Dimanche 12 avril 2009

 

Développement de l’intelligence économique au Maroc

Animé par Abdelmalek Alaoui

 

   




Compte-rendu de la conférence du 7 avril 2009, organisée par le Club IES (AAE IAE de Paris), et rédigé par Jérôme Bondu. Le CR est téléchargeable en format PDF.

 

 

Intervenant

Moulay Abdelmalek Alaoui a participé à la politique de développement de l’IE au Royaume. Il est depuis 2008 associé-gérant de Global Intelligence Partners, cabinet marocain de conseil en IE.

M. Alaoui est aussi président du Forum Francophone des Affaire au Maroc. Il intervient régulièrement en conférence, et est l’auteur de l’ouvrage " Intelligence Economique et Guerres Secrètes au Maroc " aux éditions Koutoubia (Paris, groupe Alphée).

Thème

Le Maroc est sans doute le pays francophone qui s’intéresse le plus à l’intelligence économique, et ce depuis de nombreuses années. Pourquoi le royaume chérifien s’y intéresse-t-il ? Comment s’y adapte la dynamique d’intelligence économique ? Quels sont les modèles suivis ?

Le compte rendu répond à ces questions au travers des points suivants:

- L’intérêt pour l’intelligence économique
- Les problèmes à dépasser
- L’adaptation aux réalités marocaines
- Les premiers résultats et … nouveaux défis


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A- L’intérêt pour l’intelligence économique


Le Royaume du Maroc s’intéresse depuis plus d’une décennie à l’intelligence économique.

Les ferments de cet intérêt se sont développés au tournant du millénaire. L’année 1999 a été marquée par de nombreux changements sur la scène internationale. Elle a vue l’arrivée d’une nouvelle génération de chefs d’Etat, généralement plus jeunes, dans un monde plus connecté, et qui ont eu besoin de systèmes d’informations adaptés aux nouveaux enjeux.
Au Maroc, cela coïncide avec l’accession au pouvoir du roi Mohamed VI, accompagné par une nouvelle génération de techniciens de très haut niveau. Ces derniers vont être confrontés à des enjeux inédits.

Parmi les éléments déclencheurs, qui ont marqué les esprits marocains, M. Alaoui rappelle l’affaire des faux contrats émiratis. Il s’agissait de faux dirigeants émiratis, qui ont fait croire qu’ils avaient un besoin de main d’œuvre équivalent à 30 000 personnes. Cette escroquerie visait à soutirer à l’Etat l’équivalent par personne de 80€ pour mener les frais liés aux tests médicaux obligatoires avant embauche.
D’autres affaires(1) ont souligné l’importance d’un système d’intelligence économique, voir de "due diligence"(2), pour lutter contre des agressions économiques d’un nouveau type.

La réaction face à ces affaires, a été à la hauteur de la prise de conscience. Un processus profond s’est engagé. D’autant que -comme le rappelle avec un sens de la formule M. Alaoui- la monarchie marocaine a « un mandat Biologique » et non électoral. Ce qui lui permet une vision à long terme qui dépasse les échéances de 4, 5 ou 10 ans.
Outre des structures (comme l’Association Marocaine de l’Intelligence Economique) il a été décidé au plus haut niveau de poser un cadre conceptuel en IE pour le Maroc.

 


B- Les problèmes à dépasser


La construction de ce cadre conceptuel a nécessité un profond travail de réflexion pour éviter certains écueils.

Le premier écueil a été d’éviter le " tropisme français " en IE. En effet, à la suite du rapport Martre en 1994, la France a développé une réflexion et une expertise forte sur l’intelligence économique. Il était important de s’inspirer du meilleur, mais de ne pas tomber dans un le " copier-coller " pour adapter au mieux la doctrine IE aux réalités marocaines. Ce travail de distanciation n’a pas été évident. Comme le dit avec humour M. Alaoui, en 2004 le Maroc a organisé 14 conférences sur l’IE, dont pratiquement tous les intervenants étrangers étaient français.

Le second écueil a été la recherche rapide de résultats. L’engouement pour l’IE a permis le développement rapide de cellules d’IE dans les ministères et les agences nationales. Mais ce développement accéléré a pu parfois être contre productif :

- Avec un développement rapide, on serait en droit d’attendre des résultats rapides. Or on sait que le calcul du retour sur investissement est délicat en matière d’IE.

- Certaines cellules ont été très (trop) sollicitées dès le départ, et n’ont pu satisfaire les demandes.

- D’autres cellules, inversement, ont été placées dans une situation où elles devaient d’abord " faire leur preuve ", avant de recevoir des " demandes ". Cette première étape étant parfois difficile à franchir, certaines ont pu se retrouver sous-utilisées.

Résultat : certains ministères ont pu abandonner cette dynamique d’implantation de cellules d’IE, parfois installées trop rapidement.

Dernier écueil : on peut regrouper un certain nombre de points, notamment l’absence de culture de veille stratégique, le manque de passerelle entre le public et le privé, et aussi le culte de l’ingénieur.

Le Royaume du Maroc a su néanmoins dépasser ces différents obstacles pour développer sa propre doctrine IE.

C- L’adaptation aux réalités marocaines

La maturation de la doctrine s’est appuyée sur les plans Emergences I et II développées dans le cadre de la mission du Cabinet McKinsey, qui visait à déterminer les "avantages compétitifs du Maroc".

Cette doctrine a été développée par une observation et une analyse des meilleures pratiques extérieures et des forces intérieures. Le Maroc est un pays aux confluents de différentes influences(3). Il n’est donc pas étonnant que la doctrine d’IE vise à favoriser l’émergence d’un " marocain hybride " cherchant à capter le meilleur de ces différentes influences. Avec son sens de la formule, Abdelmalek Alaoui résume un pan de la doctrine d’IE comme étant pour le " nouveau marocain " ou le " marocain hybride " le fait " d’observer comme les Chinois, d’analyser comme les Français, et d’agir comme les américains ".
 

A quoi cela correspond-il ?

- Observer comme les Chinois, nécessite selon M. Alaoui de mettre en place un système de surveillance du web. Internet est déjà le lieu d’expression de forces de pression de toutes sortes. Nous sommes ici au delà de l’expression populaire, mais dans les jeux d’influence au service des grands groupes de pression ou des nations. Les attaques en termes d’images ont des répercussions directes et bien réelles sur l’économique, le tourisme, … Suivre ces " jeux d’influence ", et se donner le moyen de leur répondre, de faire une contre influence, relève de la légitime défense. C’est se donner les moyens de se battre à armes égales.

- Analyser comme les Français, relève notamment du principe de précaution. Ce " principe de précaution " que M. Alaoui considère comme un " legs de la France ", doit être un élément structurel de la démarche d’IE. De même que cela doit s’accompagner d’un effort de formation de haut niveau. Il est ainsi symptomatique que l’IEP installe un pôle au Maroc.

- Agir comme les Américains, c’est avoir le pragmatisme économique de nos amis d’outre-Atlantique. Bill Clinton a imposé le standard : il faut saisir toutes les opportunités économiques par tous les moyens légaux à disposition.

D- Les premiers résultats et … nouveaux défis

Pour finir, M. Alaoui présente les premiers résultats de l’application de cette doctrine. Il cite notamment les réussites de Maroc Télécom en Afrique subsaharienne face à des compétiteurs européens, et le développement de cette société au rang des grandes entreprises internationales de communication. Dans les différents appels d’offres auxquels la société marocaine à répondu, un usage extensif a été fait des cartographies relationnelles et des réseaux (partie intégrante d’une démarche d’IE).

Au delà du "Marocain hybride", un autre challenge attend le Royaume, en matière d’intégration régionale. Selon M. Alaoui cette volonté doit être politique et économique, avec comme corolaire :

- le rapprochement du couple Maroco-Algérien comme moteur économique du Maghreb. Si Taiwan et la Chine ont pu le faire, ainsi que la France et l’Allemagne, pourquoi pas le Maroc et l’Algérie ?

- le développement du marché économique des cinq pays du grand Maghreb (Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie, Tunisie),

- la fixation de la population et la fin d’un exode des cerveaux qui prive le pays d’une partie de ses richesses.

L’intelligence stratégique saura-t-elle apporter des réponses pour ces nouveaux défis ? Affaire à suivre…

Jérôme Bondu

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Notes :
1- Voir
l’interview de M. Alaoui par la chaine France24, dans laquelle il présente « l’affaire des babouches ».

2- Sur la définition de la « due diligence », voir le
compte rendu de la conférence de M. Lavoizard.

3- [NDLR : La Maroc est ouvert à des influences multiples : Pays arabe, peuplé de berbères, et ayant une frontière sud qui débouche sur l’Afrique noire. Pays qui a connu une influence espagnole et française, mais dont la décolonisation s’est faite relativement sans heurts (comparé à l’Algérie ou le Vietnam). Pays musulman, mais ayant protégé ses citoyens marocains de religion juive. Pays actuellement courtisé par les grandes puissances, notamment américaine et chinoise.]

On pourra aussi utilement lire l'étude sur les pratique en
IE des sociétés marocaines.

Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique - Communauté : Veille stratégique
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Jeudi 9 avril 2009
Mardi 5 mai 2009 à 19H15, le Club IES (AAE IAE de Paris)
Vous invite à la conférence-débat sur le thème:

La veille au service du développement commercial


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THEME
La recherche de nouveaux prospects, le raccourcissement du délai de transformation d’un prospect en client, la fidélisation des clients existants … sont des activités essentielles à toute entreprise.
Durant cette conférence vous verrez de manière opérationnelle comment mettre en place une veille commerciale, avec notamment les points suivants :
- Quels peuvent être les bénéfices d’une veille commerciale ?
- Comment mettre en place une veille commerciale (processus) ?
- Quelles ressources mettre en œuvre (humaines, informatiques, financières) ?
- Comment estimer un retour sur investissement ?

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INTERVENANTS
- Bénédicte Maitre, fondatrice d’Ekeko, est experte en analyse stratégique et aide à la détection de nouveaux marchés (notamment grands comptes).
- Dany Allaoui, Directeur de Luminances, co-fondateur d'ESSEC Alumni Entrepreneurs et du club ESSEC PME-PMI, aide les entreprises à révéler et vendre leurs avantages concurrentiels.
- Jérôme Bondu, fondateur d’Inter-Ligere, est un expert en veille et intelligence économique.

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DÉROULEMENT DE LA SOIRÉE
19h15 - 19h30 : Accueil des participants
19h30 - 20h30 : Intervention
20h30 - 21h00 : Débat avec la salle
21h00 – 21h50 : Cocktail dînatoire

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LIEU
Amphithéâtre de l’IAE de Paris - 21 rue Broca Paris 5ème
M° Censier Daubenton (ligne 7) - Plan d’accès.

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INSCRIPTION OBLIGATOIRE
Inscription uniquement en ligne à partir de l’agenda (en date du 5 mai).
Tarif (paiement en ligne ou par chèque) :
- Membres du Club IES : 10 euros.
- Extérieurs : 15 euros.


 
Par Jerome Bondu - Publié dans : Intelligence Economique - Communauté : Veille stratégique
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Mercredi 8 avril 2009
La lettre d'information de Comundi diffuse ce mois-ci une interview dans laquelle je réponds à trois questions :
1- Quels sont les bénéfices à attendre de la mise en place d’une solution de veille spécifique ?

2- Pouvez-vous nous citer quelques fonctionnalités à forte valeur ajoutée offertes par ces solutions de veille ? Quels sont les plus par rapport à un dispositif de veille gratuit ?

3- Selon vous, qu’est ce qui freine une entreprise à mettre en place une solution de veille automatique ? Comment lever ces freins ?

L'interview est à lire ici.

Cette communication est bien sur à mettre en relation avec la formation que je vais animer sur la veille, et intitulée : "De la veille semi-automatique à la veille automatique sur Internet", avec trois objectifs précis :
- Dresser le panorama des fonctionnalités de veille semi-automatique disponibles gratuitement
- Réaliser un benchmark des principales solutions de veille automatique : fonctionnalités, valeur ajoutée, coût…
- ROI, aspects techniques, étude des besoins : mettre en place votre outil de veille automatique

Prochaine Session : les 25 et 26 juin 2009, Paris
20% de réduction pour toute inscription avant le 24 avril 2009
Par Jerome Bondu - Publié dans : Outils - Communauté : Veille stratégique
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Vendredi 3 avril 2009

« Les européens de la fin du XXème siècle ne soupçonnaient pas "l’étendue du web", décrit comme un marécage peuplé de monstres. »

 

J’ai toujours à portée de main quelques livres d’histoire. Entre deux missions de veille, qui me font jouer avec les technologies modernes de recherche d’information, je m’amuse souvent à lire quelques paragraphes sur l’histoire de France, du monde ou d’ailleurs. Ce sont comme des paliers de décompression, après une longue plongée en apnée dans le web profond. Et cela me permets de relier (inter-ligere) des informations et des Hommes qui n’ont pas l’habitude de se rencontrer …

 

Les grands explorateurs (Vasco de Gama, La Pérouse, Magellan, …) n’ont pas fait que découvrir des nouvelles terres. Les frontières qu’ils ont traversées sont autant géographies que psychologiques. L’extrait ci-dessus (détourné en replaçant « l’étendu des océans » par « l’étendue du web ») rappelle que l’inconnu faisait peur. Et cette peur a développée une riche fantasmagorie, qui faisait voir aux contemporains des grands explorateurs des monstres de toutes sortes peupler l’océan. Ils s’étaient donné de bonnes raisons pour ne pas y aller. L’imagination a remplacé la raison.

 

Je ne sais pas si on peut comparer Gates, Jobs, Brin, Page, Zuckerberg, …aux grands explorateurs d’alors. Mais osons quelques parallèles :

-Il est certain que le web fascine, et fait peur à certains.

-Il est clair aussi que ceux qui découvrent des « nouvelles terres » (par exemple les réseaux sociaux) sont bien placés pour se les approprier (Facebook s’approprie les données personnelles qu’on veut bien lui confier).

-Ces explorateurs d’alors se vendaient au plus offrant. Magellan n’ayant pas réussi à convaincre le roi du Portugal, il alla offrir ses services à Charles Quint. Larry Page et Sergey Brin, fondateurs de google rejoignent Live Search le moteur de recherche de Microsoft.

 

Quand à ces nouveaux territoires, là encore, on peut imaginer leurs contours. Ce sont des territoires définis par l’instantanéité, l’interactivité, la diffusion du savoir.

Enfin, comme avec la découverte du nouveau monde, il y aura certainement des gagnants et des perdants. Les populations amérindiennes, en ont payé un bien lourd tribut. Pas tant par le feu des mousquets que par les bactéries emportées par les conquistadors qui ont été à l’origine d’une des tueries (épidémie) les plus importantes de l’humanité. Sans parler du commerce triangulaire qui a saigné le continent africain, et a déraciné une population, qui en 2009 voit l’un des leurs devenir le chef des nouveaux explorateurs …

 

Jérôme Bondu


Par Jerome Bondu - Publié dans : Stratégie - Communauté : Veille stratégique
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Mardi 31 mars 2009
Le livre d’Abdelmalek Alaoui "Intelligence économique et guerres secrètes au Maroc" est désormais en librairie. Le livre présente les pistes pour le développement d’une nouvelle doctrine marocaine d’Intelligence Economique basée sur le benchmarking des meilleures pratiques.


Présentation :

"La chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989,  marque la fin de la guerre froide. Du coup, 100.000 officiers supérieurs du renseignement sont au chômage technique. A l'Est, leur reconversion sera politique, comme en témoigne l'ascension fulgurante de Vladimir Poutine.  A l'ouest, elle sera économique. Cette élite extrêmement bien formée va grossir les rangs des multinationales anglo-saxonnes. Naîtra ainsi au sein des entreprises une nouvelle pratique : l'Intelligence économique.

Désormais, avec la mondialisation, la guerre économique est déclarée. Tout aussi terrible et meurtrière que les guerres conventionnelles, elle met au ban de l'humanité ceux qui ne veulent pas changer ou qui se croient à l'abri.

Pays aux mille défis, le Maroc a besoin d'une stratégie de guerre économique, qui permettra le jaillissement du dirigeant marocain hybride, qui sait surveiller comme les Chinois, analyser comme les Français, et agir comme les Anglo-saxons.


A l'aide d'exemples plus étonnants les uns que les autres, l'auteur, fin connaisseur des guerres secrètes économiques qui se mènent au Maroc et ailleurs, nous fait entrer au cœur même de cet étrange univers :
L’Intelligence économique, où l'espionnage en col blanc fait ménage avec les coups fourrés les plus tordus (1). La crise financière que nous traversons n'est qu'un avatar de cette guerre qui n'ose pas dire son  nom".

_________

Associé Gérant de Global Intelligence Partners et Président du Forum Francophone des Affaires (FFA) au Maroc, Abdelmalek Alaoui appartient à la nouvelle génération de managers marocains et est un observateur privilégié du dispositif stratégique destiné à contrer la guerre économique. Il intervient au Club IES le 7 avril.

Livre édité aux éditions Koutoubia.

(1) Ce texte est tiré d'un document de promotion du livre. Cela ne signifie en rien que je le cautionne ! Selon moi, l'espionnage n'a rien à faire avec l'IE ... Ce sera un sujet intéressant à débattre lors de la conférence.

Par Jerome Bondu - Publié dans : Géopolitique - Communauté : Veille stratégique
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