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Lundi 15 octobre 2007 1 15 /10 /Oct /2007 00:07

Quatrième article d’une série de cinq, sur le thème « Mondialisation et émergence des Puissances Privées ».
Ces articles sont issus d’une interview de Christophe Stalla-Bourdillon pour le BEM (Bulletin d’Etudes de la Marine - article paru intégralement dans le numéro de septembre 2007).


Comment se manifeste la puissance de ces entités privées ?

Depuis la chute du Mur et l’émergence de nouvelles puissances commerciales et financières, étatiques comme privées, les affrontements économiques internationaux ont évolué et se sont multipliés sur fond de non-gouvernance mondiale. Ces affrontements résultent, soit de rivalités économiques entre entreprises (fruits d’une économie de marché exacerbée), soit de stratégies de puissance menées en sous-main par quelques États hégémoniques, à la fois économiquement nationalistes sur le plan intérieur, et conquérants sur le plan extérieur (USA, Russie, Chine, etc.), qui n’hésitent pas, à appuyer politiquement (1), financièrement et commercialement, à leur profit, dans des secteurs qu’ils considèrent comme stratégiques, des “World companies”, privées ou publiques, ou des fonds financiers, dits de conquête (Gazprom/gaz, Rosneft/pétrole et Severstal/acier en Russie ; Petrobras/énergie et Embraer/aéronautique au Brésil ; Huaweï/télécoms, Petrochina, Sinopec et Cnooc/ énergie en Chine ; Cemex/matériaux de construction au Mexique ; In-Q-Tel, fonds technologiques de la CIA aux États-Unis, chargé d’acquérir des PME étrangères innovantes, etc.). Très souvent, ces affrontements économiques, privés/privés ou encore privés/privés sous couvert étatiques, ne se déroulent pas à fleurets mouchetés, ni à armes égales. Pour beaucoup d’acteurs en présence, le résultat prime sur toute autre considération.

Pouvez-vous nous donner un exemple ?

En 2001-2002, dans un pays démocratique d’Afrique de l’Ouest, une société familiale européenne aux gros moyens financiers, plus que centenaire, cotée en Bourse et très active dans le secteur des matériaux de construction, tenta successivement, pour protéger son monopole local, tout d’abord d’éliminer physiquement le président fondateur d’une première société africaine concurrente, financée sur fonds multilatéraux (SFI, BOAD…) puis dans la foulée, d’assassiner le chef de l’État, démocratiquement élu, du pays africain concerné, car soupçonné d’être indirectement derrière le projet concurrent. Sans l’intervention opportune et expresse des services de sécurité(2) de l’État européen lui-même, la société européenne serait probablement passée à l’acte ! Cet exemple emblématique, qui rappelle l’époque où la United Fruit, compagnie fruitière américaine, faisait, défaisait et refaisait les gouvernements du Honduras sur la seule base de sa stratégie industrielle bananière, démontre qu’aujourd’hui, par suite de la mondialisation, certaines sociétés privées se sentent assez fortes pour, non plus seulement contourner, mais bien renverser le gouvernement en place d’un État fragile jugé perturbateur. Une certaine “anarchie” dans les affaires a tendance à se développer un peu partout sur la planète.

Pour autant il ne faut pas tomber dans le travers de la diabolisation .La majorité des puissances privées sont tout à fait « fréquentables » : les entreprises par exemple, parfaitement saines pour la plupart, créent des emplois, des richesses et naturellement des richesses fiscales. Cela, ne l’oublions pas ! Il faut donc continuer à attirer sur notre territoire les entreprises saines !

Quels sont les armes de ces puissances privées ?

Rappelez-vous la définition d’un Etat par le sociologue allemand Max Weber : « L’ Etat est l’organisation qui a le monopole de la violence sur son territoire ».

Les puissances privées ont, elles, deux grands moyens de dominer leur environnement : la violence d'une part, (qui reste à priori le levier des États souverains mais qui est très utilisée par les groupes terroristes), et la séduction d'autre part (arme contre laquelle les bras armés régaliens des Etats -armée, police, justice- sont nettement moins bien préparés).

On peut illustrer ce propos par l’exemple caricatural de l’homme et de la femme : depuis des siècles en effet, l’homme dispose naturellement de l’arme de la force (avec sa forme dévoyée qu’est la violence), et la femme dispose, quant à elle, naturellement de l’arme de la séduction (avec sa forme dévoyée qu’est la manipulation).

Les puissances privées ont des moyens importants (légaux et illégaux) pour séduire, influencer voire manipuler et corrompre. Il faut que les États puissent rester totalement indifférents à cette séduction.

Après tout, qu’enseigne-t-on d’autre, dans les Grandes Ecoles de Commerce et de Gestion, si ce n’est l’art très légal de la séduction économique et commerciale (marketing, ventes, communication…).

Pour les Etats, le dilemme est actuellement le suivant : comment attirer les puissances privées saines … sans, pour autant, tomber sous le charme fatal de leur pouvoir de séduction ? Comment combattre les puissances privées malsaines, au pouvoir de séduction toujours convaincant (corruption…) ?

Contrairement aux organisations anarchistes, les puissances privées, en général, ne veulent pas la destruction des Etats : elles veulent simplement asservir les Etats à leurs intérêts particuliers ? Elles ont besoin des Etats…C’est pour cette raison essentielle que, souvent, les puissances privées préfèrent utiliser l’arme de la séduction à l’arme de la violence… Elles y ont intérêt !

Aux Etats d’être vigilants !

Christophe Stalla-Bourdillon


(1) Citons la réorientation des effectifs de la CIA affectés à l’espionnage du bloc de l’Est vers l’Europe et les pays développés possédant des technologies de pointe.

(2) Ces derniers, redoutant un assassinat du chef d’État africain par un membre « instrumentalisé » de sa propre garde rapprochée (type Boudiaf /1992/ Algérie ou bien Baré Maïnassara/1999/ Niger ou bien encore Kabila/2001/ RDC), stoppèrent « in extremis » l’opération, après que des armes suspectes (mitrailleuse 12,7 mm avec munitions entre autres) eurent été livrées à des unités de protection et d’intervention précisément proches du chef d’État.

 

Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique
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Commentaires

Bravo à l'auteur pour cet article remarquable en tous points! Quelle est donc la société qui a tenté de monter un coup d'état ? Est-ce secret ? Sinon... Quelle vista Paul Moraillon. Professeur de Sciences sociales
Commentaire n°1 posté par Paul Moraillon le 15/10/2007 à 21h01

Bonjour,

Je vais faire suivre votre message à l'auteur, et voir avec lui s'il peut nous en dire plus. 
Cordialement, 
Jérôme Bondu

Commentaire n°2 posté par Jerome Bondu le 15/10/2007 à 21h24

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