Gestion des risques

Vendredi 21 mars 2008 5 21 /03 /Mars /2008 10:06

M. Alain Bauer est intervenu au Club IES le 6 mars 2008. Voici le compte rendu de son intervention.

 

Nouvelles menaces : Etat des lieux

 

 

Biographie

- Alain Bauer est criminologue, et consultant.
Constitutionnaliste de formation, il rejoint l'Institut de Criminologie après avoir enseigné à l'IEP de Paris. Il enseigne aujourd'hui dans de nombreuses structures en France et à l'étranger (New York, Pékin, ...). Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages sur la criminalité.
- Il est également Président du Conseil d'Orientation de l'Observatoire national de la délinquance (depuis 2003) et de la commission nationale de la vidéosurveillance (depuis 2007).
- Le Président de la République et le premier ministre lui ont demandé de diriger une mission pour le rapprochement des instituts de formation, de recherche et d'analyse des questions de sécurité et stratégiques en Août 2007. Voir le billet "
Pour la création d'un Conseil de sécurité nationale" .
- Un précédent billet résume son dernier
ouvrage "Le nouveau chaos mondial"

 

 

Introduction

Les crises et les menaces ne sont pas vraiment nouvelles. Ce qui est nouveau, « c'est ce que l'on a en réalité oublié » ou ce que l'on ne veut pas voir.


Les nouvelles menaces
Deux phénomènes permettent de caractériser les nouvelles menaces : les mutations des structures criminelles, et la difficulté à nous adapter à ces mutations. La pensée stratégique n'a pas suivi les évolutions du monde criminel. En France durant le siècle dernier, la pensée stratégique a été d'abord polarisée sur la guerre froide, avant d'être « remplacée » par le concept de dissuasion nucléaire. Dans les deux cas, la détermination de l'ennemi, de l'adversaire et de ses motifs est clairement établie. Les attentas du 11 septembre ont remis à plat ces « idéologies ». Les rapports de force ont évolué. Nous sommes passés du « fort au faible » à une situation du « fort au fou ». L' « adversaire » appartient à ces nébuleuses sans hiérarchie pyramidale, ayant des mobiles plus difficiles à appréhender.

En outre, le crime s'est mondialisé, alors que les structures qui sont chargées de le réprimer subissent encore les frontières géographiques et culturelles. Même si les blocages que cela engendre sont à relativiser (car il y a en réalité deux dynamiques, l'officielle pleine de lourdeurs, et l'officieuse qui fonctionne « normalement ») les forces du droit ne jouent pas à armes égales avec le crime organisé.

 

Les organisations criminelles se sont hybridées, dans le sens où elles ont adopté un modèle d'organisation « libérale » (au sens économique). Elle pratique en effet tous les ressorts du « business » : le développement continu de l'innovation, la fixation des prix en fonction de l'offre et de la demande, « l'incentive » pour motiver les collaborateurs, la veille concurrentielle,… On estime à au moins 500 milliards de dollars le CA des entreprises criminelles.


Des zones se sont « sanctuarisés » avec une certaine « impunité ». Pour des raisons avouables et moins avouables, des trafics ont prospérés dans des zones clairement délimitées. Par exemple, le Corée du Nord est connue pour ses trafics de fausse monnaie. L'optimisation fiscale (euphémisme pour fraude fiscale) se développe au cœur et à la périphérie de l'Europe : Chypre, Balkans, Monaco, Iles Anglo-Normandes, … Au Moyen-Orient persiste le blanchiment.
Derrière les déclarations de bonnes intentions des pays qui veulent lutter contre ses pratiques, force est de constater la persistance de ces pratiques. On peut se demander si la création d'« argent sale », qui dynamise certaines ventes (depuis le matériel militaire jusqu'aux centrales nucléaires) n'est pas dans un sens … « toléré ».

La structure des organisations criminelles a muté. Certaines sont passées d'une organisation pyramidale à une organisation de type « nébuleux ». L'archétype est ce qu'on croit devoir appeler Al-qaida, que certains analysent encore à l'image de ce qu'à pût être l'IRA, avec un organigramme, des militants, … Il n'en est rien. Pour preuve, aucune organisation si bien structurée soit-elle ne peut subir la perte de 10 000 de ses membres sans être affecté. Al qaida est en réalité une nébuleuse, qui fédère des énergies, qui place sous sa bannière des criminels n'ayant pour seul point commun une « vision du monde ». Ainsi M. Bauer dira d'Al qaida qu'elle est en fait « une franchise, une mutuelle du crime ».

Al qaida est en même temps le réceptacle de nombreuses idées reçues. Pour commencer, ce n'est pas son vrai nom. Cette organisation s'appelle en réalité du nom du rapport édité par Oussama Ben Laden et Ayman al-Zawahiri « Front islamique mondial pour le Jihad contre les Juifs et les Croisés ». Le nom « al qaida » a été donné par un magistrat américain sur la base d'une interception téléphonique d'un suspect mentionnant tout simplement « la base ». Comme il aurait pu dire - souligne avec humour M. Bauer- « Chez Grand Mère » ou la « maison », …

Autre idée reçu, Ben Laden n'est pas le chef d'Al qaida. Il n'en est que le porte parole. La liste pourrait être longue. Le public (et même nombre de professionnels) n'ont pas de connaissance fine du sujet. On l'imagine plus qu'on ne l'analyse. La couverture médiatique de la conquête des grottes de Tora Bora en est un exemple. Loin d'accueillir des milliers de djihadistes ou d'héberger des installations dignes d'un chef de guerre, ces grottes se sont révélées être … de simples cavernes ! La fantasmagorie avait joué à plein pour en faire une cachette digne d'un « Dr No ».


En finir avec la cécité collective

Il y a trois réactions classiques devant les présentations souvent noires des criminologues : Négation, minoration, éjection.

 

Il y a dernière ces comportements classiques une forme de cécité volontaire. On veut voir le monde tel qu'on l'aimerait, plus que tel qu'il est réellement.
Pour soigner toute maladie, personne ne contestera qu'il faille d'abord porter un diagnostic avant de proposer une thérapeutique. Or dans le cas des « nouvelles menaces », il n'y a pas de diagnostic. Au contraire, il y a un effort important pour proposer des remèdes, et vendre des « quincailleries » alors que le « mal » n'est pas analysé. Pour illustrer cela, on peut rappeler l'aphorisme qui dit que « lorsque l'on a un marteau entre les mains, tous les problèmes ont la forme d'un clou ». M. Bauer rappellera avec humour un autre aphorisme qui illustre l'attentisme ambiant « il n'est pas de problème qu'une absence de solution ne peut résoudre ».

Pour avancer, il est nécessaire de réunir quelques conditions :

D'abord celui d'avoir un outil de décèlement précoce. La création de cet outil va de pair avec une Recherche dynamique. Or la recherche en France (au contraire des Etats-Unis) est moribonde sur le sujet.

Ce manque d'analyse est d'autant plus difficile à accepter que les « matériaux » existent. Cheikh Nasrallah, secrétaire général de l'organisation chiite libanaise Hezbollah n'a pas caché ses intentions. « Les règles du jeu ont changé » a-t-il dit pour signifier une volonté d'exporter la guerre hors de la zone palestinienne, et notamment en Europe.
Il faut donc lire, écouter, et accepter ce que disent les terroristes. Les « signaux faibles » (pour reprendre une terminologie d'intelligence économique) sont là !

Un des éléments qui empêche le décèlement précoce tient de l'inertie des administrations  d'Etat qui aiment les ennemis stables et bien connus. Détecter des alertes, casser la routine, équivaux à « poser des problèmes » à la hiérarchie et ce n'est pas bon pour la « carrière des gens » rappelle M. Bauer.

 

Comme Conan Doyle l'a fait dire à Sherlock Holmes « une fois l'impossible exclu, ce qui reste, même improbable, doit être la vérité ».

Se préparer à la crise n'empêche pas la crise d'arriver, mais permet d'y survivre.

 

Jérôme Bondu

NB : Le compte rendu de la conférence paraitra dans la "Revus d'études" éditée par Demos, et dont le rédacteur en chef est le Général Jacques Larchet.  

 

 

Par Jerome Bondu - Publié dans : Gestion des risques - Communauté : Veille stratégique
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Dimanche 24 février 2008 7 24 /02 /Fév /2008 14:17
MM. Bernard Besson et Jean Claude Possin m’ont fait l’honneur d’écrire un article pour Inter-Ligere. Les auteurs de « l’Intelligence des Risques » (ouvrage que j’ai eu le plaisir d’éditer en tant que directeur de l’IFIE Editions) reviennent sur la nécessité de prendre en compte tous les types de risques possibles, et notamment les risques managériaux, pour avoir la vision la plus globale possible. Cette vision « englobante », ne souffre pas de cloisonnement, et impose un travail collectif, qui n’est pas sans rappeler celui de l’intelligence économique.
 
 
Veuillez trouver ci-dessous, le cinquième et dernier billet.
 
Jérôme Bondu
 
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La hiérarchisation des risques dans un panorama d’ensemble
 
 
Le directeur de la gestion des risques (véritable risk manager) doit fournir à l’organisation un panorama complet et hiérarchisé de tous les risques et menaces qui la concerne.
 
Ces risques seront périodiquement revisités, réévalués et remis à jour et comparés les uns aux autres en fonction de leur criticité pondérée.
 
La criticité pondérée d’un risque se calcule selon une formule mathématique simple (13) que nous proposent MM Geiben et Nasset dans le domaine de la sécurité. Il nous paraît possible et souhaitable d’étendre ce mode de calcul à l’ensemble des risques et des menaces.
 
La criticité d’un risque est égale à sa fréquence que multiplie sa gravité.
 
Criticité = Fréquence (F) x Gravité (G)
 
Fréquence et gravité n’ont pas la même signification selon les secteurs ou les branches professionnelles. Un défaut de fabrication dans l’industrie aéronautique n’a pas la même gravité qu’un défaut de fabrication dans le domaine de la pâte à papier. La fréquence des accidents n’a pas la même portée dans le domaine hospitalier que dans le domaine agricole.
 
Chaque entreprise et chaque communauté de risqueparticipe à l’élaboration de coefficients de pondération de la fréquence (Fp) et de la gravité (Gp) qui tiendront compte du chiffre d’affaire, des normes d’une profession, des réactions de la clientèle, de la culture de l’entreprise et de son environnement économique.
 
La criticité pondérée d’un risque sera dès lors égale à sa fréquence pondérée multipliée par sa gravité pondérée.
 
Cp = Fp x Gp
 
L’intelligence des risques, véritable « GPS » d’identification et de localisation des risques dans l’entreprise, est née de l’observation « in situ » des besoins de l’entreprise en matière de gestion des risques. Elle offre sans prétention scientifique un langage commun aux acteurs internes et externes de la prévention.
 
L’ouvrage propose en outre les outils de modélisation et de gestion juridique et éthique des risques, (mise en place de la mission protection, charte de sécurité/sûreté, le schéma directeur, la délégation de pouvoir, etc.
 
Il prône une nouvelle vision de la cellule de crise. Les rôles respectifs du délégué général à l’intelligence économique (DGIE)  et du Directeur de la gestion des risques (DGR) y sont précisés.
 
Des exemples significatifs permettent d’aborder la prévention de risques réputés difficiles comme le risque financier, le risque terroriste, la contrefaçon, l’espionnage industriel et concurrentiel, le risque sectaire… La démarche démontre l’obsolescence des approches classiques dans le domaine de la protection et de la sécurité économique. C’est la fin de l’entreprise bunker.
 
L’intelligence sociale développéepar Stevan Dedidjer (14) , un des pionniers de l’IE qui inspira de nombreux experts, « L’intelligence verte » -L’agriculture de demain - de Philippe Desbrosses –Editions du Rocher 1997- , l’intelligence politique rubrique d’Intelligence Online, L’intelligence des risques, comme l’intelligence juridique de Maitre Thibault du Manoir de Juaye (15) , « L’intelligence commerciale » de Louis Hauser, Ifie août 2006, L’intelligence des banlieues de Corinne Prezelj, Hervé Azoulay et André Added, – Ifie avril 2007, demain « L’intelligence décisionnelle (16) »… ouvrent des perspectives professionnelles, un approfondissement d’enseignements spécifiques et une arborescence nouvelle à l’intelligence économique dont elles sont issues. Ces sujets de conversation, voire de polémiques qui annoncent la naissance de nouveaux métiers seront, n’en doutons pas, le ciment fécond d’une véritable transformation sociétale fondée sur le partage d’ informations et de concepts émergents hyperspécialisés.
 
La participation active de l’Association des Mangers du Risque et de l’Assurance en Entreprise (AMRAE) aux travaux du groupe Métiers et Compétences du Haut Responsable à l’Intelligence Economique conforte sur un plan méthodologique et « politique » la pertinence de la démarche entreprise.
 
Les professionnels du risque reconnaissent dans ce concept une vision capable de renouveler les pratiques et l’horizon de leur métier.
 
Nous ne pouvons que nous en réjouir.
 
Bernard Besson et Jean Claude Possin
 
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Jean Claude Possin est Vice Président du Groupe Intelligence Economique de l’INHES.
 
Bernard Besson est chargé de mission auprès de M. Alain Juillet Haut Responsable à l’Intelligence économique (HRIE).
 
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(13) Geiben B, Nasset JJ ; ouvrage déjà cité.
 
(14) Né à Sarajevo en 1911 le Dr Dedidjer est décédé le 14 juin 2004 à l’âge de 93 ans. Pionner de l’IE, il inspira de très nombreux experts internationaux. « Il écrivit un premier texte sur l’intelligence sociale aux Etats Unis, au collège Darmouth en 1972. Puis après avoir publié plus de 250 articles sur le thème de l’intelligence il rédigea une communication « Développement et intelligence, 2003- 2053 » présentée à Zagreb dans sa ville natale en 2003. Cette communication sera la dernière, c’est un testament tourné vers l’avenir, son obsession. Il y formule les question suivantes « Comment évolue l’humanité ? Quel est le rôle de l’intelligence dans cette évolution ? Dans quelle direction l’intelligence évoluera-t-elle ?... » Extrait de l’article de Philippe CLERC, Président de l’AFDIE Regard sur l’IE N°5 septembre/octobre 2004.
 
(15) « Le droit pour dynamiser votre business » Stratégies judiciaire, stratégie de protection du patrimoine, stratégie d’alliance et de pouvoir. Edition d’Organisation. Sept 2004
 
(16) En cours d’élaboration, Titre déposé.
Par Jerome Bondu - Publié dans : Gestion des risques
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Samedi 23 février 2008 6 23 /02 /Fév /2008 00:07
MM. Bernard Besson et Jean Claude Possin m’ont fait l’honneur d’écrire un article pour Inter-Ligere. Les auteurs de « l’Intelligence des Risques » (ouvrage que j’ai eu le plaisir d’éditer en tant que directeur de l’IFIE Editions) reviennent sur la nécessité de prendre en compte tous les types de risques possibles, et notamment les risques managériaux, pour avoir la vision la plus globale possible. Cette vision « englobante », ne souffre pas de cloisonnement, et impose un travail collectif, qui n’est pas sans rappeler celui de l’intelligence économique.
 
 
Veuillez trouver ci-dessous, le quatrième billet.
 
Jérôme Bondu
 
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Le calcul des risques
 
Le risque est à la fois endogène et exogène, interactif et polymorphe. Sa prévention ne peut relever que de l’intelligence collective de ses victimes potentielles. Il existe cependant une manière, de réfléchir, d’anticiper et de décider ensemble.
 
Chaque risque ou menace s’assimile à une communauté de personnes appartenant au dedans et au dehors de l’entreprise. Chaque risque devient alors un réseau de connaissance, d’analyse/synthèse, de connivence, d’échanges et de décisions rassemblant des spécialistes, des témoins, des victimes.
 
Ces réseaux sont par principe inachevés et illimités. Le risque ainsi commenté et analysé alimente une mémoire spécifique, elle aussi inachevée et située à la fois au-dedans et au dehors de l’entreprise.
 
Chaque menace devient ainsi une économie de transactions de données et d’alertes qui alimentent une base  de données décisionnelles.
 
Le risque incendie d’une entreprise industrielle rassemble dans une même communauté des personnes aussi variées que le technicien de la sécurité incendie, les services de contrôle (la Socotec par exemple), de secours de la commune, les services de la sécurité civile, la police, la médecine du travail, l’inspection du travail, le service de gardiennage, les experts et consultants en sécurité incendie, les assureurs, le service de la voirie de la municipalité, les entreprises sous-traitantes, l’inspection départementale des installations classées, le comité d’hygiène et de sécurité, le comité local de prévention des risques industriels, la veille juridique de l’entreprise, la veille normative de la branche professionnelle à laquelle appartient l’entreprise, etc.
 
La gestion des risques relève de l’animation et de la coordination par le Directeur de la gestion des risques (DGR) de ces communautés d’acteurs. Cette animation repose essentiellement sur la circulation de questions et de réponses, sur la fabrication de connaissances inédites débouchant sur des prises de décisions.
 
L’entreprise se protège en fusionnant la gestion traditionnelle des risques et le système d’intelligence économique. Si celui-ci n’existe pas encore la mission de protection se dotera comme nous l’avons dit précédemment de son propre système d’information de gestion des risques (SIGR ) (12) .
 
Les audits de sécurité/sûreté montrent que l’entreprise vient la plupart du temps à l’intelligence économique par le biais d’un accident ou d’une catastrophe. C’est cette réalité constatée par les auteurs sur le terrain qui les a conduit à fusionner les deux approches dans un même ouvrage.
 
Pour être crédible, la sécurité doit devenir une sécurité partagée par le plus grand nombre d’acteurs permanents ou occasionnels. Cette multiplication des perceptions et des interprétations implique une coordination et une centralisation à des fins de d’évaluation et de hiérarchisation.
 
Risques et menaces sont réduits à partir du moment où ils sont nommés et calculés. Un risque dont on parle est un risque en partie maîtrisé.
 
 
L’intelligence des risques est un langage transversal qui permet aux différentes directions et unités de l’entreprise de communiquer entre elles et avec l’extérieur. Ce langage est transposable dans le domaine public et permet de bâtir l’intelligence des risques d’un territoire, d’une communauté de communes, d’un pôle de compétitivité ou d’une branche professionnelle.
 
Bernard Besson et Jean Claude Possin
 
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Jean Claude Possin est Vice Président du Groupe Intelligence Economique de l’INHES.
 
Bernard Besson est chargé de mission auprès de M. Alain Juillet Haut Responsable à l’Intelligence économique (HRIE).
 
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(12) Ce que préconise les gestionnaires de risques « Fonction : Risk manager » déjà cité de Catherine Véret et Richard Mekouar. Dunod janvier 2005
 
Par Jerome Bondu - Publié dans : Gestion des risques
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Vendredi 22 février 2008 5 22 /02 /Fév /2008 07:00
 
MM. Bernard Besson et Jean Claude Possin m’ont fait l’honneur d’écrire un article pour Inter-Ligere. Les auteurs de « l’Intelligence des Risques » (ouvrage que j’ai eu le plaisir d’éditer en tant que directeur de l’IFIE Editions) reviennent sur la nécessité de prendre en compte tous les types de risques possibles, et notamment les risques managériaux, pour avoir la vision la plus globale possible. Cette vision « englobante », ne souffre pas de cloisonnement, et impose un travail collectif, qui n’est pas sans rappeler celui de l’intelligence économique.
 
Leur article va être posté en 5 billets : 
1-
Les quatre familles de risques
2- Le risque sécuritaire global
3- La dimension collective des risques
4- Le calcul des risques
5- La hiérarchisation des risques dans un panorama d’ensemble  

Veuillez trouver ci-dessous, le troisième billet.
 
Jérôme Bondu

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La dimension collective des risques
 
Pour le système d’intelligence économique chaque risque, quel qu’il soit, est avant tout une information que l’entreprise a ou n’a pas, qu’elle peut recueillir et analyser afin de décider et de prévenir.
La démarche d’intelligence économique rejoint ici la démarche habituelle des cindyniques (8).
 
Pour les sciences du danger, chaque incident, accident ou crise majeure s’analyse par des défauts dans le recueil, l’interprétation, la transmission et la prise en compte de l’information.
 
A cet égard la catastrophe du tunnel sous le Mont Blanc ou la faillite commerciale d’une entreprise s’expliquent de manière identique. Un processus cognitif et décisionnel est interrompu. Des informations ont manqué ou n’ont pas été transmises. Transmises, elles n’ont pas été lues ou correctement interprétées. Analysées, elles n’ont pas été prises en compte.
 
Les gestionnaires et praticiens (9) du risque disent tous combien la maîtrise de l’information est le préalable incontournable de la gestion des risques. C’est ainsi que dans leur ouvrage C. Veret et R. Mekouar « Fonction : Risk Manager » préconisent de doter l’entreprise d’un « système d’information de gestion des risques (SGIR) ».
La similitude des approches entre gestion des risques et démarche d’intelligence économique est incontournable. Elle fonde les concepts d’intelligence des risques et de risque sécuritaire global.
 
 
 Ces deux concepts ouvrent de nouvelles finalités au système d’intelligence économique (10) . Elles permettent d’identifier, de calculer et de hiérarchiser les risques à partir de leur fréquence, de leur gravité et de leur probabilité d’occurrence.
 
Elles accompagnent leur prévention, leur réduction voire leur éradication.
 
Le traitement commun et généralisé des risques de sécurité, de sûreté, environnementaux et managériaux se fonde sur une réalité parfois cruelle. Trois exemples :
 
- Le drame de la navette Columbia (11) illustre de manière spectaculaire l’interférence des risques de sécurité et de management. Selon le Columbia Accident Investigation Board (CAIB) les spécialistes de la gestion des risques de la NASA avaient depuis longtemps signalé les risques inhérents à la chute d’isolants provenant du réservoir externe sur les ailes de la navette.
A huit reprises, des informations orales et écrites permettant de prendre conscience de la fréquence et de la gravité de ce risque ont été négligées.
Ce sont, au dire des conclusions de l’enquête, les cloisonnements entre les différents métiers, entre les certitudes des uns et des autres, entre les sources d’information qui ont tué les sept astronautes.
Beaucoup plus que la détérioration du bouclier thermique c’est la conjonction des risques de sécurité et de management qui a été à l’origine du drame. L’absence de vision globale explique beaucoup de disfonctionnements graves et de catastrophes.
 
- Les conséquences du tsunami du 26 décembre 2004 trouvent une partie de leur explication dans la conjonction de risques environnementaux (région à forte activité sismiques), managériaux, (défaut d’investissement dans des systèmes d’alerte) de sécurité (édifices sans normes para sismiques) et de sûreté (corruption des maîtres d’ouvrage).
 
- De façon moins spectaculaire mais tout aussi vraie la baisse de performance d’une entreprise s’explique souvent par la convergence, de risques provenant de plusieurs familles :
 
L’entreprise est victime d’un risque de taux de change sur une devise étrangère (risque managérial), d’une panne de son système d’information (risque de sécurité), d’un vol de données informatiques (risque de sûreté), d’une pollution des eaux (risque environnemental).
 
La variété, l’interaction et l’évolution permanente des risques et menaces interdit malheureusement toute solution définitive. Le risque zéro n’existe pas et aucune gestion des risques aussi performante soit-elle ne mettra totalement l’entreprise à l’abri d’une crise.
 
L’imprévisibilité partielle demeure un facteur incontournable même si la prise en compte d’informations validées et l’élaboration de scénarii catastrophes en limite l’occurrence et l’amplitude.
 
L’intelligence des risques n’est pas la solution infaillible qui permet de prévoir chaque accident ou incident. C’est un système cognitif transversal et collectif, une perception sensorielle qui permet de capter et d’interpréter des signaux faibles, des indices émergents comme des tendances lourdes.
 
Bernard Besson et Jean Claude Possin
 
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Jean Claude Possin est Vice Président du Groupe Intelligence Economique de l’INHES.
 
Bernard Besson est chargé de mission auprès de M. Alain Juillet Haut Responsable à l’Intelligence économique (HRIE).
 
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(8) Georges Yves Kerven Eléments fondamentaux des cindyniques Economica 1995. Les dangers font l’objet d’une science qui s’appelle les « cindyniques », du grec kindunos qui signifie danger.
 
(9) Geiben B, Nasset J J Sécurité, Sûreté, la gestion intégrée des risques dans les organisations. Editions d’organisation 1997. 
Roux-Dufort Ch., Gérer et décider en situation de crise, outils de diagnostic, de prévention et de décision. Dunod, 2ème édition 2003.
 
(10) Bernard Besson et Jean Claude Possin article sur   « Proposition de modélisation par l’intelligence économique de la gouvernance d’organisation » pages 311-333. Ouvrage collectif « Intelligence Economique et gouvernance compétitive » La Documentation Française, Juin 2006.
 
(11) « Le Monde », 28 août 2003 ; page 2 La NASA sévèrement mise en cause dans le drame de Columbia.
 
Par Jerome Bondu - Publié dans : Gestion des risques
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Jeudi 21 février 2008 4 21 /02 /Fév /2008 00:08
MM. Bernard Besson et Jean Claude Possin m’ont fait l’honneur d’écrire un article pour Inter-Ligere. Les auteurs de « l’Intelligence des Risques » (ouvrage que j’ai eu le plaisir d’éditer en tant que directeur de l’IFIE Editions) reviennent sur la nécessité de prendre en compte tous les types de risques possibles, et notamment les risques managériaux, pour avoir la vision la plus globale possible. Cette vision « englobante », ne souffre pas de cloisonnement, et impose un travail collectif, qui n’est pas sans rappeler celui de l’intelligence économique.
 
 
Veuillez trouver ci-dessous, le second billet.
 
Jérôme Bondu
 
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Le risque sécuritaire global
 
Les risques de management naissent le plus souvent d’une absence de stratégie, d’une mauvaise gouvernanceou d’une confluence d’événements mal maitrisés. Chacun peut faire l’objet d’une prévention particulière mais une vision d’ensemble permettra de prévenir l’interaction d’un risque sur un autre.
 
Le regard global n’a d’ailleurs aucune raison de se limiter aux risques managériaux. C’est l’ensemble et l’interaction de ces quatre familles de risques entre eux que l’organisation doit observer.
 
Ce que nous appelons le Risque Sécuritaire Global (RSG)(2) suppose une veille globale.
 
Le RSG est l’ensemble des risques recensés de Sécurité, de Sûreté, d’Environnement et de Management. Il se présente graphiquement soit sous forme de panorama, soit sous forme d’histogramme.
 
RSG (3) = ∑ R.Sécurité +∑ R. Sûreté + ∑ R. Environnementaux + ∑R. Managériaux.
 
Ce traitement global relève d’une vision et d’une décision stratégique prise au sommet de l’entreprise. Il s’agit d’associer dans un même système la mission de protection de l’organisation et la gestion des risques telle qu’elle est déjà pratiquée.
L’ouvrage (4) détaille le processus managérial et juridique qui permet d’associer les attributions du directeur de la gestion desrisques etdu délégué général à l’intelligence économique. Il retrace les étapes qui au sein de l’entreprise débouchent sur la mise en œuvre d’une véritable mission de protection dotée d’un statut de direction à part entière.
 
En tant qu’outil de management de l’entreprise, l’intelligence économique ouvre avec le concept « d’intelligence des risques » une nouvelle dimension à la gestion traditionnelle des risques.
Ce « traitement  processuel » dans lequel l’intervention humaine joue un rôle déterminant notamment dans la chaine informationnelle » selon l’expression d’Alice Guilhon le Fraper du Hellen (CERAM Sophia-Antipolis)(5) induit une économie d’échelle qui permet d’optimiser la recherche et le recueil des informations. Elle réduit les coûts de la protection (6) d’entreprise. L’organisation décloisonne la lecture traditionnelle de toutes les menaces qui pèsent sur elle (7) .
 
Bernard Besson et Jean Claude Possin
 
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Jean Claude Possin est Vice Président du Groupe Intelligence Economique de l’INHES.
 
Bernard Besson est chargé de mission auprès de M. Alain Juillet Haut Responsable à l’Intelligence économique (HRIE).
 
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(2) Les termes risque sécuritaire global (RSG) et Intelligence des risques sont des titres déposés et protégés par l’éditeur et les auteurs.
 
(3) Le RSG d’une entreprise est un chiffre qui correspond à la moyenne des criticités pondérées des risques retenus.
 
(4) Besson B, Possin J C L’Intelligence des risques, IFIE Editions janvier 2006.
 
(5) « Intelligence économique et gestion des risques » Michel Henri Bouchet et Alice Guilhon le Frapper du Hellen - Pearson Education- Juin 2007. Madame Alice Guilhon le Frapper du Hellen est Vice Présidente du groupe intelligence économique de l’INHES.
 
(6) Au sens général et habituel la sécurité est l’aptitude des organisations à prévenir la survenance d’événements graves, critiques ou catastrophiques. Elle concerne les personnes et les biens matériels et immatériels.
 
(7) Référentiel de formation en intelligence économique rédigé par la Commission Consultative Nationale réunie à l’initiative du Haut Responsable pour l’Intelligence Economique auprès du Premier Ministre et présenté au public le 23 mai 2005. L’Intelligence des risques s’inscrit dans la philosophie générale de ce document et notamment des pôles 3 et 4 respectivement intitulés : Management de l’information et des connaissances. Protection et défense du patrimoine informationnel et des connaissances.
 
Par Jerome Bondu - Publié dans : Gestion des risques
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