francophonie : l’occasion ratée... encore
Article qui évoque la journée internationale de la Francophonie.
 
 
- Sur « Le plurilinguisme et quelques clichés sur les langues étrangères », une série de deux articles, publiés à l’occasion de la journée européenne des langues, et suivis de débats intéressants abordant notamment l’espéranto :
 
 
Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique
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