Gestion des risques

Vendredi 2 novembre 2007 5 02 /11 /Nov /2007 14:38

Une enquête effectuée par Ciao Surveys à la demande de McAfee *, prouve que les utilisateurs d'un ordinateur sont peu méfiants et très prédictibles au niveau du choix des mots de passe.

Peu méfiants, car :
- un peu moins de 25% des personnes interrogées utilisent simplement le même mot de passe pour tous leurs comptes en ligne,
- 42% ne modifient jamais leur mot de passe,
- Quasiment 33% des participants à l'enquête choisissent encore et toujours des mots de passe de six signes maximum,
- 22% n'utilise que des lettres.

Très prédictibles, car se sont souvent les mêmes mots de passe qui sont choisis:
1. Nom de l'animal domestique
2. Un hobby
3. Le nom de jeune fille de la mère
4. La date de naissance d'un membre de la famille
5. Sa propre date de naissance
6. Le nom du/de la partenaire
7. Son propre nom
8. Le club de football préféré
9. La couleur préférée
10. Le nom de la première école

Le problème c’est que l’on trouve ces informations assez facilement sur les sites de réseaux sociaux. 
A bon entendeur ...


Jérôme Bondu
 * Source : 17 octobre 2007 -- Kristof Van der Stadt - Datanews.be

Par Jerome Bondu - Publié dans : Gestion des risques
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Lundi 29 octobre 2007 1 29 /10 /Oct /2007 16:34

Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu, Président du Club IES sur le thème :

LES NOUVEAUX TERRITOIRES DU RISQUE
Animé par André TARRAT

Conférence du 20 juin 2007 organisée par le Club Intelligence Economique et Stratégique - AAE IAE de Paris
En partenariat avec Lexis Nexis et le Club IE de l’AA ESIEE

1/ Présentation de l’intervenant
- André Tarrat possède une double Culture Public/Privé.
- D’abord Commissaire de Police, il est passé par la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) et le SCTIP (Service de coopération technique internationale de la Police).
- Il est aujourd'hui Directeur de la Sécurité chez Deloitte, l’un des quatre grands Cabinets d’Audit et de Consultants du marché mondial.
- Il est par ailleurs Délégué général du Centre d’études sur le blanchiment et la corruption en France et Conseiller auprès de la Fédération Internationale des Fonctionnaires Supérieurs de Police. Il intervient dans de nombreuses conférences et formations en France et à l’Etranger.


2/ Les fondamentaux du risque

2.1/ Rôle des « risk managers »
Introduisant son propos par une vision historique large, notre intervenant assure que les millésimes « 90 » ont depuis 400 ans modifiés le rapport au travail :
- S’il n’est pas nécessaire de revenir sur 1790, époque de la révolution française ; 1890, voit avec la révolution industrielle une modification importante dans la conception des « accidents du travail ». La nouveauté réside dans le fait que la victime devient un « détenteur de droits ». Avant, elle devait prouver que l’accident subi n’était pas de sa faute.
- 1990 voit l’apparition de nouveaux risques dans le monde des affaires. Si les risques concurrentiels étaient connus, les risques internationaux ont changé de nature, les risques criminels se sont amplifiés, et les risques contestataires (sociétaux et éthiques) sont apparus.
- Ces nouveaux risques sont qualifiés de non conventionnels ou spéciaux parce qu’ils ne relèvent pas de la sphère traditionnelle du management. Ce sont des risques intentionnels et organisés, à la différence des risques conventionnels, que l’entreprise sait gérer et que les assureurs savent évaluer (risques prévisibles et mesurables).

Cela rend la tâche d’un gestionnaire des risques (« risk manager ») d’autant plus ardue. Notre intervenant défini son rôle comme étant de produire de la connaissance dans un environnement stabilisé, et de la délivrer aux décideurs. Cela introduit un biais dans le jugement de leur action. Car la valeur de leur travail réside dans le regard porté sur l’information qu’ils délivrent. Problème que connaissent bien les professionnels de l’intelligence économique.

Le « risk manager » peut travailler sur les problèmes de sécurité et/ ou de sûreté. La sécurité étant du ressort de l’accident. La sûreté est de l’ordre de la malveillance. 

2.2/ Les acteurs du risque
Les assureurs cherchent à « objectiver le risque ». Le problème est qu’ils se basent sur l’expérience, donc sur le passé. Or cela n’est pas un positionnement pertinent dès qu’il s’agit d’envisager de nouveaux risques.

Les professionnels du droit ont une place de plus en plus importante : Dans un environnement très concurrentiel, explique André Tarrat, on renforce le droit. Car c’est le seul moyen de régler les litiges.

La main invisible des économistes, renforce le rôle des actionnaires. La création de valeur est de ce fait moins rattachée à du « concret » et plus à la finance. Cette volatilité financière induit de nouveaux risques.

Ces derniers éléments entraînent une réflexion sur la composition des équipes : Notre intervenant qui a une expérience public / privé en France et à l’international, insiste sur l’importance du recrutement dans la composition des équipes de gestion des risques. Un des dangers réside dans l’uniformité (la consanguinité pourrions-nous dire) des profils. Si la spécialisation augmente certainement la profondeur de vue, cela réduit aussi presque automatiquement la largeur du spectre du champ de compétence. A ce titre, la complémentarité des profils permet d’élargie ce spectre, jusqu’à obtenir -dans l’idéal- une couverture à 360 degrés. Les Anglo-Saxons sont plus ouverts à ce niveau que nous. André Tarrat a narré une expérience qu’il a eu en Angleterre, où dans une équipe de risque managers, avait été intégré un … clown ! Avec une efficacité tout à fait remarquable dans certaines situations qui demandaient une vision différente.


3/ Quels sont les nouveaux territoires du risque ?

La gestion du risque évolue. Et cela entraine un certain nombre de paradoxes :

3.1/ D’abord, le travail de gestion des risques génère de la contradiction que l’intervenant résume sous cette forme volontairement provocante : « plus on résout de problèmes, plus on en créé ». Cela se comprend aisément, car notre seuil d’exigence varie selon l’environnement dans lequel nous sommes. Pour dire la même chose autrement : plus nous vivons dans un l’environnement clément ou sécurisé, plus nous ressentons l’insécurité résiduelle comme « intolérable ».

Une attitude cynique serait pour le risk-manager, de laisser dégénérer une situation qu’il sait pourvoir maîtriser, pour la résoudre au moment opportun. Ce qui aurait pour double effet de garder un sentiment de sécurité assez bas (et donc d’être paradoxalement moins exigeant), et de pouvoir prouver à intervalle régulier des résultats visibles.

3.2/ Second point, la gestion des risques ne peut se satisfaire d’une prise en compte uniquement des risques déjà connus. Il faut imaginer, plus que comptabiliser. Or cela implique souvent un conflit entre le court terme et le long terme. La projection dans l’avenir et la réflexion sur les risques futurs, nécessitant des moyens différents, difficilement justifiable sur le court terme.

Dans le même ordre d’idée, il est difficile de répondre simplement aux questions que le risque manager ne manque pas de recevoir. La gestion des risques est un terrain mouvant. Les zones à risques changent, et si aujourd’hui une place (ville, région, pays) est sûre, elle peut rapidement être déclassée. Les perceptions aussi sont trompeuses. Ainsi notre intervenant cite la statistique suivante : la ville d’Alger est plus sûre actuellement que les Universités américaines. On compte dans la première 32 morts annuels, contre 33 pour les campus américains. Bien évidemment la surface géographique n’est pas la même, ni le nombre de personnes impliquées, mais cela donne un avant goût de la complexité des recommandations qu’un risk manager peut être amené à donner.

3.3/ Troisième point, c’est plus la personne que la place où l’on envoi un collaborateur qui est à prendre en compte. Le plus grand générateur de risque réside pour un expatrié dans une attitude déplacée, décalée par rapport à un environnement. Ainsi, André Tarrat pointe du doigt trois traits de caractère dangereux :
- l’insouciance,
- la routine,
- l’arrogance.
Pour ce dernier élément, l’intervenant a forgé avec humour un sigle qui symbolise l’attitude extrême : l’EGA ou « Enfant Gâté Arrogant ». Il caractérise les EGA comme des personnes qui fonctionnent dans leur bulle et qui l’imposent ailleurs. Il cite notamment le cas où des expatriés EGA, se trouvant dans une situation difficile à l’étranger, ont appelé … « police secours » !

Le point suivant a aussi trait à un élément psychologique. L’intervenant assume que « quand on ne maîtrise pas une situation, on a tendance à la nier ». Ce déni de réalité, figure parmi les dangers les plus importants de la gestion des risques, car ce processus psychologique est invisible pour celui qui en est « victime ». Cela peut être individuel ou collectif.

D’où un travail constant de remise en cause de son savoir, qui contribue à complexifier une tâche déjà ardue.


4/ Comment gérer ces nouveaux territoires du risque ?

Les commerces illicites, comme celui de la drogue (l’un des plus importants commerces de la planète), sont générateurs de risques. L’arsenal de répression évoluant sans cesses, les techniques évoluent de concert. Nous sommes bien là au cœur de nouveaux risques.

Dans le domaine spécifique de la chasse aux stupéfiants, un constat d’échec a été fait par les gouvernants. Trouver les laboratoires, arrêter les transports de marchandise n’a pas été concluant. Et à l’image de la guerre victorieuse contre Al Capone, comme il n’a pas été possible de traquer les stocks, il a été décidé de traquer les flux financier . D’où les renforcements récents des lois sur le contrôle de l’argent sale. La dynamique intitulée « know your customer » oblige les établissements financiers à vérifier que les sommes déposés ont une origine « propre » et que les personnes ne sont pas « exposées » aux pratiques de la corruption (Personne Politiquement Exposée – PPE ou PEP).

De plus en plus de structures sont soumises à la déclaration de soupçons. Outres les acteurs « logiques », que sont les banques, casinos, et autres structures qui brassent d’importantes sommes d’argent, les professionnels du chiffre (par exemple les experts comptables) et les professionnels du droit (avocats) doivent aussi déclarer leurs soupçons sur une transaction ou un client.

Cette obligation impose de pouvoir prouver que l’on a fait le maximum de recherche d’information pour s’assurer de la légalité de la procédure.

L’implication des juristes est une arme à double tranchant. Les avocats peuvent être de parfaits informateurs. Il n’y a rien de mieux pour avoir des informations sur des concurrents que de provoquer un procès en pénal. Procès durant lequel, la partie attaquée devra présenter autant de documents que possible pour se défendre. Or, les pièces d’un procès sont publiques.

La frontière entre le légal et l’illégal n’est pas étanche. Sans compter que le droit en général, et pas seulement le Droit des Affaires, est de plus en plus d’inspiration Anglo-Saxonne (c’est un autre des avatars de la globalisation). Ce qui renforce le flou qui peut entourer cette dynamique.


5/ Conclusion

Sur les dernières années, la Qualité a été diffusée dans toute l’entreprise comme facteur structurel de performance.
L’ensemble des éléments présentés par André Tarrat, l’incite à penser que c’est la gestion des risques qui sera demain la « culture dominante » qui devra être maîtrisée par chacun, à tous les niveaux. C’est une préoccupation grandissante, en même temps qu’un enjeu de performance, voire la survie de l’entreprise.


Jérôme Bondu

Par Jerome Bondu - Publié dans : Gestion des risques
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Dimanche 28 octobre 2007 7 28 /10 /Oct /2007 20:50

Jean-Marc Picard est intervenu au Club IES le 10 avril 2003.

En guise de compte rendu, M. Picard avait accepté la diffusion aux membres du Club d’un article co-écrit avec Me Fremaux sur le "concept d’actions précautives". Le concept d’actions « precautives » correspond à l’impacts du principe de précaution sur l’assurance qualité en matière de sécurité et de responsabilité. Vous trouverez ci-dessous le résumé de cet article.

Biographie (2003) :
Jean-Marc Picard est enseignant chercheur à l'Université de Technologie de Compiègne, où il enseigne le génie industriel et plus précisément l'assurance qualité et le contrôle industriel. Il est un des spécialistes des systèmes de management intégré et donc de la certification de systèmes: ISO 9001, ISO 14001, OHSAS 18001.
Auditeur de l'Institut des Hautes Etudes de la Sécurité Intérieure (IHESI), ancien vice-président des auditeurs, membre de la commission d'audit interne du Comité Français pour l'Accréditation (Cofrac), membre de la commission normalisation du Medef, il a écrit de nombreuses publications et vient de publier dans le cadre d'un travail collectif "Les nouveaux chemins de l'énergie" chez Alphares.

Résumé de l’article:
L’assurance Qualité prend le pas sur la réglementation. La normalisation a permis des gains en qualité et en sécurité. La sécurité relève du domaine réglementaire. Mais ce dernier s’appuie de plus en plus sur la normalisation. L’assurance qualité doit supporter la garantie de sa conformité à des exigences spécifiées. Cette notion est remise en cause par le principe de précaution. Il s’agit de garantir la conformité par rapport à un risque identifié selon un principe de suspicion légitime. Le principe de précaution renverse la charge de la preuve. L’assurance qualité s’en trouve bouleversée. Les auteurs proposent d’intégrer ce principe par la notion d’actions « précautives » différentes des « actions préventives ». C’est une évolution voire une révolution pour la conception des produits et pour l’organisation de l’entreprise.

Par Jerome Bondu - Publié dans : Gestion des risques
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Lundi 22 octobre 2007 1 22 /10 /Oct /2007 21:32

On parle beaucoup de corruption en ce moment. C’est l’occasion de se poser quelques bonnes questions :

Quelle est l’étendue de cette pratique ?
- Selon la dernière enquête de PwC (1) 43% des 5400 entreprises interrogées dans 40 pays se disent victime de fraude. Au total, la criminalité économique déclarée aurait engendré 3,1 milliards d’euros de pertes. Le coût moyen de la fraude par entreprise est de 1,6 millions d’euros. La perte est sèche dans 62% des cas. Que recouvre la fraude : détournement d’actifs (33%), contrefaçon (15%), et corruption (13%).
- La France est mauvais élève. Pour l'ONG Transparency International, notre pays stagne dans sa lutte contre la corruption, et siège à la 19ème place sur 90 pays dans son classement de perception de la corruption.
- Le livre de Roger Lenglet « Profession Corrupteur » (2) traite entièrement de cette pratique délictueuse. Il estime lui que cela coûterait 30 milliards d’euros à la France, soit ¾ du déficit annuel de l’Etat.

Qui en sont les auteurs ?
- L’auteur de « Profession Corrupteur » décrit les métiers qui versent dans ces pratiques illégales, au premier rand desquels on trouve … le lobbying, « le lobbying sans la corruption, ce n’est plus rien » (3), les agences de renseignements ou de sécurité privées. Il n’est pas le seul. Beaucoup d’articles qui traitent du sujet évoquent le lobbying.
- Pour avoir organisé deux conférences au sein du Club IES pour dés-stigmatiser cette profession, j’avoue être assez perplexe. Il est certain que l’on doit trouver des brebis galleuses dans cette profession, mais de là à généraliser. France Soir écrit « certaines dérives de ces groupes de pression (…) leur donnent une image pour le moins sulfureuse. En particulier en France où des cabinets de lobbying ont trempé, dans les années 80 et 90, dans des scandales sanitaires, par exemple, celui de l’amiante, dont ils avaient cherchés à minimiser la portée » (4). Il est à mon avis plus intéressant de parler de dérive, que de mettre à l’index une profession. Comment ensuite faire du lobbying « positif » à Bruxelles. La France va rester sous représentée avec les conséquences que l’on connaît.
- Les racines de la corruption ne se situent pas dans une profession (lobbying ou autre) mais dans un état d’esprit. Et c’est cet état d’esprit doit être modifié avec des moyens appropriés.

Que faire contre la corruption ?
Roger Lenglet donne quelques pistes :
- Promouvoir le rôle des militants associatifs qui mettent leur nez partout, et fouillent avec opiniâtreté jusqu’à dénicher des « affaires ».
- Renforcer la loi, avec par exemple la proposition de l’association Anticor (5) consistant à rendre inéligible à vie tout décideur politique qui aurait été jugé coupable de corruption, et d’interdire tout marché public pendant une certaine durée à tout entreprise qui aurait corrompue.
- Le site Rue 89, rappelle par sa part que cela fait deux ans que le France doit adopter la Convention de Mérida (2005) qui règlemente la corruption des agents publics étrangers, qui comporte tout un arsenal préventifs et répressif à l’échelle internationale. (6) On voit que quelques solutions sont entre les mains des législateurs ! Sans doute ceux-là mêmes qui sont la cible des corrupteurs !

Mais ce n’est pas si simple.
- Eva Joly dans une interview dans Télérama rappelle les liaisons dangereuses que « la France entretient avec certains pays africains dont elle soutient les dirigeants corrompus au nom des intérêts économiques de ses entreprises ». Evidemment, quand le mauvais exemple vient d’en haut. Cette femme avoue avoir trouvé son travail « surhumain ». « On ne vit pas sept années avec une telle pression sans dommages ni sans être confrontée à tous ces sentiments ». (7)
- Rue89 renchérit « les moyens consacrés à la grande délinquance financière n'ont cessé de diminuer. Baisse d'effectifs dans les brigades spécialisées, pressions diverses sur les juges du pôle financier et enfin cette déclaration étonnante du président de la République devant les patrons du Medef, le 30 août dernier: "La pénalisation de notre droit des affaires est une grave erreur, je veux y mettre un terme". »

Comme le dit Roger Lenglet « les incorruptibles seraient exceptionnels » !

Jérôme Bondu

Sources :
(1) La tribune du 17 octobre
(2) On pourra lire avec intérêt la biographie de Roger Lenglet, philosophe et journaliste d’investigation. Son parcours est très intéressant.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Lenglet
(3) http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=30042
(4) France Soir du 20 septembre
(5) Anticor, association à laquelle appartient Roger Lenglet et le juge Eric Halphen, et présidé par Séverine Tessier
http://anticor.wordpress.com/
(6) http://www.rue89.com/2007/10/09/lassemblee-fait-un-petit-pas-contre-la-corruption
(7) Télérama du 26 octobre 2007. Elf, une affaire, deux femmes.

Par Jerome Bondu - Publié dans : Gestion des risques
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Dimanche 21 octobre 2007 7 21 /10 /Oct /2007 10:59
Article de Jérôme Vialatte

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Cet article faisait partie du numéro spécial sur l’IE de la Revue de l’Association des Diplômés de l’IAE de paris. Ce numéro 170 paru en mai 2003, intitulé « Intelligence Economique, un outil au service de la compétitivité », a été coordonné par Jérôme Bondu.
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Cet article souhaite montrer, d'après l'exemple irakien tiré de l'actualité, comment des entreprises françaises peuvent utiliser l’Intelligence Economique (IE) pour s’adapter à un contexte inhabituel, et plus particulièrement aux menaces de boycott américain . Précisons d'abord que l'IE ne fera pas de miracles : si bonne que soit la mise en oeuvre des principes d'IE cela ne compensera jamais complètement un rapport de force disproportionné . Par contre cela peut contribuer à en limiter les conséquences. Ainsi, pour le marché de la re construction en Irak , il serait possible de persuader les Etats-Unis de choisir des sous-traitants non américains .
Un exemple du manque de lisibilité de la situation actuelle est donné par les politiques divergentes des pétroliers : relations USA-nouveau gouvernement (Exxon Mobil), intégration dans un plan d’ensemble (Unocal), association-agreement entre compagnies (Total Fina Elf) .

La situation de crise 

La nature de la situation actuelle peut se résumer en quelques caractéristiques. Un rapport de forces fortement défavorable (ici hostilité de la puissance dominante ou d'une partie d'entre elle). Instabilité et illi-sibilité de la situation. Ces éléments caractérisent bien une situation de crise.
Les entreprises concernées sont nom-breuses, et regroupent tant des exporta-teurs-importateurs (la France fut le premier exposant à la Foire Internationale de Bagdad fin 2001) que des sous-trai-tants (contrat Sodexho pour le Pentagone).Aux Etats-Unis, la ”french touch” (image de marque de raffinement) serait en fait plus visée que les groupes français, aux labels américanisés (Dannon pour Danone). 

Premier apport de l'IE : un travail sur les informations. 

Ces dernières sont toujours dirigées et sélectionnées. Cette règle vaut plus encore en tant de crise. Et il faut donc redoubler de vigilance dans la collecte et multiplier les recoupements d'informations.
Les outils de collecte automatique d’informations ne captent que difficilement les éléments de surprise. Il sont dont très mal adaptés aux crises, qui sont toujours des événements non prévus (par exemple, ce type d'outil n'a pas anticipé la procédure de sélection par l’USAID de 5 sociétés américaines en mars). 

Ceci posé, la collecte des informations prendra trois formes complémentaires :
- Activation ou réactivation de ses réseaux d'information. On pourra de même identifier de nouvelles personnesressources (experts militaires, pacifistes, kurdes, chiites…) Utilisation de nouveaux supports d'information : Il pourra être surveillé de nou-veaux supports (alertes ”spécial Irak”, weblogs de journalistes) et des sources inédites (think tanks, agences de développement, organismes humanitaires). De nouveaux produits de veille peuvent être élaborés, comme des points de situation sécuritaire.
- Utilisation des organismes français et européens : la DREE (Direction des Relations Economiques Extérieures), le CFCE (Centre Français du Commerce Extérieur), les Missions Economiques, les CCI à l'étranger (Chambres de Commerce et d'Industrie) pour ne citer que ces quelques exemples. On pourra aussi se tourner vers des structures moins connues comme l'Association Franco-Irakienne de Coopération Economique. Enfin, des cellules de crise ont été crées créées dès le début des opérations le 20 mars (L’Européenne d’Assurances, Ministère des Affaires Etrangères) 

Second apport de l'IE, la mise en place d'actions adaptées. Nous nous limiterons à trois points : 

- Création d'une cellule de crise : Une cellule de crise a pour objet d'accélérer les processus de prise et de mise en oeuvre des décisions. Pour cela, on pourra réunir un effectif peu nombreux composé de décideurs, d'informateurs et d'experts.
- Mise en place d'actions de lobbying. En France le Medef s’inquiète des boycotts et l’Elysée pense que les affaires reprendront sans problèmes durables. Les incertitudes juridiques pourraient pousser à saisir des occasions d’affaires : si l’un des opposants irakiens en exil a dénoncé le contrat d’exploitation de Majnoon (TotalFinaElf) comme illégal, le bras de fer ONU – administration Bush porte aussi sur le statut du pétrole.
- Appel à des intervenants spécialisés ou occasionnels. Durant la guerre, il pouvait être utilisé des prestataires ou services de renseignements pour des opérations sensibles (gel d’avoirs, rapatriement) ou pour savoir, par exemple, si des cartes fallacieuses ne sont pas en train d’être établies dans la zone pétrolifère de Majnoon (négociée par TotalFinaElf). 

De telles mesures ne réduiront pas à néant la crise, si elle éclate effectivement. Mais bien menées et par un nombre suffisant d'acteurs économiques coordonnés, elles pourront en réduire l'amplitude et la durée. 

Par Jérôme VIALATTE (mai 2003)

Jérôme Vialatte est docteur en Science Politique. Il l’enseigna au Mozambique et s’intéressa aux menaces de déstabilisation du royaume du Swaziland. Il s’est orienté vers l’Intelligence Economique (DESS d’IE de Marne la Vallée, major 2001), et exerce des missions de veille stratégique dans des grandes entreprises du secteur de la Santé et de la Pharmacie. Il est l’auteur de deux ouvrages, sur les partis Verts et le Swaziland.
Par Jerome Bondu - Publié dans : Gestion des risques
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