Géopolitique

Lundi 17 décembre 2007 1 17 /12 /Déc /2007 10:57
Le pétrole semble être dans bien des pays producteurs, une calamité plutôt qu'une chance. C'est du moins ce que l'on peut comprendre à la lecture du second épisode de la série « Que font-ils de leurs pétrodollars? » édité par La Tribune en date du 13 décembre.
 
Les cas présentés de la Russie, du Venezuela et de l'Iran sont éloquents : d'une part, la richesse issue de l'or noir semble être inversement proportionnelle la force de la vie démocratique « La propension à l'autocratisme est forte dans les pays pétroliers. Avec des budgets financés par les hydrocarbures, les régimes en place ne se sentent pas tenus de rendre des comptes à une population qui ne paye quasiment pas d'impôts pour les services offerts par l'Etat ». D'autre part, sur le long terme les performances économiques des pays pétroliers semblent inférieures aux autres. « La croissance des pays riches en pétrole est inférieure de 1,7 point par an à celle des autres » a calculé une organisation humanitaire britannique citée par le quotidien. L'argent facile n'incite ni à la persévérance ni à la prévoyance. Est-ce que le sentiment d’un faiblesse n’est pas un meilleur aiguillon pour chercher à progresser ?
 
C’est en tout cas une des conclusions de la remarquable conférence de Brigitte Bourny-Romagné (organisée au sein du Club IES) qui était venue nous parler de la « route des épices » !! Quel rapport entre les épices et le pétrole ? me direz-vous !
Cette spécialiste des parfums nous avait brossé les destinées de quatre pays qui ont su développer et profiter du commerce des épices au Moyen-âge : le Portugal, les Pays-Bas, la république de Venise et les pays arabes.
 
Pourquoi ces pays avaient su tirer leur épingle du jeu ? Sa réponse, illustrée de faits historiques précis, était la suivante : tous avaient pris conscience à un moment de leur histoire de leurs faiblesses, les avaient analysées, et s'étaient données les moyens d'y remédier. Pour ne citer qu’un exemple, le « petit » Portugal, adossé à l'Est à l’Espagne, avait compris que son destin se jouerait dans la conquête de sa frontière ouest : c'est à dire l'océan Atlantique.
 
La réussite dépend de la connaissance que l'on a de soi. De ses faiblesses plus que de ces forces. « Connait toi toi-même, et le monde t'appartiendra » avait dit Socrate. Or être sous perfusion de la manne pétrolière n'incite guerre à cette introspection.
 
Fort heureusement en France, nous n'avons pas de pétrole !
 
Jérôme Bondu
Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique
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Lundi 17 décembre 2007 1 17 /12 /Déc /2007 10:48
bourny-romagne.jpg Compte rendu de la conférence du 19 octobre 2006, organisée par le Club IES, sur le thème :
« LA ROUTE DES EPICES » OU LES RACINES DU SUCCES EN ENTREPRISE.
Animé par Brigitte Bourny-Romagné
  
Présentation de l’intervenante (2006)
Brigitte Bourny-Romagné est Conseil en stratégie. Auteur des livres « Secrets de plantes à parfum » et « Des épices au parfum ». Après avoir été directrice du marketing pour Yves Rocher, elle crée et dirige en 1996 « Le Monde en Parfum », une nouvelle marque autour d’un concept parfum voyage matière première. En 2000, elle rejoint IFF en tant que directrice de création en charge des nez, puis elle est nommée directrice de la prospective sur les essences naturelles. En janvier 2003, elle crée une activité de conseil spécialisé dans l’audit, la communication et la stratégie d’innovation des marques. Elle est aussi vacataire à l’Ecole Polytechnique dans le master « management de l’innovation. ».
 
Présentation du thème
Mme Bourny-Romagné a présenté une méthode de réflexion originale sur l’innovation et sa conduite au sein de l’entreprise.
A partir d’éléments historiques qui ont façonné l’identité de l’Europe et du monde, notamment le commerce des épices au Moyen Age qui a dynamisé l'économie européenne, elle tirera des enseignements géopolitiques et managériaux applicables à l’économie et aux entreprises d’aujourd’hui.
Certains exemples présentés sont de véritables cas d’écoles en matière d’Intelligence Economique.
 
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Quelle a été la première motivation des hommes pour affronter les mers déchaînées, traverser les déserts, braver la mort et la maladie et se risquer sur les rivages les plus hostiles ? Qu'est-ce qui a fait d'eux des explorateurs, des aventuriers, des pirates ? Les épices...
 
L’Egypte
Les parfums y étaient avant tout dédiés aux Dieux pour qu’ils demeurent dans la vallée du Nil. Les parfums sont obtenus alors par pilonnage des épices ramenées par les Phéniciens ou par les caravanes chamelières.
Ils sont supposés entraîner les mauvais esprits, avoir des vertus purificatrices, fécondantes et permettre l’accès aux forces qui régissent le monde. Les premiers parfumeurs sont donc les grands prêtres.
L’art de l’embaumement nécessite une quantité gigantesque d’épices et de parfums : ils permettent en effet d’accroître la résistance du cadavre aux phénomènes de putréfaction. Il faut, en moyenne, 300 mètres de bandelettes imprégnées pour envelopper un corps et jusqu’à 1 kilomètre s’il s’agit de Pharaon ! Cette consommation énorme pèse sur l’économie du pays, aussi, des expéditions sont menées pour ramener des arbres à encens et à myrrhe des régions somalienne et éthiopienne où ils poussent. Malheureusement, les végétaux ne s’adapteront jamais au climat égyptien, et le pays sera obligé de continuer à importer les précieuses marchandises.
Les parfums et les épices se propagent dans le monde profane en permettant aux hommes de faire face aux aléas climatiques : soleil, chaleur, insectes, vent, sable etc.
Ils entrent également dans la composition de médicaments tels le kyphi ou le hékénou. Mêlés aux boissons, ils deviennent d’efficaces remèdes contre les infections pulmonaires, hépatiques et intestinales.
 
Le rôle clé des Arabes
Ce sont eux qui ouvrent les routes commerciales, dont ils conservent précieusement le secret pendant des siècles. Au IXème siècle, on leur doit l’invention du serpentin à refroidissement, qui affranchit de l’usage des supports huileux pour les parfums. Ils distillent de la myrrhe, de la rose… Arnaud de Villeneuve introduit ce procédé à Montpellier au XIIIème siècle.
 
Le Moyen-Âge
Les parfums et épices sont alors de véritables marqueurs sociaux et les épiciers de l’époque sont l’équivalent de nos joailliers actuels. Pourquoi cet engouement pour les épices ? Trois raisons à cela :
- Cette période est marquée par de nombreux jours saints dans le calendrier : on consomme alors du poisson à la place de la viande. Ce met, fade, ne devient appétissant que par l’ajout d’épices.
- De même, pour des raisons de sécurité et aussi parce que de bonnes odeurs ne peuvent être que l’apanage du Diable, la cuisine est éloignée de la salle où l’on prend ses repas. Les plats arrivent ainsi souvent froids : l’ajout d’épices les rend plus acceptables.
- La diversité culinaire est pauvre : les épices apportent un peu de fantaisie à la gastronomie.
On trouve les épices sur un axe Venise-Bruges. En France, elles sont vendues lors des grandes Foires de Champagne (Troyes, Lagny sur Marne, Provins, Bar sur Aube), événements commerciaux durant 2 mois, parfois 2 fois par an.
 
Venise, l’impératrice du négoce
Son habileté d’innovation acquise lors de la construction de la cité lacustre en fait la ville la plus riche d’Europe. La ville est une réelle « frontière liquide » avec l’Orient, avec lequel elle commerce énormément. Elle sera d’ailleurs excommuniée pour cela.
Les croisades sont l’occasion pour les Vénitiens de s’enrichir : à l’aller, en transportant les Croisés et au retour, en rentrant les calles pleines d’épices. En 1082, Venise obtient l’exemption des droits de douanes dans tout l’empire byzantin contre son aide pour repousser les Normands. La quatrième croisade (1202-1204) fut l’occasion pour Venise d’asseoir sa puissance : la ville demande un prix exorbitant aux Croisés pour la traversée. Le vieux Doge Enrico Dandolo n’accepte de baisser son prix qu’en échange de l’aide des Croisés pour mettre à sac Constantinople, la plus grande rivale de Venise pour les échanges entre l’Orient et l’Occident. L’année 1204 sonne donc le glas de l’empire byzantin, dont Venise acquiert un quart… Venise a désormais le monopole du commerce des épices, la ville devient colonisatrice, avec la mise en place de comptoirs.
 
La Grande Peste, un fléau mondial
De 1321 à 1720, les hommes subissent de plein fouet cette terrible maladie qui décime les populations par où elle passe. Apparue en Chine, la maladie suit la route de la soie (qui est aussi celle des épices) et attaque l’Europe, sortant à peine d’une dure période de famine ayant affaiblie sa population, en 1347.
De 1348 à 1400, la peste frappe par cycles de 5 ans (les cycles seront de 15 ans par la suite). C’est une véritable catastrophe démographique et économique, la population n’ayant pas le temps de se renouveler avant de subir à nouveau une nouvelle attaque… Les gens ne travaillent plus, ne paient plus d’impôts alors que le dispositif sanitaire et sécuritaire de lutte contre la peste coûte très cher… La ville d’Orléans est touchée 22 fois.
L’hygiène est plus qu’approximative : l’Eglise fait régulièrement fermer les bains publics à cause du climat peu chaste qui y règne… Les habits en laine, notamment portés par les plus pauvres pour se protéger du froid, favorisent le développement des puces. On brûle quantité de parfum, censé purifier l’air, on inhale, consomme des plantes aromatiques que l’on porte en permanence sur soi. La thériaque de Venise et de Montpellier, ainsi que l’eau de Damas, sont les médicaments vedette censés lutter contre la maladie.
 
 
Montpellier, première ville du parfum en France
Aux XIIème et XIIIème siècles, la ville se développe grâce au commerce des épices et des plantes tinctoriales avec l’Orient. Disposant de vignes, et grâce à l’intervention d’Arnaud de Villeneuve, la ville s’ouvre très vite à l’art de la distillation, aussi bien de l’alcool que des eaux florales.
Catherine de Médicis, en épousant Henri II en 1547, amène avec elle son parfumeur (accusé aussi d’être empoisonneur) René le Florentin et donne une véritable impulsion à la parfumerie française en introduisant la mode des gants parfumés.
Montpellier bénéficie de plusieurs atouts. D’abord, de part la prospérité du commerce, les matières premières y étaient présentes en abondance. Ensuite, on trouvait dans la campagne environnante une profusion de plantes aromatiques. Tous les éléments étaient réunis pour faire de Montpellier la première ville du parfum en France.
L’activité va pourtant péricliter à partir de 1687 quand un arrêté fixe des droits de douanes exorbitants sur tous les produits alcoolisés, dont les parfums. Cela constitue un frein important à l’exportation des produits, notamment vers Paris. La profession, qui se livrait une concurrence féroce, migre vers la capitale, qui comptera 250 parfumeurs au XVIIIème siècle, et vers Grasse, un temps oubliée à cause de la peste et des bandes armées qui sévissent dans sa campagne. Montpellier demeure néanmoins un centre d’innovation important.
 
Grasse, du cuir au parfum
Un microclimat exceptionnel, un cheptel ovin important, une abondance de sources, une multitude de plantes aromatiques : les conditions sont réunies pour que la ville se spécialise dans la tannerie et notamment dans la confection de gants parfumés, qui seront déclinés sur bien d’autres supports (mouchoirs, éventails etc.)
 
Le compte rendu ci-dessus est une reproduction quasi intégrale d’un compte rendu édité à l’adresse :
Diffusé par l’association GRIVES (Groupe de Recherche et d’Innovation sur le Vieillissement et la Santé), LVMH Recherche Parfums et Cosmétiques et Orléans Val de Loire Technopole.
 
Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique
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Mercredi 28 novembre 2007 3 28 /11 /Nov /2007 16:09
Les journaux ont fait leurs gros titres de la moisson de contrats que la France a obtenu en Chine. Je ne vais pas revenir sur les aspects financiers, dont on ne peut que se féliciter. Par contre, je vais apporter une pierre à la réflexion sur l’éthique du business. Et ceci, par des chemins de traverse …
 
Le Rotary International - District 1660  a décerné lundi 26 novembre le 13ème prix du livre d’Entreprise, en partenariat avec Reporters sans frontières.
 
Le prix a été remis par Maurice Huneman, gouverneur, à Bernard Brunhes, président de France Initiative , association d’aide à la création d’entreprise. Lors de son discours, M. Brunhes a rappelé qu’entreprise et éthique sont pas deux concepts éloignés. Parmi les quelques exemples qu’il a cité, il a rappelé que les prêts d’honneurs que France Initiative accorde aux créateurs sont remboursés à 96% pourcents (même par les chefs d’entreprise qui sont « juste » financièrement). Il a témoigné aussi de la solidarité des chefs d’entreprises qui ont à cœur d’aider les jeunes créateurs dans leurs démarches.
 
Il a rappelé avec humour le proverbe chinois « un arbre qui tombe fait toujours plus de bruit qu’une forêt qui pousse ». Symbole selon lui du bruit médiatique qui entoure une entreprise qui licencie, et qui masque la progression lente et silencieuse de milliers de PME qui embauchent.
 
Ce proverbe chinois a permis à Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières, une transition adroite.
 
On peut, dit-il, conjuguer le monde de l’entreprise et le monde de la morale, comme celle portée par France Initiative ou celle mise en exergue par le Rotary. Nous y voila.
Développer les affaires avec l’Empire du Milieu ne doit pas impliquer automatiquement de fermer les yeux sur le problème des droits de l’Homme. Il a rappelé qu’Angela Merkel, la chancelière allemande, a des mots beaucoup plus durs vis-à-vis de la Chine que la France, et que cela n’empêche pas les entreprises d’Outre-Rhin de faire beaucoup plus d’affaires avec le géant d’Asie.
 
Il a aussi rappelé qu’en France, on vivait dans un pays de liberté et de confort, et qu’il ne fallait pas oublier que c’est un immense privilège !
 
Jérôme Bondu
Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique
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Lundi 26 novembre 2007 1 26 /11 /Nov /2007 09:13
A ceux qui se posent déjà cette (bonne) question, et à ceux qui ne se la posent pas encore, je conseille le blog de Jean-Philippe Mousnier.
 
Il définir l'intelligence culturelle comme une meilleure prise en compte des industries de la culture dans le développement économique du pays. Son intervention à la dernière conférence IFIE – ACFCI avait à ce titre été très éclairante.
 
Je reprends ci-dessous l’introduction d’un de ces derniers posts :
 
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Le champ de la culture est un terrain complexe qui recouvre des entités en pleine mutation : le patrimoine historique de la France (ce qui fait la racine même de son identité mais pas de son image), le développement touristique des sites et des régions (en France et à l’international) , la valorisation de la création artistique, la promotion de l’éducation artistique, culturelle et architecturale, une diffusion large et ouverte des « produits culturels » sous toutes ses formes , en particulier les grands musées et les expositions internationales.
Si l’on voulait être complet, il faudrait ajouter ce qui pour certains est le plus important : la dimension naturellement internationale de la culture, la culture provoque la rencontre et la confrontation des cultures différentes, autres nations, autres civilisations, autres visions du monde : le dialogue interculturel et son action implicite ou explicite sur la paix, sur « le sens du monde », une interrogation sur les valeurs, une autre vision de la mondialisation.
Mais nous sommes là pour faire des affaires et pour parler d’intelligence économique… la France justement a toujours défendu une jalouse séparation entre l’économique et le culturel. Pire l’économique rend suspect le culturel !!!
 
Mais aujourd’hui le champ de la culture devient un des tout premiers enjeux économiques des années à venir.
- Le tourisme culturel est un extraordinaire levier pour le développement économique de toute une région, une ville, un pays.
- Un Musée impose l’image du pays qui le porte et fait économiser des années de marketing à des dizaines d’entreprises nationales qui veulent s’implanter et conquérir des marchés majeurs. L’image d’un musée (s’il est réussi !!!) dure des dizaines d’années alors qu’un impact marketing dure l’espace d’une campagne.
- Le dialogue interculturel, en particulier euro méditerranéen aidera à régler des questions de société majeures comme les mobilités de population sud nord, le fanatisme religieux ou l’emploi des 250 millions de jeunes tout autour du bassin méditerranéen qui auront 18ans dans 15 ans à venir. Le dialogue interculturel rejoint tout un pan du développement durable en renforçant la place d’une éthique politique et sociale « trans-nationale », en proposant/imposant/négociant un certain nombre de valeurs « occidentalo-universelles » comme l’égalité de l’homme et de la femme ou le travail des enfants, l’asservissement de l’homme par l’homme. Le renforcement de ce dialogue interculturel est un facteur de longévité pour les pays engagés, donc une garantie pour les investisseurs internationaux.
 
L’enjeu culturel est un des enjeux majeurs de développement des années à venir.
 
Jean-Philippe Mousnier
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Je vous invite à lire la suite. Cet article prolonge parfaitement un de mes précédents posts dans lequel je m’insurgeais que l’on ne mesure « la richesse » d’un pays qu’à l’aune de la progression de son PIB. L’intelligence culturelle peut être un moyen d’introduire dans le champ de la compétitivité cet élément pour lequel la France a un avantage certain.
 
Une des forces du stratège est de choisir le terrain de bataille …
 
Jérôme Bondu
Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique
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Lundi 19 novembre 2007 1 19 /11 /Nov /2007 10:05

Le témoignage d’un technicien d'AT&T remet en lumière l’espionnage opéré par la NSA sur l'intégralité du trafic Web et voix. La NSA s’appuie pour cela sur l’entreprise américaine AT&T. Cela n’est pas un scoop, puisque c’est l’objectif même de la NSA que de procéder à ce type d’écoute. Néanmoins, ce témoignage relance le débat sur l'étendue de la dérive paranoïaque américaine…

On peut lire sur Silicon.fr :
« Le gouvernement américain avait affirmé après la révélation par le New York Times, en décembre 2005, que l'existence d'un programme de surveillance des emails et des conversations téléphoniques, découlait directement (ou profitait) des évènements du 9/11 et ne concernait que les communications relevant de la sécurité nationale, en particulier les personnes suspectées de liens avec le terrorisme.

Seulement voilà, la chaine MSNBC vient de révéler, citant le témoignage d'un technicien d'AT&T, Mark Klein, que cette pratique d'espionnage dépasse largement l'objectif fixé, et que la NSA (National Security Agency) chargée de la sécurité intérieure des Etats-Unis, reçoit des copies de l'intégralité des communications et du trafic.

Sont concernés les communications, appels téléphoniques, emails, messages et trafic Web, domestiques et professionnels, nationaux et internationaux (…).

En réponse aux interrogations sur de telles pratiques, AT&T rejette sa responsabilité en affirmant qu'il répond aux injonctions du gouvernement américain. Quant à ce dernier, il se réfugie derrière le 'State Secrets Privilege' pour justifier, non pas de ces pratiques condamnables selon la loi américaine, mais du secret qui les entoure…

Tout le monde est conscient que l'Amérique espionne le monde. Aujourd'hui, les preuves s'accumulent. Mais l'administration américaine n'en a cure, et se réfugie derrière sa paranoïa sécuritaire pour justifier ses abus. »
*


Qu’y a-t-il réellement derrière cette fuite ?
Même si ce témoignage est inquiétant, on peut s’interroger d’une part sur « l’exploitabilité » de la masse d’information récupérée.

D’autre part, il est symptomatique que dans les films d’anticipation américains, le héro s’en sorte toujours grâce à sa technologie, bien évidemment supérieure à celle de l’adversaire. Parallèlement, on se rappelle qu’il y avait eu une grosse publicité sur le réseau social créé pour les espions américains. Dernier ingrédient à ma réflexion, la guerre des étoiles : Quand le président Ronald Reagan a lancé la guerre des étoiles contre la Russie, il a entrainé ce dernier sur un terrain sans issue. L’ennemi soviétique a dépensé des fortunes dans ce « leurre », et s’y est épuisé. Pendant ce temps, les Etats-Unis préparaient la révolution numérique, la silicon valley, arme de domination économique autrement plus efficace.

Je ne serai pas étonné que la publicité donnée autour de leur capacité d’interception des données transmises, soit un miroir aux alouettes, un leurre pour faire dépenser des fortunes à "leurs concurrents" en les incitant soit à reproduire un système similaire, soit à s’en protéger. Focaliser la capacité d’innovation dans ces domaines, au détriment d’autres plus importants pourraient être là le véritable enjeu de ces alertes. On voit bien la Russie, qui renaît de ses cendres notamment grâce à ces richesses gazières, et dirigé par un homme qui n’a pas caché sa nostalgie de la Grande Union Soviétique, comme cible de cette campagne.


Comment la France devrait réagir ? Améliorer ses protections, reproduire ce système ?
Traitant d'un autre sujet, Michel Godet s’insurge contre les mirages technologiques. Il s’en explique dans une tribune paru dans « La Tribune » (14 nov). Si la connaissance est bien le moteur de l’innovation, « ce n’est pas une raison pour cultiver le mirage technologique et la fuite en avant dans les dépenses de R&D ». L’innovation est aussi commerciale, organisationnelle et financière. Il rappelle que des études internationales prouvent qu’il n’y a pas de corrélation claire entre les dépenses R&D et les performances des entreprises !

Il faut donc aider les PME innovantes, aider à la production d’innovation à hautes valeurs ajoutées, former les jeunes au gout de la création d’entreprise, de l’innovation et de la vente.

Car conclue Michel Godet « il n’est de richesse que d’hommes éduqués ». Et s'ils sont écoutés par les grandes oreilles de l’oncle Sam, ce n’est pas si grave. Rappelons-nous que l’écoute est passive. Seule la création est constructive.

Jérôme Bondu

 * Quasi intégralité d’un article d’Yves Grandmontagne issu de
Silicon.fr

 

Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique
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