La revue
Sciences Humaines de février 2008 publie un dossier sur les « Autres intelligences ». Quand on est dans l’intelligence économique, on ne peut qu’être interpellé par ce titre. J’ai
apprécié ce dossier, et vous en livre un résumé.
Le Quotient Intellectuel
Un premier article s’interroge sur la pertinence de la mesure de l’intelligence. Comme l’a si bien dit MM. Besson et Possin lors d’une conférence au club IES
« tout ce qui ne se mesure pas, n’existe pas ». L’intelligence n’échappe pas à cette règle. Alors donc, commençons par le célèbre « QI » ou Quotient Intellectuel. Qu’est-ce
que c’est ? Qu’est-ce que cela recouvre ?
Le QI est ancien, les premières recherches datent du milieu du XIXème siècle (Alfred Binet et Théodore Simon). Si au départ, il s’agissait bien d’une division (d’où l’expression
« quotient » intellectuel) les QI modernes sont plus complexes et cherchent à intégrer de multiples facteurs.
Oui mais voila. Quelque soit le nombre de facteurs que l’on cherche à prendre en compte, on tombe sur des écueils de taille.
- D’abord, l’intelligence se laisse difficilement enfermer dans des chiffres. Comment rendre compte d’une intelligence scolaire (faculté de mémorisation, résonnement), d’une
intelligence de la vie (débrouillardise), musicale, créative, … Si certains chercheurs décomptent 7, 8 ou 9 types d’intelligence (Howard Gardner), jusqu’où peut-on aller ? L’intelligence est
mesurée à l’aune de la perception des autres, donc … de ceux qui en ont moins, ou ne perçoivent pas les mêmes choses ! Les dés sont donc pipés dès le départ.
- Ensuite, l’intelligence change, se modifie. Ca n’est en rien un acquis immuable. L’intelligence, c’est UN individu dans UNE situation. Changez la situation (sociale,
professionnelle, affective, …) l’individu et son QI changeront.
- Enfin, et c’est plus grave, les attentes sont si fortes, que le calcul de QI est un terrain dangereux. L’article mentionne par exemple, les dangers relatifs à l’attente des
parents qui cherchent à voir dans leur rejeton un surdoué ; les dangers de la stigmatisation des QI faibles ; le faux nez du racisme biologique. Sans compter que quand un enfant a
réellement un QI élevé, ca peut être pour lui le début des problèmes. Entre l’ennui qu’il peut éprouver à l’école, « l’anxiété de la performance », … nous ne sommes pas étonné de lire
qu’être « surdoué ne prédestine pas forcément à la réussite ».
Allez, je vais quand même vous donner un chiffre et une confidence :
1- Les vrai surdoués sont très rares et représentent moins de 2% des enfants scolarisés.
2- Contrairement à ce que vous pourriez penser, je n’en fais pas partie ;-) Ouf.
Le syndrome savant et les fous littéraires
Deux articles (sur lesquels je passe très vite) se penchent,
- d’une part, sur le « syndrome savant » ; certaines personnes souffrant de troubles mentaux, voire d’autisme, développent des capacités extraordinaires (ils étaient
appelés autrefois « idiots savants ») ;
- d’autre part sur les fous littéraire, à l’intelligence « cohérente mais inadaptée. »
Les intelligences animales
Je suis assez sensibilisé au sujet (il y a quelques mois, j’ai co-écrit un article sur la conscience des
animaux).
L’éthologie cognitive nous permet de mieux connaître les animaux, et de découvrir que les poissons résonnent, les perroquets comptent, les chimpanzés mentent, les corbeaux
imaginent, …
En réalité, il faudrait écrire que nous « redécouvrons » l’intelligence des animaux. Il me semble évident que les Bushmans du Kalahari, les Aborigènes d’Australie, les
Amazoniens, ou tous ces peuples qui vivent en symbiose avec la faune et la flore en savent beaucoup plus que nous sur le comportement des animaux. Les blouses blanches auraient beaucoup à
apprendre de ces hommes nus.
L’intelligence cyborg
L’article qui clôture le dossier n’est pas spécialement réjouissant. Le chapeau de l’article résume bien son contenu : « Le “cyborg“, cet hybride homme/machine, ne sera
bientôt plus une notion de science-fiction. Dans un futur proche, en couplant notre cerveau à un ordinateur, nous pourrons percevoir et raisonner autrement… Mais serons-nous toujours
humains ? »
Pour moi la réponse est clairement non, mais cet avenir semble inévitable à certains. Kevin Warwick, professeur de cybernétique à l’université de Reading, Royaume-Uni, affirme
« que dans un proche avenir, la fusion de l’homme et de la machine est inéluctable : la question n’est pas de savoir si cela va arriver, mais à quelle échéance, et comment s’y
préparer ».
Il faut dire que les capacités que cela développe attise les convoitises, à commencer par celles des militaires ! « Le gouvernement américain s’intéresse bien sûr de près
aux avancées de la recherche concernant les BCI ou les prothèses cognitives. Rendre les soldats plus performants, commander des machines par la pensée…, tout ceci constitue un enjeu de taille
pour une armée dans laquelle l’électronique est de plus en plus présente ».
Brrrrr. Cela fait froid dans le dos.
Ha, si seulement n’homme n’était pas aussi … stupide !
Jérôme Bondu
Crédit image : I-Actu.