Lobbying

Mercredi 6 février 2008 3 06 /02 /Fév /2008 08:00
pinochio.jpg Pierre Servent, journaliste au Monde et à La Croix vient de faire paraitre un ouvrage intitulé « La trahison des médias ». Analysant avec précision un monde qu’il connaît bien -pour en être issu- l’auteur analyse en profondeur les mécanismes qui ont conduit le quatrième pouvoir à trahir son rôle.
 
L’auteur commence par un diagnostic sans concession. Notre démocratie est malade. Sa maladie ? La « médiatique » !
Paradoxalement, ce n’est pas la liberté des médias qui fait défaut, ni l’ancrage démocratique de notre pays. Une vieille tradition démocratique, avec une presse libre, peut enfanter un Léviathan médiatique.  : « Etrange paradoxe, pourtant, l’abus de média peut également plomber une démocratie ancienne, insidieusement, sans que l’on y prenne garde (…). La liberté absolutisée de la presse peut virer à une sorte de « totalitarisme » mental qui marginalise les autres pouvoirs » p12.
 
Comment en sommes-nous arrivé là ?
 
Premier élément du mécanisme : Les professionnels des médias, les journalistes, rédacteurs en chefs, ne remplissent plus leur rôle, celui pour lequel on les attend : l’analyse !
Il n’y a plus de traitement ni d’analyse. Il y a tout juste un émotionnalisation de l’information.
« A coup de chocs émotionnels et de vision binaires « bourreau – victime », ils donnent trop souvent de l’actualité une vision massifiée, à vocation totalisante, au sens où une information, une seule, occupe soudainement tout le champ visuel. Elle écrase les autres avant de céder sa place » p13.
Quand les médias tiennent une nouvelle idole, elle en diffuse l’image jusqu’à l’écœurement. Ce qui fait dire à Jean-François Khan « La presse « lèche, lâche et lynche » ses victimes » p16.
 
L’auteur dénonce aussi la tentation pour le journaliste de chercher le scoop, l’info qui dézinguera un politique en vue, voire un notable. C’est ce qu’il appelle la « chasse au gros ». La critique sera tous azimuts, et servira surtout à masquer une faiblesse de l’analyse, à masquer une incapacité à peser le pour et le contre. Si la devise des mousquetaires était « Un pour tous, tous pour un », l’auteur la détourne avec humour en « un pourri, tous pourris… » p81.
Pour masquer l’absence d’investigation, le manque d’analyse, le journaliste se fiera à son intuition, à ce qu’il sent du sujet. Le « feeling » remplace le raisonnement.
 
Cela est particulièrement vrai à la télévision, où l’émotion est devenue quasiment l’unique vecteur de « communication » avec les téléspectateurs.
Le menu du journal télévisé du 20h « déroule en début de soirée – devant presque deux Français sur trois – une litanie sans fin de drames sans aucun signe d’espérance. Litanie de maux, liturgie médiatique … léthargie démocratique » p19.
Pour ce média qui a une place à part dans notre société, l’auteur ne mâche pas ses mots : « Le journal télévisé, c’est vingt minutes d’angoisse et dix minutes de « c’était mieux avant » » (citation tirée d’une étude sur le sujet) p21.
« Les médias alimentent cette machine à déprime en ne traitant qu’une partie de la réalité, la plus noire. La plus fausse. » p21. « L’image qui se vend bien est l’image de mort. » p26 … On ne saurait être plus clair.
 
Mais ces éléments n’auraient pas cet effet aussi négatif si les médias n’étaient pas victimes de leur succès. Ils ont créé une caste de toxicomanes dépendants, les hommes politiques. Est-ce une circonstance atténuante ? Pas vraiment ! Ils seraient plutôt complices de cette addiction.
Le problème est la généralisation de l’idée qu’il faut être vu pour être en vie. Les politiques se comportent un peu comme ces produits dont le seul argument est d’avoir été « Vu à la télé ». L’important n’est pas de « savoir faire, mais bien de faire savoir ». Et l’auteur parle en des termes presque cliniques de « l’addiction de certains dirigeants à la drogue dure du petit écran » p33. La volonté de certains de ne rater aucune chance de passer à la télévision, surtout si c’est dans le cadre d’un événement « émotionnel » conduira à des spectacles déplorables.
En découle un terrible narcissisme des médias qui se croient ainsi faiseurs de rois. Les médias « confondent information et communication. Non au service d’une firme ou d’un parti – cette communication là est vite décelée-, mais au bénéfice de leur propre narcissisme » p27.
 
Troisième élément de cette mécanique : la marchandisation de l’information.
L’auteur rappelle le théorème de Patrick Le Lay (ancien PDG de TF1) selon lequel la première chaine française est surtout là pour « préparer les cerveaux à recevoir les publicités des annonceurs » p62. L’auteur tire les conséquences de ce simple mécanisme : « La complexité est à proscrire. C’est un coup à faire décrocher le spectateur, donc l’audimat et avec lui les annonceurs » p62.
Le besoin de simplification à outrance est particulièrement marqué dans la dichotomie que l’on retrouve dans le traitement de l’information : il y a des victimes et des bourreaux. « Sans s’en rendre compte, les médias contribuent à réactualiser le bon vieux discours de la lutte des classes, version mondialisation » p55.
 
Quand une affaire apparaît, il faut aller vite. Les journalistes ne peuvent manquer une info. La faute à qui ? A la concurrence entre médias ? On peut l’admettre. « Il faut être le premier – et en tout cas, certainement pas le dernier – à parler de ces affaires » p91.
 
Phénomène connu et souvent décrié, l’auteur revient sur le manque de distanciation avec les élites, qu’elles soient du show-business ou de la politique.
Il enfonce le clou sur la déliquescence du métier de journaliste « les médias étant de plus en plus assimilés à l’univers du show-business, la frontière entre réel et virtuel, entre fiction et réalité étant de plus en plus ténue, le métier de journaliste est surtout perçu comme étant une variante des métiers du spectacle » p67. Cela se reflète notamment dans les concours d’entrée aux écoles de journalisme où les certains candidats mélangent complètement ces deux métiers.
 
La proximité avec les politiques tourne à la complicité. D’autant que le métier de politique est un terrain fertile pour la mégalomanie. « Avec cette étrange maladie, le donneur – le journaliste – et le receveur – le « medialomaniaque » - sont souvent complices, compères, comparses, parfois copains ou copines ». Politiques qui vont s’enfermer dans leurs bulles reliés au reste du monde par les journalistes, avec comme unique structure de pensée leur plan média.
 
Mais comme il n’y a pas de média sans audience, l’auteur n’écarte pas la responsabilité du public. Tout cela n’est survenu que parce que « nous » avons construit une démocratie d’opinion.
Le diktat de l’opinion prive le politique de ce dont il a le plus besoin : le temps pour orienter sa politique sur le long terme. « Le facteur dominant, c’est la démocratie d’opinion dans laquelle nous vivons. En sacrifiant sans cesse le long terme au court terme, elle coupe l’herbe sous le pied des grands hommes qui ont besoin de temps pour s’affirmer » p149. Temps qui est aussi précieux pour le journaliste, pour analyser plutôt que de verbaliser.
 
Enfin, dernier rouage de cette mécanique bien démontée par l’auteur : le rôle des nouvelles technologies. Avec leur impérieuse nécessité de la vitesse, les nouvelles technologies sont un réel facteur aggravant. Tout doit aller vite. La prime est au scoop, au temps réel. L’analyse et l’investigation qui demandent du temps ne payent pas.
 
On pourrait ajouter un dernier paragraphe, tout juste esquissé dans l’ouvrage, et qui concerne les nouvelles menaces pour la profession de journaliste.
- En premier lieu, l’essor d’internet et des blogs, qui permet à tout un chacun de trouver de l’information, de l’analyser et de la publier, avec la plus grande des facilités. La défiance actuelle envers les experts conduit à privilégier l’avis du simple quidam (le bloggeur qui parle vrai *) au détriment de celui qui sait, mais dont on ne sait pas à quel lobby il est inféodé.
- Autre menace, moins précise mais non moins dangereuse, celle de l’apparition des nouveaux métiers de l’analyse. Je veux parler des professionnels de la veille ou de « l’intelligence économique » dont le savoir faire réside dans les capacités de collecter, analyser, et diffuser des informations pertinentes (et dont je fais profession). La seule différence est qu’ils le font pour le compte d’entreprises, et dans le cadre du secteur marchand du conseil. Ce domaine est particulièrement dynamique dans le développement de systèmes automatisés de collecte et de traitement, outils sophistiqués que les journalistes seraient bien inspirés de s’approprier au plus vite.
 
 
Qu’en conclure ? Va-t-on jeter le bébé média avec l’eau du bain ?
On l’a bien compris, si les médias ont trahi, les responsabilités sont multiples, partagées, et les mécanismes complexes.
On ne peut faire porter la faute sur un seul coupable, qui deviendrait ainsi le bouc émissaire. Tout est lié. « Les citoyens et les décideurs ont les médias qu’ils méritent », rappelle l’auteur p17.
Un diagnostic plus général est porté sur la France. Notamment quand l’auteur écrit : « Paniquée par l’avenir, la France donne l’impression de s’être emmaillotée dans la toile des grandes confusions (…) » p47.
 
On tient sans doute là, une des clés les plus profondes de ce malaise : l’effroi face à un avenir que l’on ne pense pas maîtriser. Même s’ils ont une responsabilité importante dans la situation actuelle, les médias ne sont ni victimes ni bourreaux. Ils sont avant tout le catalyseur de ce malaise. A ceci près qu’un catalyseur, dans une réaction chimique, ne sort pas affecté par la réaction qu’il a entraîné. Or dans notre cas, le catalyseur-média s’appauvrit constamment.
 
Jérôme Bondu
 
La trahison des médias de Pierre Servent
Edition Bourin 2007 – 169 pages
Toutes les phrases entre guillemets sont issues de l’ouvrage.
 
* A noter que :
1- je fais partie des blogueurs invétérés
2- vous lisez cet article sur un blog ;-)
 
 
Par Jerome Bondu - Publié dans : Lobbying
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Mardi 8 janvier 2008 2 08 /01 /Jan /2008 09:56
desert.jpg On sent bien, même s’il ne peut y avoir de certitudes, que dans cette affaire des Français assassinés en Mauritanie, il le dit et … le non-dit.
 
- Les médias s’étaient d’abord fait l’écho d’une affaire de banditisme. Les Français auraient été assassinés pour leur dérober leur argent.
 
- Puis, il y a eu mention de l’appartenance des meurtriers à la nébuleuse Al-Qaida, avec quelques hésitations sur les faits réels. Le Figaro écrit le 26 décembre : « Mais le ministère de l'Intérieur a commencé à s'écarter de sa première version, celle d'un "crime crapuleux". Un communiqué précisait que les victimes n'avaient pas été volées, contrairement à ce qui avait d'abord été affirmé. » 
 
- Cette affaire a été « l’élément déclencheur » de l’annulation du Paris-Dakar. Là encore, les différents acteurs ne parlent pas à l’unisson. Le Figaro du 04 janvier : « Côté mauritanien, le gouvernement dit ne pas bien comprendre cette annulation, assurant que «toutes les garanties avaient été données» à ASO* et disant ne pas être au courant de menaces particulières. Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a en revanche qualifié de "sage" la décision d'annulation. »
 
 
- Qu’en penser ? Y a-t-il eu récupération politique d’un fait divers ? Le site bakchich.info va assez loin dans ce sens : « L’annulation du rallye Paris-Dakar est-elle justifiée par de réelles menaces d’Al Qaïda en Mauritanie ou par une "raison d’Etat" assez floue ? » L’Etat a réagi à une menace d’Al-Qaida. Mais le journal interactif qui se l’est procurée écrit  : « Cette citation assez vague est issue d’un communiqué mis en ligne par le groupe le 29 décembre. Or, dans ce texte, si le groupe AQMI** revendiquait bien l’attaque contre les soldats mauritaniens et une série d’actions le même jour en Algérie, il ne mentionnait à aucun moment - pour s’en féliciter, en porter la paternité ou prendre ses distances - l’assassinat des Français (…). »
Le média citoyen conclue : « A se demander si la "raison d’état" invoquée sous couvert de menace terroriste ne serait décidément pas un régulateur de relations bilatérales… Paris ne veut pas fâcher Alger, mais prend moins de gants avec Nouakchott. » Ajoutons comme dernier ingrédient à cette affaire, les trafics de drogues, importants dans cette région, et que le rallye devait certainement gêner.
 
Tout cela donne l’impression désagréable d’une récupération d’un crime sordide, pour des décisions politiques. Al-Qaida semble avoir bon dos. Les chemins vers la vérité sont toujours sinueux, à l'image de des dunes du désert.
 
Jérôme Bondu
 
* ASO : Amaury Sport Organisation, organisateur du rallye Paris-Dakar
** AQMI : ancien Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), désormais intitulé Al Qaida pour le Maghreb islamique (AQMI)

Par Jerome Bondu - Publié dans : Lobbying
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Lundi 1 octobre 2007 1 01 /10 /Oct /2007 09:21

La « Lettre A » * en date du 14 septembre, annonce qu’il pourrait y avoir une institutionnalisation des lobbies au parlement. Le mouvement actuel pourrait modifier le règlement intérieur, « les « lobbyistes » seront alors accrédités au Palais Bourbon, après avoir signé une charte éthique réglementant les aides techniques et financières apportés aux parlementaires. Ce point vise à assurer la transparence (via une banque de donné publique) des informations transmises pour obtenir le dépôt d’amendements lors de l’examen des textes législatifs, ou bien dans le cadre de « groupes techniques », voire lors de l’organisation de colloques au Parlement. »

De toute façon, les lobbies étant de plus en plus présents, il semble logique de vouloir réglementer leur présence, plutôt que de la « nier ».

Plusieurs conférences données au Club IES ont eu pour but de préciser le rôle et les pratiques des lobbyistes, dont l’image en France est tout sauf flatteuse. Ce que l’on peut déplorer, et qui a notamment pour conséquence de nuire à notre représentativité à Bruxelles.

Voir les comptes rendus :
http://jerome-bondu.over-blog.com/article-6782164.html
http://jerome-bondu.over-blog.com/article-6773374.html

Est-ce une américanisation regrettable ? De toute façon, même les chantres du patriotisme économique s’y mettent. Ainsi la fondation d’entreprise Prometheus créée par Bernard Carayon est devenue un « do tank » sur le modèle américain. Peut importe le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse pourrait-on dire, car les objectifs de cette institution semblent ne pas avoir changés. Pour marquer ce nouveau départ, un colloque devrait être organisé le 6 novembre 2007 à Science Po sur le thème … « Pour une politique Européenne de protection des actifs stratégiques ! ».

Jérôme Bondu

 * Lettre éditée par Indigo Publication

Par Jerome Bondu - Publié dans : Lobbying
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Mercredi 19 septembre 2007 3 19 /09 /Sep /2007 21:40

Voici le compte rendu d'une conférence donnée le 22 novembre 2005 au Club IES. Ce CR a été rédigé par Jérôme Bondu, à partir des notes de Jean-Michel Lavoizard.

  

Présentation des intervenants :

Jean-Michel Lavoizard
est officier des forces spéciales. Après avoir servi onze ans en Unité opérationnelle spécialisée dans le renseignement humain (13e RDP), puis quatre ans au Commandement des Opérations Spéciales (COS), il travaille depuis 2004 en environnement multinational au bureau Opérations spéciales de l'état-major stratégique opérationnel de l'OTAN (SHAPE, Belgique). Il est en outre auditeur IE de l'IHEDN et participe activement à plusieurs associations d'IES.

André Jean-Marc Loechel, historien, est président du Réseau européen des Villes Numériques.

 

Introduction
Les think tanks
1 sont des structures apparues récemment en France mais qui ont déjà pris une place à part entière parmi les organismes influents.

Cette conférence a eu pour objectif de présenter les think tanks, leurs origines, objectifs et mode de fonctionnement. M. Lavoizard, en outre a fourni une documentation dont est extrait la plus grande partie de cette synthèse.

Pour matérialiser ce que peut être un think tank, et comment ce type de structures se créent, il a été demandé au président du Réseau de Villes Numériques de présenter le RVN et ses objectifs.

 

A - Analyse des think tanks

Le thème des think tanks est passionnant, mais ambigu et sujet à interprétations.

 

Origine

Durant le 1ère guerre mondiale : le ministère de l’information britannique a institutionnalisé le premier système étatique de « propagande coordonnée », avec pour ambition d’orienter les grands mouvements d’opinion. La cible principale à l’époque était les intellectuels américains, pour amener les EU à s’engager dans la guerre en retournant l’opinion pacifiste majoritaire de l’époque. L’administration Wilson a alors établi la première agence de propagande publique, le « committee on public information ». Le plan britannique a brillamment réussi auprès des intellectuels libéraux américains, dont le « john dewey circle » qui se réjouissait de ce que, à l’époque, une ferveur militariste avait été créée non pas par les militaires ni par les politiques, mais par la catégorie plus « responsable et sérieuse » que sont les intellectuels. En quelques mois, une opinion majoritairement pacifiste était devenue fanatiquement anti-allemande (il était même défendu de jouer du Bach). Les acteurs de cette campagne – Bernays, Lippmann, etc. – ont ainsi acquis et développé dans les années 20 la maîtrise des mécanismes de contrôle de la pensée collective, des comportements et des opinions, l’idée étant que le peuple livré à lui-même – et à son libre-arbitre - était dangereux.

On voit que dès l’origine, la volonté d’influence est à l’origine des TT.

Le plus ancien TT est le « Brookings Institution » créé en 1916 et tire son nom de Robert Somers Brookings (1850-1932). http://www.brookings.edu/lib/rsbbio.htm

 

Définition

Il n’y a pas de définition universelle, précise et unanimement reconnue. Voici quelques exemples de définitions :

- Le Robert & Collins évoque simplement un « groupe d’experts ».

- Le dictionnaire de la mondialisation de Pascal Lorot évoque des « instituts de recherches pluridisciplinaires, publics ou privés, à but non lucratif, chargés de l’analyse de problèmes économiques, politiques, sociaux, technologiques ainsi que de prospective, à l’échelon national ou international ».

- Le dictionnaire du lobbying de Bruno Gosselin, allant plus loin, parle de « groupes d’experts, clubs de réflexion à la fois organismes de recherches et groupes d’intérêts ». Il cite des organisations pionnières comme le « Centre d’études politique Européenne » ou « l’Association Transnationale des Etudes Européennes ». Ces structures sont de plus en plus concurrencées par des organisations parrainées par de grandes entreprises (comme « l’institut de recherche Philipp Morris »), parfois prises comme « couverture » pour des groupes d’intérêts en quête de légitimité.

Selon le sondage du Journal du Management : 11% des Français estiment que le pouvoir d’influence des TT est « important » ; pour 10% d’entre eux il est « négligeable » ; tandis que 79% ne connaissent pas ce type de structure.

 

Mode de fonctionnement

Si l’on devait dresser une fiche signalétique des TT, il apparaîtrait que ce sont en général :

- des associations/fondations à but non lucratif,

- aux statuts les plus divers (indépendantes, privées ou institutionnelles),

- financées par des mécènes privés, des grandes sociétés, ou des partis politiques,

- orientées sur des sujets d’intérêt général (quand il s’agit d’intérêts sectoriels on parle plutôt alors de lobbies) et à des niveaux stratégiques (dans le sens de décisionnel),

- ces structures se réunissent autour d’une ou plusieurs personnalité(s) reconnue(s),

- avec pour mission la production de connaissances, l’analyse, ou un triptyque informationconseil- éducation,

- avec une activité de recherche qui se déclare très souvent « non partisane », sur des thèmes de sociologie, économie, politique, relations internationales,

- les domaines d’études sont fréquemment les affaires internationales, la réforme de l’Etat, la défense,

- et les produits de leurs travaux sont des rapports et des études (sur commande), des projets et travaux de recherche, des comptes rendus de conférences, livres et revues.

 

Objectif

Outil d’influence à double facette: « contre-pouvoir » ou « contre-allée du pouvoir » ? Moyen d’expression démocratique ou de manipulation d’opinion ?

Sans résoudre de manière catégorique ces deux questions épineuses, on peut dire que de même que dans le « management d’entreprise », une bonne entreprise est une entreprise qui génère du profit (cf. Peter Drucker), un bon TT est un TT efficace, qui produit des effets-résultats, donne le ton et impose la norme, pèse dans la politique et prend part aux processus de décisions ou les influence.

 

On peut les voir comme des outils parmi d’autres dans la palette des outils modernes d’influence, au côté des ONG instrumentalisées, du couple média/cinéma (qui peut participer d’un certain conditionnement, ou agir comme des caisses de résonance).

Comme tous les outils, ils bénéficient à celui qui a une vision, une stratégie, et maîtrise les moyens d’info-communication, occupe contrôle la sphère de l’information.

Il ne faut pas « crier au loup » ni diaboliser, mais faire un constat pour apprendre à se battre avec les mêmes armes. La manipulation par les idées et les mots existe (cf. Volkoff).

 

B - Présentation de quelques think tanks, en France et dans le monde

Il y a des TT partout dans le monde, mais avec un développement privilégié dans les démocraties, qui privilégient l’influence plutôt que la force pour contrôler les populations.

 

France

Les TT sont assez peu développés en France, on en compte quelques dizaines. Le phénomène est récent, et a pris de l’ampleur il y a 10 ans sous le statut d’association loi 1901. Mais deux éléments freinent leur développement :

- il n’y a pas de statut juridique clair et adapté pour les fondations,

- il n’y a pas de pratique de recherche qui soit libérée de la tutelle de l’Etat ou de l’université. Il y a clairement un effet de mode en France. Mais au delà d’un effet par définition éphémère, M. Lavoizard espère que cela va contribuer à développer une approche transverse et collective des dossiers, une rigueur intellectuelle individuelle, et plus de cohésion et d’efficacité collective aux plans politiques et économiques.

 

Quelques caractéristiques des TT à la française :

- Influents,

- Peu nombreux,

- Souvent construits autour d’une personnalité,

- Certains sont ouverts : IRIS, IFRI, Futuribles,

- Certains fonctionnent en réseau (basé par exemple sur une association d’anciens élèves) : on peut citer le club « ESSEC Défense & Sécurité Economique »

- Certains sont payants: FAF, Programme « Young Fellows », Institut Montaigne, Fondation Robert Schuman, Centre américain de Sciences Po, American Chamber of Commerce, …

- On sent en France un besoin d’expression démocratique, que permettent les TT dans d’autres pays. La mode des blogs, est selon notre intervenant une sorte de TT de substitution, à bon marché.

 

Notons le travail du CEPS – Centre d’Etude et de Prospective Stratégique, qui propose des réformes spectaculaires destinées à renforcer l’efficacité de l’Etat. Ses travaux sont financés par le cabinet d’avocats Jeantet Associés et le cabinet d’audit Mazars. Il propose entre autre de créer auprès du premier ministre une structure qui s’appuierait sur :

- Un « comité de coordination, d’analyse, de prospective et de diffusion » (CCAPD) qui remplacerait notamment le Commissariat au Plan (dont le premier ministre a déjà annoncé la suppression), le Conseil d’Analyse Economique, le Conseil d’Analyse de la Société et la DATAR2, et comprendrait notamment une cellule de « recueil et d’analyse de l’information stratégique », et serait placé sous la coupe d’un « pôle d’anticipation et de prospective socioéconomique

et industriel ».

- Un SGDN3 redynamisé sous la coupe d’un pôle « sécurité, défense & international ». Le Haut Responsable à l’Intelligence Economique deviendrait un « Haut Responsable à la Stratégie » auprès du premier ministre. L’ensemble serait chargé de la mise en oeuvre de la maîtrise du flux informationnel nécessaire à l’accroissement des capacités d’anticipation et de prospective de l’Etat stratège, capable de traiter de grandes masses de données. Un intranet gouvernemental serait mis en place sur modèle de l’intellink américain.

 

Etats-unis

On dénombre plus de 1500 TT ou fondations, qui naviguent entre recherche et lobbying. Ils sont clairement des vecteurs d’influence et de développement de puissance.

 

Les TT républicains :

- Pour un certain nombre d’entre eux, on note une opposition réelle à l’administration, mais cette opposition est tempérée car :

o il y a un système de découpage politique favorable à l’administration en place,

o les intérêts américains prennent toujours le pas sur les divisions internes : même entre groupes d’intérêts rivaux, le sentiment de rôle messianique universel des EU est constant.

- Les TT servent de grille d’analyse au gouvernement fédéral.

- Les « Advocacy » - comme « l’Heritage Foundation » ou le « Project for a New American Century » - adoptent une ligne idéologique précise, qu’ils s’évertuent à véhiculer parmi les leaders d’opinions, ce qui les éloigne de l’institution académique pour se rapprocher des lobbies classiques qui pullulent à Washington DC. La différence a trait à leur statut fiscal, les lobbies étant passibles de l’impôt sur les sociétés alors que les TT en sont exemptés en raison de leur activité principale qu’est la recherche. Une étude, « One billion for ideas », menée sur le financement des 20 TT conservateurs les plus influents par le National Committee for Responsive Philanthropy qui oeuvre pour la transparence comptable des organismes philanthropiques, a montré qu’ils disposent de plus en plus de ressources sciemment allouées à des fins politiques. Face à eux, l’absence d’une contre-mouvance à moyens équivalents fait craindre l’avènement d’un cadre où le débat public serait restreint, favorisant la pensée unique. Plus d’1 milliard de dollars a été dépensé par ces 20 TT dans les années 90.

 

Les TT néo-conservateurs :

- Les TT néo-conservateurs actuels sont à la croisée de puissants centres de recherche et de lobbies déterminés, sortes d’institutions de « maîtres à penser ». Ils agissent comme interface entre le monde académique et la sphère politique. Trouvent leur origine dans l’administration Reagan ou dans les cercles politiques qui se sont opposés dans les années 70 à la realpolitik du couple Nixon-Kissinger et à la politique « bienveillante » de Carter. A l’époque, les cercles académiques étaient dominés par des hommes de gauche qui, en ostracisant les néoconservateurs, les ont poussé à se rassembler dans des TT privés. Ils constituent aujourd’hui sur le terrain la banque d’idées et le pourvoyeur des principaux responsables de la politique américaine – un « revolving door » qui alimente l’Etat, contribuent à ouvrir la voie d’un nouvel ordre mondial.

- Comme le disent Pierre Hassner & Justin Haïsse4 : « les TT sont des universités sans étudiants, des centres de recherche financés soit par des fondations philanthropiques ayant une couleur politique très tranchée et des entreprises, soit par des contrats avec l’Etat, soit par les deux ». Ce mode de financement n’est évidemment pas sans influencer les options des TT qui ne revendiquent pas tous les mêmes objectifs.

- Utilisation des TT en appui des idées-thèmes : empire bienveillant, guerre globale contre le terrorisme / guerre préventive – « légitime-défense par anticipation », … tous thèmes objectivement contraires au droit et aux usages internationaux mais qui, sous la pression de l’actualité sont mis en oeuvre pour consacrer et renforcer la suprématie américaine dans le monde, imposa les normes, standards et technologies américains, à la (pour)suite desquels les autres nations isolées, et groupes de nations mal coordonnés ou peu déterminés, ne peuvent que s’épuiser dans la recherche de concurrence.

 

Des think tanks peuvent être des appuis à la stratégie du gouvernement :

- La « national strategy doctrine » du président Georges Bush conceptualise le fait d’utiliser de façon combinée les instruments militaires, diplomatiques, politiques et économiques, pour obtenir un avantage vis-à-vis des menaces et concurrences. D’où la « national security strategy » qui prône la guerre préemptive « si nécessaire » contre le terrorisme et l’utilisation des administrations, et justifie l’action unilatérale si nécessaire dans le cadre de « coalitions des volontés », conjoncturelles et à géométrie variable.

- La doctrine Rumsfeld dite « transformation project », vise à dire que la technologie peut résoudre les problèmes de stratégie. Il s’agit de transformer l’armée des EU en s’appuyant sur la supériorité technologique et la maîtrise de l’information.

 

Exemple de mise en place d’une stratégie globale d’influence par combinaison des efforts, de lobbying, des « psyops », et appuyés par des think tanks.

- « Carnegie Endowment for International Peace », « Council on Foreign Relations » sont avec la « Brookings Institution » les TT pionniers du début du XXème siècle. En général bipartisans, leurs idées sont reflétées dans des magazines comme « Foreign Affairs » ou « Foreign Policy ».

- Les néo-conservateurs rejètent le relativisme et revendiquent la supériorité de la démocratie américaine. Idéalistes et unilatéralistes, ils sont convaincus de la valeur universelle du modèle américain et veulent mettre fin au statut-quo, au consensus mou :

o « Hoover Institution », bastion prestigieux des tendances conservatrices, fondée en 1919, liée à l’université de Standford qui finance en partie son budget de 25 millions de dollars,

o « Project for a new American Century » créé en 1997 autour du magazine Weekly Standard, lobby politique où Robert Kagan, Gary Schmitt & William Kristol appellent l’Amérique à plus de fermeté dans sa politique étrangère,

o « American Enterprise Institute », créé en 1943, avec un budget 23 millions de dollars, joue un rôle important dans la définition des orientations militaire du congrès américain (Richard Perle, Irving Kristol),

o « Heritage Foundation », créé en 1973 par des financiers, très actif auprès du congrès,

o « Rand Corporation », fondée en 1946 par l’armée de l’air, ce TT entretient des liens

étroits avec les néo-conservateurs ; 1600 employés, 200 millions de dollars, la financée par le pentagone. Il met son expertise militaire, technologique et stratégique au service de l’Etat. Il mène des études pour de nombreuses agences et des gouvernements étrangers (dont la Chine !).

 

Voici quelques autres TT parmi les plus connus :

- « World policy institute »

- « Woodrow Wilson International Center For Scolars »

- « Center for Strategie and International Studies » (CSIS)

- « Human Rights Watch », « amnesty international », « international crisi group »

- « Weatherhead Center for International Affairs »

- « World Peace Foundation »

- « International Security »

- « Foreign Policy Research Institute » édite depuis 1955 la revue «Orbis, a Journal of World Affairs». Dirigé notamment par Samuel Huntington et Robert Kaplan.

- La revue « Defense Intelligence Journal » est éditée par l’organisme de recherche fondé par le Départment of Defense « Joint Military Intelligence College ».

- « Columbia international affairs online » http://www.ciaonet.org/

- « Urban Institute » http://www.urban.org/

- « European Security », « Marshall European Center for Security Studies », …

 

Europe

M. Lavoizard a présenté deux think tanks, l'un dans le domaine cible, l'autre, à l'état de projet, dans le domaine de la défense.

 

- Premier exemple, le Mouvement Européen5.

Le Mouvement Européen est une organisation internationale ouverte à toutes les tendances politiques, économiques, sociales et culturelles de la société civile. Il a pour objectif de « contribuer à l'établissement d'une Europe fédérale unie, basée sur le respect des droits fondamentaux de l'homme, sur les principes de paix, les principes démocratiques de liberté et de solidarité, et sur la participation des citoyens ». Ses 41 conseils nationaux et ses 21 organisations membres ont pour but de rassembler les représentants des associations européennes, des partis politiques, des entreprises, des syndicats et des lobbyistes individuels.

 

Les origines du mouvement remontent à juillet 1947. La cause d'une Europe unie était alors soutenue par des personnalités comme Winston Churchill et Duncan Sandys à travers le « United European Movement » anglo-français, une plate-forme de coordination des organisations créées au lendemain de la seconde guerre mondiale.

 

La première grande réalisation du Mouvement Européen fut la création du conseil de l'Europe en mai 1949. Le Mouvement Européen fut également à l'origine de la création du collège d'Europe à Bruges et du Centre Européen de la Culture à Genève. Créé le 25 octobre 1948, il succéda au comité international des mouvements pour l'unité européenne. Duncan Sandys fut élu président et Léon Blum, Winston Churchill, Alcide de Gasperi et Paul-Henri Spaak présidents d'honneur. Depuis plus d'un demi-siècle, le Mouvement Européen a joué un rôle important dans la construction de l'Europe. Le principal objectif du Mouvement Européen est d'exercer son influence sur la scène politique, sociale et culturelle dans le cadre de la société civile.

 

Le Mouvement Européen travaille comme groupe d'étude et d'information - à travers de nombreux projets et activités ; il a été l'un des premiers à donner l'opportunité au grand public de prendre part à la dissémination de l'information sur l'union européenne - ainsi que comme groupe de pression – à travers l'influence exercée par ses membres à tous les niveaux et dans chaque secteur d'activité. Le parlement européen, la commission européenne, les parlements, les autorités et les gouvernements nationaux, les milieux d'affaires, les associations industrielles, les ONG et toutes les associations de la société civile en Europe ont été influencés par le réseau de contacts du Mouvement Européen.

 

L'influence est exercée au niveau européen par le Mouvement Européen international et ses organisations membres, et au niveau national par ses conseils nationaux, présents dans toute l'Europe. Le Mouvement Européen est aussi la seule ONG de ce genre qui a des membres partout en Europe ; non seulement dans les pays de l'union européenne, mais aussi dans les pays candidats ou non à l'adhésion.

 

L'une de ses fonctions principales pendant la période allant des années 50 aux années 90 fut la création de think tanks et d'un réseau de mobilisation dans les pays démocratiques de l'Europe ainsi que dans les pays soumis à des régimes totalitaires.

 

Depuis 1948, le Mouvement Européen joue un rôle essentiel dans le processus de l'intégration européenne en influençant les institutions européennes et nationales. Il a lutté pour l'élection du parlement européen au suffrage universel direct, puis pour le traité sur l'union européenne et la constitution européenne.

 

Son objectif est l'établissement d'une Union Européenne Fédérale. Pour y arriver, le Mouvement Européen a toujours placé le citoyen au coeur de la construction communautaire.

 

Aujourd'hui, le Mouvement Européen International est représenté dans 41 pays européens et regroupe 22 associations internationales.

 

- Second exemple, le projet du conseil économique de défense. Face à l’intérêt et au besoin de développer la réflexion stratégique en France et en Europe, trois catégories de parties prenantes, à savoir les intellectuels et universitaires, les industriels et centres de recherches, et les officiels y compris les militaires, ont estimé utile que soit étudiée et créée une véritable structure capable de fédérer les efforts et les compétences au sein des pays européens intéressés et actifs en matière d’économie de défense.

 

Centrant sa réflexion sur cette discipline et s’appuyant sur des moyens humains et financiers des officiels, des industriels et des universitaires, un nouveau think tank européen et moderne aura pour mission de définir puis de proposer des réponses concrètes que l’économie de la défense européenne apporterait aux questions suivantes.

- A quelle condition et comment aller plus loin dans la construction d’une économie de la défense européenne vivante et ouverte, solidaire et forte sur le marché européen, et performante pour la recherche et la réalisation de partenariats transatlantiques ?

- Comment faire comprendre aux opinions européennes que le coût de l’assurance défense vaut la peine d’être payé, et que la recherche, la technologie et l’industrie correspondantes sont bénéfiques à l’économie européenne ?

- Quelle pourrait être la faisabilité d’éléments d’une programmation militaire européenne (partielle et progressive) qui résulterait et/ou servirait de référence aux lois de programmation nationales ?

- Quelles sont les technologies à sauvegarder ou à vivifier pour le développement de la sécurité européenne, dans une vision de stratégie internationale, de projection sur des territoires extérieurs ou de protection intérieure et de lutte contre le terrorisme ?

- Comment organiser l’économie de défense européenne, au regard de l’évolution des doctrines de défense, dans une perspective de rapprochement persévérant entre pays européens ? - Comment aborder, de façon concertée, la politique de coopération et d’exportation d’armement correspondant à la position logique d’une économie de la défense européenne majeure ?

 

Même s’il devait, en cas de réussite, ne pas limiter son champ de réflexion et sa recherche de contrats à la seule économie de la défense, le think tank européen et moderne s’appliquerait à engager son activité en :

- Répondant aux trois donneurs d’ordres que seraient les industriels et centres de recherche, les intellectuels et universitaires, et les officiels, y compris les militaires,

- Asseyant sa compétence sur le trio anglo-germano-français et quelques autres pays européens intéressés, dynamiques et actifs,

- Organisant son activité comme un fédérateur et animateur des compétences existantes dans les divers pays,

- Recherchant une relation particulière et approfondie avec les services de l’union européenne et bien sûr de l’agence européenne de la défense.

 

Conséquence de ces quatre hypothèses, la structure proposée devrait s’assurer du soutien financier des donneurs d’ordres de départ et prendre à leur égard l’engagement d’une mise en oeuvre progressive, économique et souple.

 

Si elle est retenue, la proposition conduirait à la désignation d’un responsable, en principe le directeur du futur think tank européen qui, accompagné d’un nombre restreint de collaborateurs et nanti d’un budget de départ, proposerait, dans un délai de six mois, le format précis du lancement du think tank.

 

Quelques liens académiques

- Active Citizenship Network http://activecitizenship.net

- AFEUR- Association Française d'Etude pour l'Union Européenne

http://www.tepsa.be/html/afeur.htm

- European University Institute http://www.iue.it

- Institute of European Studies http://www.qub.ac.uk/ies/index.html

 

Recherche

- School of politics, international studies and philosophy

http://www.qub.ac.uk/schools/SchoolofPoliticsInternationalStudiesandPhilosophy/Research/CurrentResearch

- Jean Monnet European Centre of Excellence http://www.leeds.ac.uk/jmce

- libera università mediterranea http://www.lum.it

- LUISS - Libera Università Internazionale degli Studi Sociali http://www.luiss.it

- Parlement Européen, commission des affaires constitutionelles http://www.europarl.eu.int

- Pole Universitaire Européen de Nancy-Metz http://www.europole.u-nancy.fr

- Robert Schuman Centre for Advanced Studies http://www.iue.it/rscas

- Università Roma III http://www.uniroma3.it

- Université Libre de Bruxelles http://www.ulb.ac.be

 

Quelques think tanks dans d’autres pays Européens :

- Norvège : « International Peace Research Institute », qui édite la revue « Security Dialogue »

- Dänemark : « Danish Institute for International Studies » DIIS

- Allemagne : « Kieler Weltwirtschaftsinstitut » , « Deutsches Institut für Wirtschaftordnung, Stiftung Wissenschaft und Politik »

- Italie : IAI – « Istituto Affari Internazionali di Roma » http://www.iai.it

 

Cas particulier de la Suède, qui a une tradition ancienne (culture, histoire, géographie) de réseaux

publics et privés très influents :

- FOI – “Swedish Defence Research Agency”

- “Stockholm International Peace research Institute” http://www.sipri.org/

- BISNES – « Business Intelligence & Strategy Network Scandinavia », créé 1992, qui a favorisé liens communauté du renseignement et des affaires

- FOSO – « Forum for Joint Intelligence », regroupe des membres issus du monde universitaire, gouvernemental et entreprenarial et favorise l’échange d’expérience.

- « Confederation of Swedish Enterprises », regroupe 50000 entreprises, et dont l’un des services travaille sur le suivi de tendances dans l’environnement des entreprises, et l’impact sur les secteurs économiques.

- Soutien institutionnel de l’IE : « Swedish Emergency Management Agency » (analyseanticipation des situations de crise); « swedish technical attaches » qui regroupe des attachés scientifiques des ambassades.

 

Angleterre

Exemple de mise en place de structures d’intelligence territoriale. Business links, organisations en réseaux d’appuis, lancées au début des années 90 par le gouvernement de John Major, véritables réseaux territorialisés d’appui et de diffusion des pratiques d’IE et d’informations à valeur ajoutée orientées PME et TPE.

- « Center For Policy Studies »

- « Adam Smith Institute »

- « Institute Of Economic »

- « Center For European Reform »

- « International Peacekeeping »

 

Japon

Le Japon développe une stratégie publique d’influence politique et économique en soutien des entreprises, avec une approche « technoglobaliste », qui valorise à son profit l’information internationale par l’interconnexion massive des pôles de créativité scientifique des grand pays industrialisés (financement de grands programmes de recherche internationaux…). Le concept est habile car il est présenté sous un paravent diplomatique qui justifie le projet par des arguments écologiques humanitaires, il pallie l’insuffisance japonaise de recherche scientifique et la compense par l’accès aux résultats scientifiques et techniques occidentaux.

Cf « Naisho », Roger Faligot.

NIRA's World Directory of Think Tanks (NWDTT), Ed. 2005 from the « Japanese National Institute for Research Advancement » http://www.nira.go.jp/ice/nwdtt/index.html

 

Chine

Une évolution encourageante qui accompagne l’ouverture progressive de la Chine. Selon la revue « China International Business », il existe environ 2500 TT. Un grand nombre a été créé dans les années 90, a partir du moment où Deng Xiaoping a décidé d'ouvrir la Chine au monde. Le gouvernement a alors commencé à s’entourer d'avis "extérieurs" pour la mise en oeuvre de sa politique.

 

C - Cas concret de création d’un think tank

La construction du Réseau des Villes Numériques fournit un exemple de construction d’un réseau de partage et de diffusion d’informations, que l’on peut considérer comme un think tank. Son président a évoqué durant la conférence les étapes qui ont présidé à sa construction (depuis la construction de l’ARENOTECH, en passant par le REVN, pour aboutir au RVN).

M. Loechel a présenté quatre facteurs critiques de succès pour la réussite d’un démarche comme celle du RVN :

- avoir le temps, le RVN s’est construit au cours des 15 dernières années,

- avoir de l’énergie,

- avoir un objectif,

- avoir des acteurs volontaires, capables de s’engager sur la longue durée.

 

Jérôme Bondu

 

1 Le terme anglo-saxon est difficile à traduire. Les francisations les plus courantes sont « laboratoire d’idées » ou « réservoir d’idées ». Dans ce compte rendu, le terme « think tank » (souvent employé sous les initiales TT) sera préféré a ces traductions.

Par Jerome Bondu - Publié dans : Lobbying
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Mardi 18 septembre 2007 2 18 /09 /Sep /2007 11:02

Le Point dans son édition du 13 septembre 2007 annonce que le « Maroc achète des Rafales ». Il s’agirait d’une commande de 12 Rafales et autant de Mirages 2000-9. Ce serait la première fois depuis sa création, en 1986, que cet avion développé par Dassault serait acheté par un pays étranger !
 
Mais La Tribune du 17 septembre (source Dow Jones) tempère la nouvelle en annonçant que les Etats-Unis cherchent à bloquer cette vente. Les Etats-Unis auraient fait une « nouvelle proposition ahurissante » (propos d’Hervé Morin lors de l'université d'été de la défense à Toulouse) pour équiper l'armée marocaine en proposant des F-16 d'occasion prélevés sur les forces américaines.
 
On ne peut qu’être étonné de la difficulté de ventre cet avion, « sophistiqué et formidable » (Hervé Morin) ! Ce ne serait pas la première fois qu’un fleuron technologique français, vitrine de notre savoir faire en innovation, se heurterait à une dure réalité commerciale. Entre le France et le Concorde, le Rafale va-t-il rejoindre le cimetière des prouesses technologiques mal commercialisées ?
 
Outre le Maroc, le Suisse et la Libye pourraient être intéressés. Il semble que Nicolas Sarkozy, dont les grands patrons disent qu’il « leur ressemble », se soient saisi de l’affaire. Et que la vente pourrait être conclue lors de son déplacement mi-octobre dans l’Etat chérifien.
 
Le rôle de l’Etat ne sera pas inutile dans ces tractations au plus haut niveau. Les contacts avec l’Arabie Saoudite (même s’ils ne sont pas mentionnés dans les deux articles cités plus haut) pourraient être utiles. Un article d’Elisabeth Studer du 22 octobre 2006* mentionne le pays Wahhabite comme un probable intermédiaire pour une vente au Maroc. On peut lire dans son article (qui cite notamment La Tribune) « La négociation est réalisée par l'Arabie Saoudite qui financera les avions Rafale pour le Maroc. (…) les Saoudiens auraient visiblement sous-évalué l'énorme « déception » des Français à la suite de leur décision d'opter pour l'Eurofighter. L'échec du Rafale aurait été très durement ressenti en France. En conséquence, les missions diplomatiques françaises auraient fini par « ébranler les esprits saoudiens » qui n'avaient pas pris la mesure des enjeux du Rafale pour la France ».
 
Un gigantesque effort est à fournir à tous les niveaux, notamment face au F-35 de Lockheed Martin (issu du programme Joint Strike Fighter - JSF), plus technologique car plus récent. Son prix de vente  sera par ailleurs sans doute moins élevé que celui du Rafale car il devrait être produit en plus grand nombre dés le départ. La grande réussite de l'industrie aéronautique militaire américaine est d'avoir associé financièrement, par voie d'influence, de nombreux pays au développement du JSF, lui assurant ainsi, avant même sa mise en production, un marcher considérable, et par voie de conséquence un prix de revient par appareil compétitif.
 
Tous les réseaux français (politiques, économiques, diplomatiques, relationnels, …) doivent s’unir dans cette mêlée (coupe du monde de rugby oblige) car dans ce genre de sport, c’est la motivation, l’engagement et la cohésion qui priment, ... parfois sur la technologie. 

L'un des principaux arguments de ventes du Rafale restant, par rapport à l'Eurofighter et au F 35, son label "Combat Proven" acquis en Afghanistan fin 2006, que Dassault a par ailleurs fort bien su mettre en avant dans son marketing, très visible, lors du dernier Salon du Bourget.

 
Jérôme Bondu

 
* Source : http://www.leblogfinance.com/2006/10/dassault_vendra.html

 

Par Jerome Bondu - Publié dans : Lobbying
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