Lundi 11 juin 2007 1 11 /06 /Juin /2007 22:34

Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu de la conférence du 22/04/2002 au Club IES

Sur "Le lobbying"
Animé par Alexandra Laferrière

 

Présentation de l’Intervenant


Melle Alexandra Laferrière est adjointe du directeur et consultante en stratégie institutionnelle, Arcturus Group, Bruxelles.

Résumé


Alexandra Laferrière nous a rappelé, dans un premier temps, le rôle des institutions européennes et le domaine d’intervention des lobbyistes. Puis, au travers d’un cas concret, elle nous a présenté les facteurs critiques de succès d’une action de lobbying.
Le reste de la séance a permis aux membres présents de débattre avec l’intervenante.
 

A. Présentation des institutions européennes et du domaine d’intervention des lobbyistes


Dans la première partie de son exposé, Melle Laferrière nous a rappelé brièvement le fonctionnement des différentes instances européennes, et est revenue sur un certain nombre de préjugés tenaces :
· On peut grossièrement présenter les différentes institutions comme suit :
La Commission initie les dossiers.
Le Conseil décide.
Le Parlement co-légifère (par la procédure de co-décision).
La Commission gère l’application des décisions.

· En France, non seulement ces institutions sont mal connues, mais elles sont entachées d’un certain nombre de préjugés.
On a l’habitude de « fustiger » la Commission, qui initie les dossiers, alors que c’est le Conseil qui prend les décisions. Et le Conseil n’est que la représentation des Etats membres. En outre, les Etats membres ont une certaine latitude pour transposer en droit national les décisions européennes. Et parfois, c’est la loi nationale qui, en durcissant les textes européens, provoque des mécontentements.
Autre erreur couramment répandue, celle de sous-estimer le rôle du Parlement. Le Parlement co-légifère sur les dossiers, et a donc un rôle politique très important - et croissant !
Enfin, faut-il le rappeler, l’image caricaturale du fonctionnaire bruxellois « oisif » est fausse. Un réel travail est mené au niveau des différentes Directions générales de la Commission.

· Domaine d’intervention des lobbyistes.
Il existe différents types de lobbying. Celui pratiqué par notre intervenante est très éloigné des aspects de communication.
Il consiste à faire des interventions techniques auprès des institutions, c’est à dire, de fournir de l’information aux fonctionnaires européens pour les aider dans leur prise de décision.
Parfois même (et c’est presque un paradoxe), c’est le fonctionnaire qui fait appel aux lobbyistes, la complexité et le nombre de dossiers à traiter ne lui laissant pas le temps de se renseigner par lui-même de manière satisfaisante. Il n’est pas rare qu’ils demandent – ou simplement apprécient – les synthèses fournies pas les lobbyistes.

B. Les facteurs de réussite d’une action de lobbying


Au travers d’un cas concret, notre intervenante nous a présenté quelques facteurs critiques de succès pour une action de lobbying.
· Communautariser le dossier.
Les dossiers gérés au niveau européen doivent bien évidemment défendre des intérêts européens. Défendre un dossier sous couvert de la défense d’intérêts nationaux n’a pas de sens, et serait automatiquement voué à l’échec.

· Construire un argumentaire efficace.
C’est la pertinence des arguments présentés qui assure le succès d’une action de lobbying. Il est donc important pour le cabinet en charge d’un dossier de connaître l’argumentaire de la partie adverse et de le « démonter ».
C’est autour de « drinks » et de « pinces fesses » - comme le dit non sans humour notre intervenante - que l’on peut approcher les porteurs des projets adverses et connaître les arguments développés.
Une fois l’argumentaire construit, il faut le soumettre à ceux qui ont en charge de légiférer : les parlementaires.

· Maillage parlementaire.
Il s’agit d’identifier les parlementaires qui sont susceptibles d’être intéressés par le dossier. Il faut également cibler les parlementaires qui ne connaissent pas le sujet et que l’on pourra convaincre.
Pour atteindre les parlementaires de différents pays, il est utile de passer par des cabinets partenaires étrangers.

· Commencer à temps.
Plus un dossier est défendu tôt, plus il a de chances d’aboutir. Une action de la lobbying efficace s’inscrit forcement dans la durée.

C. Débats avec les participants


· Une première question a abordé les différences internationales dans les pratiques du lobbying.
Les pays du Nord sont en général très présents à Bruxelles. Les régions allemandes sont très bien représentées, à l’image du land de Bavière (45 personnes au sein de leur représentation) !
De l’autre côté de l’Europe, l’Espagne est également très bien implanté à Bruxelles.

La France n’est pas bien représentée :
- Les régions françaises commencent simplement à comprendre l’intérêt d’être présent sur place. Au mieux, une région est représentée par « un directeur et une secrétaire ».
- La proximité de Bruxelles n’incite pas les Parisiens à y établir des missions permanentes. Les deux capitales ne sont séparées que par 1h20 de TGV ! « Ca ne vaut pas le coup de s’y installer » peut-on entendre fréquemment.
- Les parlementaires européens français sont éparpillés dans les groupes politiques. (Peu nombreux dans les grands groupes PSE-PPE ; ils sont nombreux dans un groupe sans poids réel, les « non inscrits »). Ce qui contribue à amoindrir la représentation française.
- Tout ceci concourre à faire que les Français arrivent souvent tard dans le processus de décision pour lancer une action de lobbying efficace.

· D’où l’interrogation sur la mauvaise image du lobbying en France.
Les Français projettent sur Bruxelles les problèmes qu’ils vivent à Paris.
A Paris, le processus décisionnel est moins transparent nous explique notre intervenante (opacité des institutions, influence des grandes écoles, difficulté pour obtenir un rendez-vous, …). Dès lors, il est tentant de s’imaginer qu’à Bruxelles la situation est similaire, voire pire du fait de la complexité du puzzle européen.
Or, c’est bien le contraire qui a cours Outre Quiévrain. Le système est largement plus transparent qu’ici.

· Les différents types de lobbying.
Mme Perre de Redon nous a présenté le lobbying qu’elle pratique à Paris, et en a donné la définition suivante : « Il s’agit de techniques d’influence pour faire évoluer les décisions publiques ». Cela est proche de la communication.
Notre intervenante présente son métier comme l’action de « gérer l’environnement législatif et réglementaire du client ». Un métier de procédures conclue-t-elle.

Conclusion


Cette réunion a permis, pour ceux qui ne connaissaient pas le lobbying, de voir ce métier sous un jour nouveau et sans préjugés. Et ainsi de mesurer le retard français et d’identifier les actions correctives à mettre en œuvre.

 

Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu

Par Jerome Bondu - Publié dans : Lobbying
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 11 juin 2007 1 11 /06 /Juin /2007 22:28


Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu de la conférence du 02/10/2002 au CLub IES

Sur la "Responsabilité pénale des dirigeants et Intelligence Economique".
Animé par Maître Christian Fremaux


Présentation de l’intervenant


Maître Fremaux est Avocat à la Cour de Paris, Conseiller Prud'Homme, et Membre du Conseil Judiciaire des Armées (défense des personnels).

M. Fremaux est ancien auditeur d’un certain nombre d’instituts :
- Centre des Hautes Etudes sur l'Afrique et l'Asie Modernes
- Institut des Hautes Etudes de la Sécurité Intérieure
- Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques
- Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale

M. Fremaux est chargé de cours, notamment à H.E.C et l'Ecole Supérieure de Journalisme ; et est co-auteur d’un ouvrage, avec M. Jean-Claude Delarue, Prenez-garde à Vous ! Edité chez Michel Lafon.

 

Résumé de la réunion

 

Maître Fremaux nous a fait la démonstration, d’une manière très vivante et richement illustrée d’exemples, que la société se judiciarise et que le droit pénal prend de plus en plus d’importance.
La prise en compte de l’aléa judiciaire (c’est-à-dire le fait de ne jamais être sûr de la décision qui va être rendue par la juridiction saisie) doit conduire le dirigeant à appliquer à la gestion de son entreprise un réflexe de prévention et de précaution. En effet, les textes et notions juridiques pouvant s’avérer difficiles à manier, l’application du droit est nécessairement pragmatique. Ce conseil s’applique bien sûr avec force aux méthodes et pratiques de l’intelligence économique.

Introduction


Le droit pénal n’est qu’une branche du droit. Et comparé au nombre d’affaires qui relèvent du droit civil, le droit pénal a la portion congrue. Néanmoins, il est important de s’y intéresser et d’avoir quelques bases en ce domaine, affirme notre intervenant, car la responsabilité pénale « concerne toute entreprise, ou structure ».


A. La société se judiciarise


· Le droit compte de plus en plus
Comme l’annonce de but en blanc notre invité « la société ‘‘a décidé’’ de judiciariser les relations au sein de l’entreprise ». Si le monde de l’entreprise a été jusqu’à présent relativement épargné, cela n’est plus le cas. Et le mouvement va même s’intensifier avec l’uniformisation des pratiques européennes, et le rapprochement avec le droit anglo-saxon.

· Le droit est de plus en plus pénal
Non seulement « le droit compte dans notre société », et compte de plus en plus, mais la loi se complexifie car elle change et évolue régulièrement. Comme l’explique avec humour notre intervenant qui est chargé de cours dans des grandes écoles, il n’est pas rare qu’une loi, à peine enseignée et mémorisée par ses étudiants, soit déjà remplacée.
Et ce phénomène de renouvellement des lois s’accompagne d’une pénalisation de la loi, car à chaque nouvelle loi, il y a un ajout d’une sanction pénale.

· L’application trop stricte de la loi peut receler des effets négatifs
Cette « prise de pouvoir des juges » date du début des années 1990. Cela repose sur l’idée que faire appliquer le droit est un des moyens pour aller vers plus de transparence et plus d’honnêteté.
Mais, comme l’affirme Maître Fremaux, l’application stricte du droit ne s’encombre pas des conséquences pratiques. Concrètement, l’application  stricte d’une loi - comme la mise en examen d’un petit patron d’entreprise pour un excès de vitesse (c’est un cas qu’il a eu à traiter) avec le cortège de problèmes que cela entraîne pour le bon fonctionnement de l’entreprise - peut receler des effets négatifs.

 

B. Le droit pénal est subjectif


· La loi s’interprète …
Les lois sont issues du Code Napoléon qui a été souvent réformé. Même s’il y a eu bien évidemment des modifications et des amendements, il n’en reste pas moins vrai qu’il y a un certain décalage entre le Code (langages, références, …) et la société actuelle, Internet, la mondialisation…
Autre particularité, les prises de décisions des juges sont faites lors de délibération. Or la délibération n’est rien d’autre qu’une discussion entre juges ! Maître Fremaux nous explique qu’il a parfois été appelé à participer à ces délibérations. Il n’est pas nécessaire d’avoir fait beaucoup de psychologie pour savoir qu’une discussion entre personnes, fussent-elles juges, n’est pas toujours strictement rationnelle. Le droit s’interprète, et la subjectivité des uns et des autres, joue un rôle.

· … différemment selon les circonstances.
Selon les circonstances, selon le lieu où l’affaire est jugée, les interprétations peuvent différer.

D’autant plus que le nouveau code pénal a « inventé » des délits dits « virtuels », c’est-à-dire qui peuvent être sanctionné sans qu’il y ait de préjudice matériel.
Ainsi, Maître Fremaux nous a détaillé ici un cas concret et de tous les jours qu’il a eu à traiter. Il s’agissait de défendre un patron d’entreprise pris en excès de vitesse à 170 km avec une voiture « normale ». Le jugement devait se faire au tribunal de Lille.
Pour sa plaidoirie, Maître Fremaux s’est appuyé sur un jugement rendu au tribunal de Metz où un automobiliste, pourtant pris à 200 km/h (au volant d’une Porsche neuve) a été relaxé. La défense s’était appuyée sur le fait que le conducteur n’avait mis pas en danger la vie d’autrui, car sa voiture était parfaitement sûre. Le même système de défense n’a pas été accepté à Lille .

Cet exemple illustre bien les différences qu’il peut y avoir entre tribunaux et plus largement le degré de liberté dans l’interprétation des lois. Comme le résume notre invité, même s’il y a un droit unique pour tous « il y a le droit, il y a la loi, l’application de la loi, et l’application de la loi selon l’endroit où on se trouve ».

Dernier exemple que Maître Fremaux s’empresse de nous soumettre pour enfoncer l’idée que l’application de la loi est soumise aux aléas des circonstances. Il a pu noter une incohérence entre le principe du secret de l’instruction pénale et le fait qu’en dépit de l’existence de ce principe, des divulgations peuvent survenir. Ce peut être le fait de l’avocat, qui diffuse des informations à la presse pour éviter que les journalistes n’en répandent de fausses. Ce peut être le fait du juge, qui médiatise un « dossier chaud » de peur de le voir s’échapper en d’autres mains. Le droit « est une arme que tout le monde utilise ».

Maître Fremaux constate, depuis l’entrée en vigueur du nouveau code pénal, en 1994, une évolution de la jurisprudence peu favorable aux dirigeants.

 

C. Le droit pénal concerne tout le monde


Un principe de vigilance s’applique donc. Et cela concerne tout le monde. Il n’y a pas que les dirigeants qui peuvent être poursuivis, mais aussi tous cadres supérieurs qui sont impliqués dans les chaînes de responsabilité.

Le droit pénal issu de la réforme entre en vigueur le 1/3/94, a aussi ajouté la responsabilité de la personne morale.

Enfin, le droit en général, et le droit pénal en particulier, peut-être aussi un outil d’intelligence économique pour déstabiliser le concurrent, pour l’obliger à telle ou telle action, à l’entraver… même si l’on sait que l’on n’obtiendra rien ! on peut ainsi gagner du temps, paralyser l’adversaire, et ainsi mieux se préparer, ou gagner des parties de marché.
Conclusion : rôle de la prévention
Notre invité termine cette conférence passionnante sur l’importance du principe de sécurité dans le monde de l’entreprise. Le point essentiel à retenir, n’est pas qu’il faut avoir peur du droit ni de l’interprétation qu’en font les hommes de loi (les juges en particulier), mais de pouvoir gérer à titre préventif les risques de l’entreprise. L’intelligence économique étant un secteur particulièrement sensible.

 

Cette conclusion appelle une prochaine conférence. Nous allons inviter Monsieur Jean-Marc Picard, qui s’est spécialisé dans les domaines de la précaution et de la sécurité.

  

Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu

Par Jerome Bondu - Publié dans : Intelligence Economique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 11 juin 2007 1 11 /06 /Juin /2007 22:21


Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu, de la conférence du 12/02/2003 au Club IES (conférence donnée il y a 4 ans mais qui est toujours d'actualité)

Animée par Eric Denécé

Sur le thème des "Pratiques illégales de la concurrence. Présentation de dix grandes techniques dans le domaine de la compétition économique offensive".


Résumé de la réunion


Eric Denécé nous a présenté quelques techniques, parmi les plus fréquentes, utilisées dans le domaine de la compétition économique offensive. Ces pratiques, insiste notre intervenant, ne sont pas des « vues de l’esprit », ce sont des pratiques bien réelles ! Et pour bon nombre d’entre elles, notre intervenant a eu soit à les combattre soit à les mettre en œuvre, pour le compte de clients dans le cadre de son activité professionnelle.
Dix techniques nous ont été présentées : Benchmarking offensif ; Contrefaçon ; Hard lobbying ; Stretch marketing ; Social learning ; Normalisation ; Intelligence humanitaire ; Coopération ; Exploitation des affaires civilo-militaires ; Info-déstabilisation.


Présentation de l’intervenant

 

Eric Denécé est docteur en science politique.
Après une carrière d’officier de renseignement spécialiste du Sud-est asiatique, il a pris le poste de directeur général du cabinet ARGOS jusqu'en 2002. Aujourd’hui, il est directeur du département intelligence économique du groupe GEOS et préside le Centre Français de Recherche sur le Renseignement. Eric Denécé est l’auteur de 4 ouvrages.

 


Introduction

 

M. Denécé commence son intervention par quelques mises au point nécessaires.
- D’abord sur l’expression « intelligence économique ». Cette expression est mal choisie car elle est trop ambiguë. De la même manière, la définition de l’intelligence économique donnée par le XIXème plan est beaucoup trop floue et complexe. Pour les Anglo-saxons, nous dit-il, faire de l’IE c’est faire « du renseignement pour les affaires ». Ca a le mérite de la clarté.

- Ces deux exemples sont symptomatiques de deux travers français :
- Premier travers, celui d’intellectualiser les choses, de vouloir d’abord saisir un problème dans son ensemble quitte à ne rien faire concrètement. A titre d’illustration, il y a plus d’ouvrages en Français écrit sur l’IE que d’ouvrages anglais … Alors qu’au niveau de la pratique, nous avons un retard certain. Autre exemple, l’IE en France est enseigné dans des formations spécialisées. Alors que dans les pays anglo-saxons la « Business Intelligence » est enseigné directement et ouvertement dans touts les MBA .
- Deuxième travers, celui de se voiler la face par pudibonderie sur la véritable nature du monde des affaires. Ce refus de la notion d’affrontement économique, ce refus de l’idée même de « guerre économique » trouve sa source (dans la pensée Française) dans l’idée que la guerre met en jeu deux forces, dont la plus forte tuera la plus faible… Et que cela ne peut être le cas dans le jeu économique. A cette vision quelque peu manichéenne, M. Denécé en propose une autre où la guerre peut mettre en jeu une multitude de forces, où les méthodes ne visent pas forcément à « tuer » un adversaire, mais simplement à l’affaiblir, et où les armes utilisées vont de la ruse à l’influence, en passant par le détournement, les alliances… Cette conception de la guerre est typique de la pensée asiatique .
- Il y a un amalgame entre le fait de faire du renseignement, et celui de faire des actions illégales. Ces deux notions sont mélangées dans bien des esprits, alors qu’en réalité, elles sont bien séparées. On peut faire du renseignement sans passer les barrières de la légalité. Et inversement. Les exemples suivants nous le prouveront.
- Sur le plan économique, la libre concurrence entre entreprises est un leurre. Il y a toujours une interférence des Etats. Car le rayonnement d’un Etat (langue, culture, …) passe forcément par la sphère de l’économique. Dans les pays anglo-saxons le renseignement d’Etat est entièrement tourné vers l’aide aux entreprises. C’est moins le cas en France.

 

A. Benchmarking offensif

 

Cette technique a pour but de récupérer des informations sur la concurrence.
D’une manière générale, le benchmarking vise à comparer ses produits (ou processus) avec ceux de la concurrence, et à en tirer des axes d’amélioration. A l’inverse du benchmarking ouvert (où le processus d’étalonnage est mené d’un commun accord entre les différentes parties dans un esprit gagnant gagnant), le benchmarking offensif se fait à l’insu du concurrent observé.
Il s’agit par exemple pour une compagnie hôtelière d’envoyer un faux client tester les services de la concurrence. Le collaborateur testera systématiquement tous les services proposés. Il pourra même déclencher des situations particulières pour appréhender les réactions du concurrent.
Quelles sont les dérives ? s’interroge notre intervenant. Il nous citera des cas extrêmes, où telle société a été jusqu’à provoquer des incidents (incendie, …) pour tester les normes sécurité de l’équipement hôtelier du concurrent.

 

B. Contrefaçon

 

Ce procédé a pour but de détruire l’image du concurrent.
On imagine généralement que la contrefaçon est menée par des mafias qui veulent simplement s’enrichir. Mais une entreprise peut générer une contrefaçon des produits d’un concurrent pour lui nuire. Première conséquence pour l’entreprise attaquée, ce sont des rentrées d’argent en moins. Mais il existe aussi une variante plus perverse qui consiste à faire une contrefaçon très proche du modèle d’origine … mais avec des défauts volontaires, pour générer des mécontentements parmi la clientèle. L’auteur de cette machination pourra même s’arranger pour donner un écho médiatique à ces mécontentements (par exemple via des organes de presse peu scrupuleux ou créés de toute pièce).
Ce procédé semble suffisamment connu pour que des entreprises pilotent elle-même leur propre contrefaçon, et coupent ainsi toute marge de manœuvre aux concurrents mal intentionnés. L’avantage est double. D’une part, les ventes de la contrefaçon alimentent quand même les recettes de la maison d’origine. D’autre part, la qualité des produits contrefaits sera ajustée pour qu’il n’y ait pas d’amalgame possible avec les produits véritables.

 

C. Hard lobbying

 

Ce procédé a pour but d’influencer des décisions par le biais de personnes clés.
Le lobbying (comme le benchmarking) est une technique irréprochable quand elle est menée honnêtement . Ce qui est dangereux, ce sont les déviances que cela peut engendrer.
Un lobbying agressif consistera par exemple à mettre en place un système de renseignement poussé sur une personne cible. Il s’agira par exemple de trouver les violons d’Ingres de la cible (par exemple la pêche, le golf, …). D’envoyer des personnes approcher la cible par ce biais. La relation se construit alors dans un cadre sportif ou amical, et servira pour récupérer des informations, influencer des prises de décision, le faire « chanter », …


 

D. Stretch marketing

 

C'est une démarche fondée sur l'observation attentive d'un marché socio-économique donné et l'échange d'informations entre des partenaires souhaitant identifier et exploiter au mieux les opportunités commerciales qu'il recèle.
Il s’agit par exemple pour une entreprise dans le secteur du bâtiment qui veut s’implanter dans un pays, d’utiliser une fausse structure (vente de satellite par exemple) pour capter des informations. La société de vente de satellite obtiendra des clichés du pays qui permettront à l’entreprise de bâtiment de cibler aux mieux sa prospection (ponts à construire, route…).

 

E. Social learning

 

Cette technique a pour but de formater les esprits des cibles.
Il s’agit de contrôler les façons de penser des personnes cibles pour en tirer des avantages.
A titre d’illustration, M. Denécé rappelle qu’au sortir de la seconde guerre mondiale, les Anglais s’étaient interrogés sur la meilleure manière d’éviter qu’un nouveau conflit apparaisse avec l’Allemagne. La solution qui avait paru la plus efficace et qui a été mise en œuvre a été de créer une connivence au niveau des valeurs entre les deux pays. Des liens ont été tissés avec la future élite du pays, pour qu’il y ait un partage des idées.
De la même manière, au sortir de l’affrontement Est-ouest, l’OTAN a cherché à intégrer les pays d’Europe de l’Est en nouant des liens avec des personnalités de second plan des pays concernés, qui allaient venir au pouvoir par la suite.
Par extension, notre intervenant s’alarme du formatage des idées sur le modèle américain dans bon nombre de pays d’Europe dont la France. Au niveau des écoles de commerce, les MBA sont la référence. Au niveau des boissons gazeuses, de la restauration rapide, certains produits américains règnent sans partage. L’influence du mode de vie sur le monde des affaires n’est pas nulle. Et concrètement, à qualité égale, il est plus facile de vendre des produits américains que des produits français à des personnes qui ont fait une école de commerce américaine, s’abreuvent de cinéma américain et de Coca Cola, et mangent Mac Do…

 

F. Normalisation

 

Cette technique a pour but de créer un environnement législatif favorable à la domination d’un produit particulier.
Il est clair que si un produit, une méthode de fabrication, …, est imposé par la législation d’une entité (pays, union de pays) ceci fournit un avantage concurrentiel formidable à l’entreprise qui en bénéficie. M. Denécé affirme que des guerres ont lieu très en amont pour des questions de norme.
Notre intervenant, qui est un très bon connaisseur de l’OTAN, rappelle que cette structure a participé à la diffusion de cette dynamique. Pour des raisons d’efficacité, en cas de guerre, si des armées doivent coopérer, il faut que les armes des pays alliés soient au maximum uniformisée. D’où la multiplication des normes dans le domaine militaire.
Dans le domaine du commerce, la mise au point de normes par des ONG (par exemple Transparency International) est un outil d’influence considérable.

 

G. Intelligence humanitaire

 

Cette technique a pour but de créer des structures humanitaires plus ou moins factices, qui vont travailler directement ou indirectement au service d’une autre structure (entreprise, pays, …).
Au niveau financier, les ONG  reçoivent beaucoup de financement. Et en créer une ne coûte pas forcément beaucoup, voir même peut rapporter de l’argent.
L’utilisation d’ONG humanitaires à des fins purement économiques n’est pas rare. Par exemple, M. Denécé présente le cas d’une ONG qui sous couvert de dons de vaccins à des pays africains, a en fait mené une véritable campagne de tests pour un produit en cours d’homologation d’une entreprise pharmaceutique.

 

H. Coopération

 

Cette technique a pour but de créer un faux partenariat avec une entreprise pour la neutraliser.
Notre intervenant illustre cet exemple d’un cas précis. Une société anglaise propose à une société française le développement d’un produit en commun. La société française qui a un avantage technologique dans ce domaine réclame et obtient la maîtrise de l’ouvrage, en même temps qu’elle finance le projet aux deux tiers. Elle dépense énormément dans ce projet.
Au moment de la commercialisation, le partenaire anglais impose contre toute attente et toute logique que le produit ne soit commercialisé qu’en France. Le périmètre de ventre est trop petit pour rentabiliser l’investissement. Et la société française se retrouve dans une situation extrêmement délicate. Qu’est ce qui explique cette décision de ce partenaire ? Décision qui pénalise aussi la société anglaise qui a financé un tiers des investissements !
Parallèlement, cette société anglaise a mené un partenariat similaire avec une société américaine. D’une part, les marges dégagées par la vente du produit anglo-américain couvrent largement les dépenses faites pour le projet franco-anglais. D’autre part, un concurrent sérieux a été mis hors circuit.

 

I. Exploitation des Affaires Civilo Militaires (ACL)

 

Cette technique a pour but d’obtenir des renseignements économiques dans un pays sous « tutelle » militaire de l’ONU ou en sortie de crise.
Il s’agit par exemple d’envoyer des militaires ou des ingénieurs qui pourront récupérer des informations à transmettre aux industriels. Ces personnes sur place pourront avoir des informations de première qualité. Des marchés de réparation d’infrastructures détruites (voirie, pont, égouts, …) ont été obtenus par ce biais lors de l’après guerre en Bosnie.

 

J. L’info-déstabilisation

 

Cette technique a pour but de diffuser des fausses informations sur une entreprise pour lui nuire.
Nous sommes ici typiquement dans le cas Perrier, qui a subi une déstabilisation médiatique suite à la découverte de benzine dans des bouteilles. D’après M. Denécé, les doses découvertes étaient minimes, et en tout cas inoffensives car elles respectaient l’ancienne législation en vigueur. L’erreur de Perrier a été de ne pas se mettre aux nouvelles normes assez rapidement. Nous rejoignions ici le paragraphe sur la normalisation. D’une manière générale, toutes ces techniques s’interpénètrent les unes les autres.

 

K. Eléments du débat

 

Je reprends ici quelques éléments qui ont été soulevés lors du débat qui a suivi la conférence :
- Certains domaines sont plus concurrentiels que d’autres. Le secteur pharmaceutique, par exemple est très concurrentiel.
- Lorsque l’on subi une attaque, les moyens à mettre en œuvre pour contrer les effets sont de l’ordre de 1 à 100. C’est à dire qu’une manœuvre qui a coûté X euros, demandera 100X euros pour luter efficacement contre.
- Il arrive que les sources ouvertes soient suffisantes pour mener une veille efficace. Mais selon M. Denécé, les sources issues du renseignement sont souvent nécessaires .
- Le marché du renseignement en France est évalué à 10 Millions d’euros (ce qui est faible) et ne semble pas décoller dans un avenir proche. Ceci pour différentes raisons :
o D’abord, c’est un secteur fortement marqué par les militaires. Or cela pose un problème de connotation du secteur. Sans compter que, les anciens militaires n’ont pas forcément les connaissances utiles pour mener les investigations nécessaires.
o Il y a aussi un manque de capacité d’investigation. A ce titre, l’Etat ne joue plus son rôle, remarque notre intervenant.
- Le marché de l’intelligence économique ne profite pas aux cabinet d’IE. Ceci par ce qu’il est en grande partie absorbé par des sociétés aux métiers connexes et plus anciens :
o cabinets d’avocats,
o sociétés de communication,
o société de sécurité,
o cabinets de marketing,
o cabinets de stratégie.

 

Conclusion :

 

Pour finir, notre intervenant insiste sur le fait qu’il ne fait en aucun cas l’apologie de ces méthodes !! Le but de cette présentation était simplement de montrer ce qui se fait dans certains domaines.

L’angélisme ne rapporte rien. Et suivant le sage précepte qu’un « homme averti en vaux deux », nous espérons que les membres du Club tireront profit de cet exposé pour mettre en œuvre à bon escient les démarches utiles pour ne pas subir ces manœuvres condamnables.

 

Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu

Par Jerome Bondu - Publié dans : Intelligence Economique
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Dimanche 10 juin 2007 7 10 /06 /Juin /2007 14:34

Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu et Karine Berthier, issu de la conférence du 09/12/2003, du CLub IES - AAE IAE

Sur le thème : "L'IE au service de l'innovation dans les entreprises"
Animé par Ludovic EMANUELY

 

Présentation de l’intervenant

A 45 ans, Ludovic Emanuely dirige le Département Marketing, Multimédia et Sourcing de SERVAIR depuis octobre 2000. SERVAIR, filiale d'Air France à 94, 5 %, est la première entreprise française de commissariat aérien et jouit de 34 implantations dans le monde entier. 7000 personnes, 450 millions d'euros de CA.

Agent général d’assurance, courtier en investissement, directeur de promotion de produits touristiques, puis créateur de 2 grands salons internationaux sur le commerce international, Ludovic Emanuely se spécialise au fil des années dans le sourcing, l’intelligence économique, le renseignement économique et commercial, et l'innovation en utilisant de manière optimale les technologies multimédia.

Autres fonctions :
- Expert honoraire auprès du Centre de Commerce International (Organisation Mondiale du Commerce) depuis 1999.
- Fondateur et animateur du Groupe « La Fontaine » : Créé il y a un an environ, sous l’impulsion de Ludovic Emanuely, le Groupe « La Fontaine » constitue une structure informelle qui rassemble les responsables de l’Intelligence Economique et Stratégique des poids lourds de l’industrie française (tels Total, Danone Rhodia, Michelin, LVMH, INEO, EDF, Thales…).
- A ce titre, Ludovic Emanuely a été auditionné dans le cadre du Rapport Carayon sur l’Intelligence Economique, remis au Premier Ministre le 30 juin dernier.


Introduction

« L'intelligence économique, c'est quoi ? » se demande Ludovic Emanuely. Pour notre intervenant, l’IE c’est en partie anticiper et innover, car c’est l’innovation qui crée la richesse des entreprises. Or innover demande bien souvent de « rechercher des informations à l’extérieur de l’entreprise ».
Nous verrons dans le compte rendu ci-dessous quelques éléments importants des différentes phases de recherche d’information : depuis l'identification des besoins, en passant par la recherche en elle-même et l’analyse, pour finir par la diffusion aux individus concernés.

 

1. L'intelligence économique, c'est quoi ?


Notre intervenant commencera sa présentation d’une manière très directe et un peu provocatrice « L’IE, c’est le foutoir ! ».
Chaque entreprise ou chaque association a sa propre définition. Les pratiques ne sont pas clairement définies, … Le message donné par les politiques venus s'exprimer au colloque organisé par l’IHESI le lundi 1er décembre 2003 à l'Ecole Militaire a le mérite de clarifier la « cacophonie ambiante » et d’orienter le débat sur le terrain de l’efficacité. Il a été dit que l'IE allait devenir une politique publique, une priorité nationale, lancée et soutenue afin que les entreprises collationnent des informations et prospèrent. Un des avantages du rapport CARAYON (présenté lors de ce colloque) est qu'il a touché le pouvoir politique et notamment le ministère de l'Intérieur.

Mais la réalité de l’IE vécue par M. Emanuely est beaucoup plus prosaïque. La vie d’une entreprise est une bataille de tous les jours. Les décisions se prennent à partir d’informations, et la bataille économique se retrouve donc au niveau de la chasse aux informations. En France, explique notre intervenant, on « joue » à l'IE avec des règles nettement tracées, « en gentilshommes ». Les Anglo-Saxons pratiquent ce sport avec « des gants de boxe ». Et au sein des « matchs économiques », les Américains font souvent figure d'arbitre. Cette « guerre » économique se termine souvent par le forfait des Français, ou leur absence sur le terrain.

Une entreprise voulant progresser doit innover (condition nécessaire mais non suffisante).
Pour cela, elle a trois possibilités :
- L’achats de brevets, d'idées et de conseils (mais cela coûte cher).
- La création interne d'idées nouvelles. M. Emanuely explique que chez Servair, il a créé un club des inventeurs réunissant cadres, employés et agents de maîtrise. Par ailleurs, chaque cadre peut rédiger des notes d'étonnement (lorsqu'il revient de voyage ou simplement pour exprimer ses idées) à destination du service sourcing.
- La recherche d'information à l'extérieur.

C’est précisément ce dernier point que M. Emanuley va décrire en détail.

 


2. La recherche d'information à l'extérieur

On peut découper ce processus en différentes phases successives :
- identifier
- rechercher
- recouper et analyser
- diffuser


L'identification des besoins
Dans le système mis en place par M. Emanuley, l’identification des besoins passe d’abord par la rédaction d’une fiche. Chaque chef de département peut ainsi exprimer une demande d'information (constituée notamment des éléments suivants : résultat informatif attendu, éléments déjà à disposition, date-butoir). Pour les demandes de difficulté moyenne, a été mise en place une « hot line sourcing » fournissant une aide personnalisée et guidée à un utilisateur occasionnel de l'IE.

 

Ensuite, le rédacteur de la fiche est interrogé par la cellule ad hoc de Servair afin de mieux préciser son besoin. Il s'agit de bien cadrer la recherche pour juger sa recevabilité. Savoir aussi s’il faut procéder de manière « anonyme » ou « affichée ». Aller à la rencontre du demandeur d’information n’est pas une opération superflue. Les demandes sont parfois absconses. A titre d'exemple, M. Emanuely a déjà eu des questions du type « Cette entreprise est-elle bonne ? » sans plus de précision… Il est clair que ce type de demande mérite des éclaircissements avant de se lancer dans une recherche d’information !
Chercher
La recherche est souvent une démarche empirique où plusieurs pistes sont explorées de concert. Pour illustrer ce point, notre intervenant nous développe un exemple vécu : il a eu un jour à rechercher les moyens d’acquisition d’un véhicule très particulier (un véhicule de piste, d'occasion, d'accès aux avions de ligne commerciaux pour personnes handicapées). Pour corser cette recherche, la demande est arrivée en plein mois d'août ! Cette recherche s’avérait périlleuse tant le sujet était étroit. M. Emanuley a d'abord découvert que ce type de matériel était produit à la demande et non en série. Il a bâti un plan d'attaque. Il a découvert que ce véhicule pouvait être trouvé dans les aéroports européens : mais cette piste n’a pas aboutie. Il s'est ensuite adressé à des fabricants de mécanique camions-automobiles : échec à nouveau. En sollicitant des réseaux amis, il a réussi à en trouver un exemplaire, en Afrique, qui pouvait répondre au cahier des charges, après mise aux normes.

Dans la recherche d’info, il convient d'identifier des « autoroutes », c'est-à-dire des grandes voies de recherches, puis des « nationales », des « départementales », et enfin des « chemins de campagne » avant de trouver enfin « l’endroit » voulu. Dans le meilleur des cas, l'élément recherché sera retrouvé à un « point de jonction », une sorte de « nœud de communication » accessible par différentes « routes ». Dans le pire des cas, une seule route y mènera et il faudra toutes les essayer avec de tomber sur la bonne.

M. Emanuely distingue les sources « froides », terme qui symbolise le recours à des machines, et les sources « chaudes », le contact humain dans toutes ses dimensions. L’exemple précédent montre que c’est parfois le plus efficace.

Le maniement des « sources chaudes » consiste à remonter des filières et identifier la bonne personne. L’information peut venir de toutes personnes : de la femme de ménage, du salarié en conflit aux Prud'hommes, d’un employé qu'on aborde à l'heure de sa pause au café du quartier. Les gens ont peu le loisir d'échanger, commente notre invité sur un ton philosophique, et il suffit de leur en donner l’opportunité pour qu’ils s’expriment ! D'autres exemples le prouvent : il suffit parfois d'écouter des gens qui discutent dans les salles d'attente, ou d'aborder un individu voyageant seul dans un train avec qui on arrive à lier conversation pour apprendre des choses passionnantes sur la concurrence.

Les « sources froides », c'est Internet et les moteurs de recherche de diverses natures. Il ne faut jamais oublier qu'on peut trouver l'information « à côté », « latéralement ». D’où l’importance de toujours rester ouvert.
Recouper et Analyser
Notre intervenant insiste sur deux points névralgiques :
- Il faut faire très attention à identifier la source originelle : si plusieurs personnes sans liens apparents vous rapportent la même information, cela ne veut pas forcément dire que cette information est exacte. Cela veut peut être tout simplement dire qu’elles puisent leur information à la même source !
- Toujours avoir en tête - excellent exercice pédagogique permettant de rester en éveil - que la concurrence est plus intelligente que vous. En outre, certains concurrents, peu ou moins scrupuleux que vous, peuvent user de méthodes amorales.

Diffuser / Redistribuer
Lorsqu'on apporte le produit fini au chef d'entreprise, il est bon de quantifier la marge d'erreur.
Il est également utile de prêter attention à la position psychologique du décideur destinataire. Il est recommandé d'adapter l'information à sa perception ; le chef d'entreprise doit pouvoir traduire l'information à un niveau constant.

 

3. Eléments complémentaires et résumés des débats

Le terrain de l’innovation

De nombreuses batailles économiques se situent souvent très en amont des phases de développement ou de commercialisation :
- Cela se passe au niveau des innovations, ou des processus de normalisation, où force est d’avouer que les Américains sont très performants.
- Dans ces phases il est bon d'intégrer ou de suivre les fondations de recherche, structures ouvertes, ou des groupements tels que l'UNESCO ou des fonds d'investissement.
- A ce titre, le pouvoir d'influence des ONG est saisissant - affirme notre intervenant - et peut es-qualités s'introduire partout pour obtenir des informations.

La place de la Chine sur le web

La Chine, dans 10 à 15 ans, sera un rouleau-compresseur économique. On estime que 30% à 50% du contenu d'Internet sera en langue chinoise d'ici 20 ans.

Le rôle de la formation en IE

En matière d'IE, la formation scolaire est forcément utile, mais doit être complétée par une expérience terrain. Le veilleur-chercheur doit avoir « envie », être curieux, être toujours « a u service de » et avoir un excellent moral. Les femmes s’avèrent en général très douées (pugnacité, sens relationnel, intuition…).

Pour les PME de taille significative (150 salariés), il faut avant tout une formation spécialisée pour les PDG. Et notamment une formation pour éviter la divulgation fortuite d’informations (dans les trains, au niveau des cafétérias,… ). Piéger « gentiment » le PDG favoriserait une prise de conscience et serait la meilleure des formations.

Retour sur investissement de l’IE

Des indicateurs de plus-value d'IE sont « élaborables » pour des produits tangibles. En revanche, une demande d'information sur une personne physique ou une information « filet » (qui ne servira pas nécessairement) constituent des cas plus difficiles à évaluer. Dans tous les cas, le calcul exact du retour sur investissement n’est pas facile, mais il est réel (une réunion du Club IES se penchera sur ce point).

Sécurité Internet

Il faut savoir que lorsque l’on envoie un mail mal adressé (avec une erreur dans l’adresse du destinataire) le « rapatriement » se fait automatiquement sur des serveurs aux Etats-Unis (les « .com » en particulier). La solution du « tout-crypté », préconisée par le SGDN, semble trop maximaliste. Ne dit-on pas : « trop de sécurité tue la sécurité » ?

Les Américains développent des stratégies offensives tandis que les Chinois investissent massivement les universités nord-américaines en y envoyant des cohortes entières d'étudiants, indice des visées chinoises.

 

Conclusion

Ludovic Emanuely conclue sa présentation avec un enthousiasme communicatif : Le renseignement économique au service de l’innovation et ses pratiques sont affaire de professionnels. La solidarité des réseaux est déterminante. Le rêve du veilleur peut ainsi devenir une réalité.
Espérons que le Rapport Carayon aide à la prise de conscience des divers acteurs économiques et politiques de l’importance de l’IE, et permette à la France et à ses partenaires européens de gagner des points sur le terrain économique.

 

Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu et Karine Berthier

Par Jerome Bondu - Publié dans : Intelligence Economique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 10 juin 2007 7 10 /06 /Juin /2007 14:11

Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu et Karine Berthier, issu de la conférence du 19/02/2004 du CLub IES - AAE IAE

Sur le thème : "Stratégie psychologique et gestion de crise"
Animé par le Général Loup Francart

 

Présentation de l’intervenant

 

Le général Loup Francart a été au cours de la décennie 1990, l'instigateur de la doctrine d'emploi des forces. Il dirige maintenant Eurodécision-AIS (www.eurodecision-ais.com et www.maitriserlacrise.com), une société d'intelligence stratégique.
Il est reconnu au plan international comme un expert en résolution de conflits et analyse des crises.
Il a déjà publié cinq ouvrages :
- "Maîtriser la violence", une réflexion approfondie sur la nature des conflits modernes,
- "La Guerre du sens", sur la gestion de l'environnement psychologique de ceux-ci,
- "Infosphère et Intelligence stratégique", traitant de la maîtrise de l'information,
- "Stratégies et décisions, la crise du 11 septembre",
- "Profils d’enquête, les psys au service de la police", traitant de l’apport de la psychologie dans le travail de la police.

 


Introduction

L’utilisation de l’information ressort de l’intelligence économique, du pilotage des connaissances (knowledge management) mais également de la gestion de crise.

La période du « Surtout n’en parlez pas aux journalistes » (mot prêté au général de Gaulle) est close. Car « si on ne dit pas le pourquoi, le quoi et le comment de ce que l’on fait, d’autres s’en chargeront pour servir leurs intérêts ».

 

1. Qu’est ce qu’une crise ?

Une crise est définie par la conjonction de multiples éléments :
- l’événement est imprévu,
- il y a des conséquences durables et importantes,
- il y a un impact émotionnel,
- cela commence dans un domaine spécifique mais qui s’étend dans d’autres domaines,
- il y a nécessité de prendre des décisions rapidement,
- les réponses habituelles sont inefficaces.


Dans la gestion de crise, l’information et la gestion de l’information sont des éléments fondamentaux. Un exemple illustre bien le propos de notre intervenant : LE CAS SHELL - Grande Bretagne (1995), la crise de la plate-forme pétrolière en Mer du Nord.


Rappel des faits
En mai 1995, l’entreprise Shell décide de couler une plate-forme en Mer du Nord. Greenpeace prétend alors que celle-ci contient 5000 tonnes de pétrole d’où un danger de désastre écologique.
Shell affirme le contraire, et des témoignages de scientifiques corroborent les déclarations de l’entreprise. Le gouvernement britannique donne son accord à l’opération, considérant qu’il n’y a aucun risque.

Début de crise sur fond d’affrontement médiatique
Greenpeace est une structure coutumière des attaques médiatiques. Ses membres commencent par dénoncer le caractère partisan des scientifiques ayant affirmé l’absence de risque de l’opération. Ensuite, ils créent l’événement (« le ballet » des zodiacs sur les flots…). Enfin, ils lancent un appel au boycott des produits Shell par les consommateurs en Europe.
Celui-ci obtient un grand succès notamment en Allemagne où les pertes de l’entreprise pétrolière atteignent 35 millions de Francs par jour.

Shell recule puis contre-attaque. Il décide de rédiger un rapport d’expertise prouvant sa bonne foi et allant à l’encontre des thèses avancées par Greenpeace.
Le « service de renseignements » de Greenpeace a infiltré les bureaux de Shell et apprend qu’un tel rapport est en préparation. L’organisation écologiste prend peur car elle est consciente des dégâts qu’il occasionnerait.
Greenpeace reprend alors l’offensive médiatique en annonçant que ses calculs sur la dangerosité de l’opération sont inexacts : « nous nous sommes trompés, nos calculs sont à revoir ». Elle désamorce ainsi le danger que représentait la diffusion du rapport de Shell.

Bilan
Greenpeace sort de cette crise sans voir sa réputation entachée et Shell a perdu beaucoup d’argent. La structure écologiste possède la capacité d’anticipation et est familière du monde médiatique.
 

2. L’idée de crise

La vision « latine » du phénomène met l’accent sur l’aspect  « rupture imprévue », qu’un décideur de talent est parfaitement apte à traiter. Cette vision aboutit souvent à des catastrophes, le décideur se retrouvant souvent désarmé et maladroit dans la riposte médiatique.

La vision « anglo-saxonne » conçoit la crise comme un processus. Des signaux faibles sont ainsi détectables, des éléments « d’incubation » se développent peu à peu. Des indices puis des incidents se succèdent jusqu’à la survenance d’un élément déclencheur qui propulse la crise sur le devant de la scène.

Cet élément déclencheur produit un changement de format voire de nature du phénomène « crisique ». Jusqu’à présent, l’entreprise a pu canaliser ou traiter, de façon superficielle et/ou insuffisante, la situation. Désormais, elle se retrouve déstabilisée au vu et au su de tout le monde.

En temps de crise, l’entreprise attaquée doit adopter une attitude de riposte pertinente.

Elle a le choix entre différentes stratégies :
- Le silence et la censure : Cela se manifeste par exemple par l’interdiction d’accès des journalistes au sein de l’entreprise ou sur le lieu de la crise.
- Le monopole de l’information : Le PDG est le seul à parler.
- L’information contrôlée : L’entreprise organise par exemple des visites de l’entreprise « sous bonne garde ».
- L’information assistée : C’est par exemple le cas dans l’organisation de points de presse officiels.
- L’information anarchique : L’accès libre à l’entreprise sans précaution.
Les modes d’information à privilégier sont les approches 3 et 4.

En matière de gestion de crise et de riposte informationnelle, et quelle que soit la stratégie utilisée par l’entreprise, notre intervenant préconise 3 principes directeurs :
- VERACITE : Il ne faut jamais mentir à la presse car les conséquences sont toujours désastreuses. En d’autres termes, c’est moins pour des raisons morales que pragmatiques qu’il est préférable de dire la vérité. Les journalistes finissent toujours par flairer le piège et sont alors dynamisés par le parfum du scoop. Si leur enquête aboutit un tant soit peu, c’est la catastrophe : de piégeur, le menteur devient piégé.
- COHERENCE : Les informations diffusées doivent être en cohérence avec les valeurs affichées et défendues par l’entreprise.
- CREDIBILITE : Ce paramètre concerne davantage la forme du message que son fond.

 

3. L’enjeu : la perception des acteurs

 

La perception des acteurs constitue le segment crucial dans la gestion d’une crise. En d’autres termes, il s’agit de connaître et d’utiliser avec profit la gestion de l’environnement psychologique de la crise.

Cette gestion des perceptions renvoie à la césure entre l’image donnée et l’image perçue. Cette césure doit être la plus limitée possible.

C’est le travail, en temps normal, de la communication institutionnelle. Quand l’entreprise affiche ses valeurs et ses règles, son capital matériel et immatériel, son action, les observateurs tentent de décrypter ses ambitions, sa place dans son secteur, ses stratégies et ses erreurs passées.

Par exemple, dans le cadre d’une crise touchant une entreprise :

L’image donnée peut être du type :
- ses fondements (intérêts, valeurs, règles)
- sa valeur matérielle et immatérielle
- ses objectifs : le projet d’entreprise
- son action
- sa communication
Et l’image perçue :
- ses ambitions
- sa place dans son secteur d’activités
- ses stratégies passées
- Son comportement
- les erreurs de communication commises

 

En temps de crise, le problème de l’information se révèle davantage saillant. L’impact est à la fois émotionnel, événementiel, global et rend obsolètes les réponses habituelles planifiées.
Dans le cas du naufrage de l’Erika en décembre 1999, TOTAL a pêché en organisant une riposte technique destinée à rassurer, alors que ses adversaires avaient su jouer parfaitement sur l’aspect émotionnel de l’affaire.
Une forte campagne médiatique a été menée, notamment sur Internet où l’on peut encore trouver nombre d’images détournant le logo de la société pétrolière et dont le général Loup Francart nous a présenté quelques échantillons évocateurs.

 

4. La riposte : l’influence par l’information

 

La gestion des informations en tant de crise est donc un élément essentiel dont l’entreprise doit tenir compte, et qui être menée de telle manière que l’image que l’on veut donner soit au plus près de l’image perçue. Une communication adroite, aura pour but de faire adhérer les gens à une idée par l’explication.

Mais une crise est un élément qui sort de l’ordinaire, et l’entreprise peut être amenée à vouloir ou devoir influencer. Ce qui ne veut pas forcément dire qu’elle sort du cadre déontologique. Voici présenté ci-dessous d’une manière schématique quatre procédés :


L’influence par créance :
- Faire adhérer les gens à mon projet par des procédures de communication sans malice ni usage de la duplicitéCible : décideur de l’entreprise adverse ou son entourage
- Toujours véridiques, vérifiables, crédibles et sincères.

L’influence par collusion
- Etablir des relations de confiance et rechercher un compromis / conciliation / arrangement.
- Toujours sincères et crédibles.

L’influence par incrimination
- Affaiblir voire perdre la concurrence.
- Parfois fausses et manipulées ; informations de sape : les points faibles (informations vraies) de l’adversaire présentés au grand jour.

L’influence par apologie
- Défendre un projet ou un but attaqué ou déstabilisé par un tiers.
- Informations tronquées.

Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu et Karine Berthier

Par Jerome Bondu - Publié dans : Gestion des risques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Sondage sur les réseaux

Participez au sondage sur la pratique des réseaux humains, mis en place par Inter-Ligere ! Cela ne vous prendra que 5 minutes, et vous recevrez les résultats. Cliquez ici.

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés