Géopolitique

Jeudi 11 octobre 2007 4 11 /10 /Oct /2007 20:07

Je vous propose un petit jeu. Voici quelques extraits d’une interview d’un ministre. A vous de découvrir de quel secteur il s’agit :

« la priorité absolue est de préserver l’indépendance nationale et européenne en matière de recherche …  » « Là encore, l’Europe doit faire attention à sa capacité de recherche pour ne pas être totalement dépendante des Américains ou des Chinois »
-->On pense naturellement à la Recherche.

« il faut en même temps créer des mécanismes de stabilisation, de gestion de crise »
-->On s’oriente vers la politique étrangère.

« Pour une fois, ayons un débat politique avant le débat budgétaire »
-->S’agit-il de la sécu, de l’éducation nationale ?

« une volonté clairement exprimée d’appliquer aux produits entrants dans l’Union le même niveau d’exigence sanitaire environnementale voir sociétale que nous demandons à nos propres produits »
-->La santé, l’industrie ?

« une grande politique de souveraineté alimentaire permettant à l’Europe d’être autosuffisante et d’exporter »
-->Vous avez trouvé ? Il s’agit du ministère de l’Agriculture et de la Pêche, par la voix de son ministre Michel Barnier. L’interview fait deux pages et est diffusée dans La Tribune du lundi 1er octobre.



Pourquoi extraire ces citations de son discours ? Pour mettre en avant la vision stratégique de ce ministre sur son secteur. L’agriculture sera demain, encore plus qu’aujourd’hui, au centre de grands enjeux. Michel Barnier le rappelle en début d’interview « Avec 9 milliards d’habitants en 2050, la monde va avoir faim ». Tout est dit. Quelles conséquences :

- Si aujourd’hui la richesse d’un Etat est en partie corrélée à sa richesse énergétique (pétrole, gaz, …) il se peut que demain ce soit corrélée à sa … richesse agricole ! Car si on peut vivre sans pétrole, on ne peut pas vivre sans manger. La France, actuel second exportateur mondial de produits agricoles aura alors une carte formidable à jouer !

- A ce premier enjeu se calque un second. Il ne suffira pas de produire. Il faudra produire sain, et même bio. Car à quoi servira de grands cheptels s’ils sont contaminés, et doivent être abattus ? A quoi servira de vastes étendues arables, si les nappes phréatiques pour les arroser son contaminées ?

- Dernier point, la carte géopolitique mondiale s’en trouvera certainement modifiée. Certains Etats, aujourd’hui très riches de leur sous-sol mais composé de terres totalement improductives, se préparent certainement dès maintenant à ce retournement de situation. Mais que faire quand on ne possède ni bonnes terres ni eau ? La technique peut offrir un palliatif (ex : dessalement de l’eau de mer). Acheter ou ... prendre les terres de son voisin peut en être un autre.

Jérôme Bondu

Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique
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Vendredi 5 octobre 2007 5 05 /10 /Oct /2007 13:57

Dans le dernier numéro de Foreign Policy, on peut trouver de nombreuses références sur la Chine dans différents articles. Je me suis amusé à en relier les enseignements. Et les conclusions ne sont pas faciles à établir …

Encore et toujours le poids de la Chine.
Page 16, c’est sous l’angle du tourisme qu’est rappelé le poids du pays du matin calme. Il y a eu « 34 millions de touristes chinois sur la planète » en 2006. C’est une augmentation de 300% par rapport à 2000. Et dans 13 ans (en 2020), il est estimé que près de 115 millions de chinois iront dépenser leurs yuans à l’étranger.
Où vont-ils ? D’abord en Thaïlande, notamment pour des raisons de proximité (1 million de touristes). La seconde destination est la France (600 000 touristes), où ils sont attirés par le Louvre, la Tour Eiffel, le romantisme et le shopping de luxe. Viennent ensuite Las Vegas et Sydney. Si on garde ces ratios, il faut nous apprêter à recevoir en 2020 deux millions de Chinois sur notre territoire soit vraisemblablement 1/35ème de se que sera la population française à cette époque.

Les erreurs d’appréciations.
Page 17, une courte interview de Chris Patten, dernier gouverneur anglais de Hong Kong, rappelle que la démocratie est un concept confus pour ce grand pays. Je cite M. Patten « Je me souviens particulièrement des premières négociations menées à Pékin (1992). J’essayais d’expliquer à mon interlocuteur ce que l’Etat de droit signifie. J’ai précisé que quand j’avais été ministre, j’avais été traîné en justice à plusieurs reprises par des citoyens. Je n’avais jamais su par avance si les juges trancheraient en ma faveur ou non. Je crois que mon interlocuteur a pensé que je me moquais de lui. »
Puis ce grand homme d’Etat aborde le sujet de l’Irak « L’une des erreurs majeures de (l’ancien premier ministre Tony) Blair, a été de croire que critiquer les Etats-Unis revient à être anti-américain. Si cela était vrai, alors la moitié des Américains le seraient. C’est un argument ridicule. La vérité, c’est que, à cause de la politique de Blair, il y a maintenant plus d’antiaméricanisme en Grande-Bretagne qu’il n’y en avait à mon époque. Ce que je regrette profondément ».

Le plus grand danger.
A propos d’erreur d’appréciation, on parle souvent du développement de la Chine comme du plus grand danger pour les veilles économiques industrielles dont nous faisons partie. Or Philippe le Corre page 65 détonne en disant que « le plus grand danger pour les pays occidentaux n’est certainement pas une Chine qui réussit mais bien une Chine qui échoue » !

Et si le capitalisme tuait la démocratie ?
Quant à Robert B. Reich, que l’on ne peut pas soupçonner d’alter mondialisme, il s’interroge lui sur la perte d’influence des Etats au profit des grandes entreprises mondialisées. « Des marchés libres étaient supposés conduire à des sociétés libres. Au lieu de cela, une économie mondialisée gonflée à bloc est en train d’éroder le pouvoir des citoyens dans la plupart des démocraties de la planète. Bienvenue dans un monde où le résultat financier dévoie l’intérêt général et où les gouvernements sont à la remorque du « big business » ».

Voila pour la collecte. Place maintenant à l’analyse. Qu’en déduire ?
Beaucoup de choses.
D’abord, que même si l’on est sensibilisé à la privation des droits de l’Homme en Chine, il faut se rappeler que l’apprentissage de la démocratie est un chemin lent. Que le plus grand danger de la démocratie n’est peut être pas la Chine, mais nos propres grandes entreprises qui tendent à remplacer les Etats. Dans tous les cas, il serait autant contre productif de stigmatiser ce pays ou de faire preuve d’une complaisance aveugle. Les deux positions créant un anti-sinoisme (le mot existe-t-il ? allez je l’invente ;-) populaire contre productif.
Surtout si la France, en tant que seconde destination préférée des Chinois, doit bientôt d’accueillir avec égard deux millions de chinois venir enrichir notre balance commerciale ! N’y a-t-il pas à ce propos, un challenge intéressant à relever en essayant d’être leur destination préférée (l’augmentation de leur pouvoir d’achat biffant l’attrait financier de la Thaïlande). Dernier point, comment nous préparons-nous ? Ou en est l’apprentissage du Chinois ? Ceux qui auront 25 ans en 2020, en ont 12 aujourd’hui (et sont en 6ème au collège). Ne serait-ce pas le bon âge pour s’initier à la langue de Confucius !


Qu’aurait bien pu faire Sun Tzu face à une situation de cette complexité ? Pour tenter d’y voir plus clair, mon post du 6 octobre concernera l’adaptation de la stratégie du jeu de GO à la stratégie d'entreprise.
Affaire à suivre …

Jérôme Bondu

* Source
Numéro de Septembre octobre de Foreign Policy

Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique
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Lundi 1 octobre 2007 1 01 /10 /Oct /2007 22:18

Intelligence On Line * fournit une explication à l’affaire des attaques informatiques chinoises contre les réseaux gouvernementaux de quelques pays occidentaux (Allemagne, Etats-Unis, Royaume-unis, France, Australie, Nouvelle-Zélande).

Premièrement, ces attaques n’ont rien de soudain « les services chinois, comme leurs homologues occidentaux, organisent des pénétrations de réseaux étrangers depuis le début de la décennie ».

Ensuite, tous les gouvernements ont étonnement réagis de concert. « Plutôt que les attaques informatiques des services chinois, c’est la dénonciation de leurs activités qui semble avoir été coordonnée ».

Pourquoi ? Certainement pour peser sur le prochain congrès du Parti Communiste Chinois, qui dans un mois devra renouveler un certain nombre de cadres. Or sur les rangs se trouvent des partisans d’un rapprochement avec la Russie, et d’une collaboration minimale avec les occidentaux.
La dénonciation des agissements de l’Armée Populaire de Libération (structure responsable des attaques, hébergée par la Commission militaire centrale) aurait donc pour but de peser sur les futures nominations.


Jérôme Bondu

 * Intelligence On Line n°554 du 20 septembre au 3 octobre 2007

Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique
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Jeudi 27 septembre 2007 4 27 /09 /Sep /2007 09:38

Il n’est jamais facile de poster un message sur son blog. Surtout quand on aborde des sujets que l’on maîtrise peu. C’est pour cela que chaque encouragement, quel qu’il soit, fait plaisir.

En l’occurrence, j’ai lu avec plaisir la Chronique Européenne de Noëlle Lenoir dans la Tribune du 21 septembre. Son article intitulé « L’Europe dans le miroir de la crise belge » traite de la place de la Belgique en Europe et des conséquences de son possible éclatement.

Deux jours plus tôt, j’avais (justement) hésité à poster un petit billet « La Belgique a un rôle capital en Europe ...» qui traitait du même sujet.
http://jerome-bondu.over-blog.com/article-12477693.html

Cette ancienne ministre, présidente de l’Institut de l’Europe et du Cercle des Européens, écrit notamment : « Cette situation nous interpelle. La Belgique est un pays qui compte en Europe et dans le monde. Surtout, cela nous amène en tant qu’Européens à nous interroger sur la pérennité du modèle constitutionnel de l’Union. (…) Le regain du nationalisme aux quatre coins du continent accentue cette vision. L’Union se rapproche d’une fédération d’Etats (…). L’avenir de l’Europe passe par la Belgique ».

Jérôme Bondu

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Mercredi 19 septembre 2007 3 19 /09 /Sep /2007 10:32

La presse belge se fait de plus en plus l’écho de la possibilité de scission de la Belgique. "Près d’un Flamand sur deux veut que la Belgique soit scindée, et deux sur trois pensent qu’elle le sera tôt ou tard" annonce Le Soir*. Cela doit être observé avec attention.

L’arrogance parisienne fait souvent se moquer de la Belgique.
Or ce pays est beaucoup plus riche que l’image d’Épinal le laisse paraître :
- C’est d’abord 10 Millions d’habitants (grosso modo l’Ile de France).
- C’est le pays qui héberge la capitale de l’Europe. Qui parle quatre langues, car outre le Français et le Flamand, il y a une zone germanophone, et puis bien sûr - de fait - l’anglais business.
- C’est aussi un voisin, qui borde la frontière Nord, qui a vu naître Charlemagne, personnage que la France s’approprie facilement (mais qui est tout aussi symbolique pour les Allemands).

C’est enfin un laboratoire de l’Europe. Depuis longtemps, je pense qu’avec la « création » des frontières européennes, et donc par ricochet la « disparition » des frontières nationales, les vielles frontières « historiques » vont ressurgir. En France, on voit des coopérations entre villes ou groupes de villes qui reconstituent des limites de l’ancien régime (les « pays »).
Une vision cynique de la géopolitique pourrait faire dire que la Belgique n’est qu’une création artificielle voulue par les Anglais pour morceler la côte face à l’Angleterre, et compliquer ainsi la création d’un blocus continental (voulu par tous ceux qui ont lutté contre l’Angleterre, à commencer par Napoléon).

Des forces sont en mouvement, qui comme des aimants font se repousser ou se rapprocher des zones. Il est probable que la Belgique un jour se scinde. Non pas du fait de l’antagonisme wallon-flamand, mais surtout du fait de la construction européenne. Il est probable aussi que la zone Francophone ne rejoigne pas la France. Mais que cela soit plutôt le point de départ d’une réflexion à l’échelle de l’Europe du rôle des frontières, de leur sens, de leur valeur. Pourquoi Liège serait dans le même « ensemble » que Biarritz et Rennes ? Pourquoi pas Lausanne aussi ? Pourquoi les réunir ? La guerre des Balkans a vu resurgir du néant des frontières vielles de plus de 1500 ans (en effet, des géopoliticiens se sont aperçus que l’on retrouvait dans ce conflit les limites de l’Empire romain). Les questions posées ne sont pas faciles.
C’est pour cela qu’il faut observer attentivement ce qui se passe la bas. L’avenir européen de la Belgique est … capital !

Jérôme Bondu

* Sources
http://www.lesoir.be/actualite/belgique/la-scission-n-est-plus-taboue-2007-09-18-550096.shtml
Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique
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