Samedi 14 février 2009
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Le titre peut paraitre choquant, mais il illustre une réalité.
Et pour exprimer cette réalité, je laisse le clavier à une spécialiste du domaine, Stéphanie Gourdon :
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"Les concurrents de la destination France, autrefois au nombre de 50, sont aujourd’hui plus de 580 (a)… Ce
chiffre, brut – et brutal – présenté officiellement par la Direction du Tourisme il y a quelques années, révèle à lui seul parfaitement la situation concurrentielle féroce que
connaît le pays et la fragilisation de sa position sur l’échiquier mondial qui en découle. Mais qui a réagi à cette menace ?
Si la France peut
encore se prévaloir selon les statistiques, d’occuper le premier rang des destinations mondiales pour le nombre d’arrivées (82 millions en 2007), elle ne parvient toujours pas à remonter dans le
classement des destinations en termes de dépenses et se cantonne à la troisième place avec 54,2 milliards de dollars, place qu’elle occupe depuis des années maintenant, loin derrière les
Etats-Unis (96,7) et l’Espagne (57,8).
En tant que destination
leader subissant la pression de la concurrence, elle doit aujourd’hui faire face à certaines problématiques sous-tendant des enjeux forts, dont les principales sont l’érosion de
la fréquentation touristique et des dépenses, un phénomène de rejet de la population par rapport à une sur fréquentation et une congestion de
certains espaces et périodes, une perte de compétitivité des entreprises touristiques ou encore la prévision d’augmentation des flux à 10-20 ans qu’il va falloir
gérer.
En un mot, il devient
primordial de prendre enfin les décisions qui s’imposent pour maintenir un niveau de compétitivité et de performance des entreprises, en même temps qu’un niveau d’attractivité de nos
territoires qui soient satisfaisants, pour (re)gagner des parts de marché sur nos concurrents actuels et émergents. L’enjeu étant, au-delà de simplement survivre, de déployer une
véritable stratégie de puissance, permettant de continuer d’occuper la place qui est la nôtre à l’international. En effet, tout comme elle peine à élaborer une politique
culturelle qui lui permette de rayonner et conserver son influence à l’étranger, la France peine à comprendre les enjeux stratégiques que revêt le tourisme et scie la branche sur
laquelle elle est assise.
Pendant qu’elle
s’obstine à comptabiliser les touristes qui ne font que la traverser et se félicite du nombre croissant d’arrivées, un nombre – croissant lui aussi – de destinations n’hésitent pas à investir à
coups de milliards de dollars, pour préparer le tourisme de demain, que ce soit parce qu’elles s’ouvrent enfin comme la Chine ou parce qu’elles préparent
l’après-pétrole…
Si les actions à
déployer sont connues et appelées de leurs vœux par la plupart des acteurs touristiques, il en est une, essentielle, trop souvent occultée : la mise en œuvre d’une véritable politique concertée
d’Intelligence Economique appliquée au tourisme, aussi qualifiée par le Haut Responsable à l’Intelligence Economique, Alain Juillet, d’« intelligence touristique ». Cette
politique devrait bien sûr associer toutes les forces vives, dans le cadre d’un partenariat public-privé intelligent.
Malheureusement des
freins demeurent, tels notre fameux "esprit de clocher", qui nous empêche depuis toujours de nous unir pendant que les autres avancent, l’absence d’homogénéité des systèmes d’observation, la
fâcheuse tendance à nous voiler les yeux et boucher les oreilles pour continuer de dormir sur nos lauriers ou encore cette déconcertante habitude à accumuler les rapports sans les assortir des
moyens à la hauteur des objectifs…
Le dernier en date,
réalisé par le Boston Consulting Group, a d’ailleurs été présenté cet été lors des Assises Nationales du Tourisme et je me souviens avoir entendu avec plaisir Hervé Novelli,
Secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises, du Tourisme et des Services, évoquer – une première - dans son discours de clôture « la mise en place
d’une observation et de statistiques fiables, sur des méthodes éprouvées permettant une véritable action d’Intelligence Economique ». Les actions réellement mises en place depuis
illustrent néanmoins le chemin qu’il reste à parcourir, avant de que de voir mise sur pied une vraie politique d’Intelligence Economique, aujourd’hui réduite à sa portion
congrue".
Stéphanie
Gourdon
Professionnelle du
tourisme. Auditrice à l'Ecole de Guerre Economique
stephanie.gourdon (at)
aege (point) fr
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(a) : Précisions sur l'augmentation de la concurrence touristique :
- Extrait du site Tourisme.gouv.fr : "Bien que première destination
touristique mondiale, la position de la France est de plus en plus menacée : on comptait 50 destinations concurrentes il y a 20 ans, il en existe quelques 580 aujourd'hui, avec des offres
extrêmement compétitives." 27-10-2004
- Extrait de la clôture
des Assises nationales du Tourisme : "La concurrence internationale
s'amplifie, la compétition entre destinations s'aiguise. Le nombre de destinations touristiques répertoriées dans le monde, pays régions ou villes, est passé en 20 ans de 50 à plus de 580."
01/12/2004
Voir sur le même sujet le billet d'hier.