Ecologie

Samedi 22 décembre 2007 6 22 /12 /Déc /2007 10:49
goutte-d-eau.jpg J'ai lu l'ouvrage de Maude Barlow et Tony Clarke « L'or bleu : L'eau, le grand enjeu du XXIème siècle ». 
 
Cet ouvrage fait le compte de toutes les aberrations, de tous les gaspillages qui concernent la gestion de l'eau.
Dans un premier chapitre qui s'intitule « La Crise », ils présent un constat sans nuance.
Le second chapitre « La Politique » est plus critiquable, car ils incriminent sans finesse, tout ce qui ressemble de pré ou de loin à une transaction commerciale autour de l’eau. On peut avoir l'impression que c'est l'économie de marché, le capitalisme, qui est au centre de leur vindicte, plus que le gaspillage. C'est dommage car cela nuit à la pertinence de leur discours sur les dangers et la nécessité d'agir vite pour « sauver » l'eau.
Le dernier chapitre « l'Avenir » se propose de donner des solutions d'action. La encore, le bât blesse, car il y a une contradiction forte dans les solutions qu'ils donnent. Ou plutôt, il me semble qu'ils escamotent une donnée cardinale du problème. La voici :
 
Les auteurs pensent que l'eau ne doit pas être une marchandise. L'eau doit -au même titre que l'air- être un bien commun. Mais ce qui est possible pour l'oxygène qui se trouve répartis de manière égale autour de la terre, ne l'est pas pour l'eau. Dès lors, comment faire pour apporter l'eau à ceux qui en manquent ? Car si l'eau peut être gratuite (en effet pourquoi pas), son transport, sa conservation, le contrôle de sa qualité … génère forcément un coût. Sur qui faire peser ce coût ? Celui a possède l'eau dans son sol, ou celui qui en a besoin ? Cette question est totalement occultée de l’ouvrage. Elle me semble pourtant primordiale.
 
Ce questionnement sur la possibilité d’une plus juste répartition de l’eau a été le point de départ d’une réflexion personnelle plus large sur l'origine dans les sociétés humaines des « inégalités ». Si les Hommes ont construit des sociétés inégalitaires, cela ne serait-il pas le reflet de la compréhension qu'ils avaient du monde ? A partir du moment où l'on accepte qu'un habitant de la terre possède les richesses du sol sur lequel il se trouve, il y a une acceptation tacite des inégalités entre les hommes, car les richesses du sol sont -de fait- inégales.
D’où ce syllogisme, que je ne défends pas, mais que je soumets à votre sagacité :
- La répartition des richesses naturelles est inégale.
- Les organisations humaines se calquent sur leur perception de la nature.
- Donc les organisations humaines sont inégalitaires.
 
Le problème de l'eau induit des questions difficiles. Et des réponses … qui le sont encore plus.
 
Jérôme Bondu

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Jeudi 20 décembre 2007 4 20 /12 /Déc /2007 08:21
Le Monde Diplomatique a publié un hors série intéressant sur l'environnement, intitulé sobrement « Atlas environnement. Analyses et solutions ». Une citation vous cueille en première page, et donne nettement la couleur « L'humanité ne se définit pas parce qu'elle créé, mais parce qu'elle choisit de ne pas décrire » Eward Osborne Wilson (1)
 
Parmi les différents chapitres, celui qui a le plus attiré mon attention est celui consacré aux « réfugiés de l'environnement ». Ce sera certainement une des conséquences les plus proches, les plus sinistres et les plus dramatique du réchauffement climatique.
 
Perturbation de l'ordre mondial
Des millions de personnes sont menacées d'émigrations forcée. Cela concerne des zones généralement très peuplée : « C'est le cas dans les grands delta comme ceux du Nil, du Mékong, du Gange et du Brahmapoutre. Mais aussi sur les bandes littorales comme celles du Sud des Etats-Unis, dans les systèmes insulaires peu élevés comme les atolls du Pacifique et de l'océan Indien, ou encore aux marges des déserts comme au pourtour du lac Tchad et à la périphérie de Pékin ».
Les migrations ont en réalité déjà commencées.
La question pour les flots de mirant à venir est savoir où et comment ils iront ?
 
Ethnodiversité en danger
Au delà de l'ordre mondial, il s'agit aussi de la disparition annoncée de « nombre de communautés et de peuples autochtones détenteurs d'un savoir et d'une culture profondément ancrée dans leur environnement ».
 
Nouveaux conquistadores
Je me suis déjà demandé si les conquistadores du continent Sud Américain avaient eu conscience de détruire une civilisation. Il est probable que non. On peut sans doute les créditer de la volonté de soumettre par la force ces terres nouvelles au roi d'Espagne, de l'appât du gain, et du prosélytisme catholique. Mais pas de la volonté d'exterminer les Amérindiens, d'autant que cette anéantissement a surtout été bactériologique, avec l'introduction de maladies européenne (choléra, ...) pour lesquelles les autochtone n'avaient pas de défenses immunitaires. En outre, on sait maintenant que les victoires de Pizarro et autres conquistadores ont été acquises notamment grâce à des alliances avec des peuples indigènes.
Sommes-nous les nouveaux conquistadores ? Sommes-nous en train de détruire des mondes indigènes ? Comme les Espagnols du XVIème siècle, nous n'avons certes pas la volonté de détruire. Mais juste d'étendre une domination politique, de nous enrichir, et de diffuser notre vision du capitalisme (notre nouvelle religion). Comme nous l’avons vu pus haut, l'expérience montre que ce cocktail de motivations est largement suffisant pour provoquer des catastrophes, en déclenchant des forces que l'on ne maîtrise pas.
 
Il est à craindre que le réchauffement climatique sera à des millions de personnes demain, ce que le choléra fut aux Amérindiens hier.
 
Jérôme Bondu
 
(1) Eward Osborne Wilson est entomologiste et biologiste américain.
Par Jerome Bondu - Publié dans : Ecologie
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Mercredi 19 décembre 2007 3 19 /12 /Déc /2007 12:43
Il faut se méfier des idées reçues, et des images mentales automatiques. Les idées associées au requin en sont un parfait exemple. Si on pense au requin, on pense au mangeur d'homme, ... mais qu'en est-il en réalité.
 
L'image du requin
Le mot requin vient de requiem. Car qui voyait un requin pouvait chanter son requiem, tant il est sur qu'il n'échapperait pas à la mort.
 
La réalité éthologique
Issus de la lointaine aire primaire (les plus anciens fossiles connus datent de 430 millions d'années), les requins ont conquis presque tous les milieux marins.
S'ils ont survécus et se sont adaptés, c'est sans doute grâce à leur formidable capacité de prédation. Leurs dents sont placées en rangées parallèles, qui constituent de véritables scies. Elles repoussent en cas de chute. En plus des 5 sens identiques à ceux de l'homme (dont un odorat hors du commun), ils ont un sixième sens nommé électrolocation (sensibilité aux champs électriques produits par le mouvement d'autres animaux) unique dans le monde animal.
 
La réalité du danger
Seuls un vingtaines d'espèces sont potentiellement dangereuses pour l'homme. Selon l'ISAF (1), sur 58 attaques « non provoquées » survenues en 2005, quatre furent mortelles. « Les requins demeurent bien moins dangereux que les abeilles, les guêpes et les serpents qui font beaucoup plus de victimes chaque année » explique Catherine Vadon (2).
 
La réalité écologique
Mais c'est sans doute l'image de puissance qu'il revoit, qui a fait de cet animal un élément important de la mythologie des peuples océaniens. Malheureusement, cette fascination a pris des formes diverses. Et la consommation de ses ailerons est devenue en Chine un signe d'aisance, un plat de prédilection. Aujourd'hui, le poids démographique de la Chine, cumulé avec l'industrialisation de la pêche mène à des aberrations. Les requins sont pêchés en si grande quantité (100 millions par an) qu'ils sont menacés de disparition. Et ceci, pour ne récupérer que leurs ailerons, c'est à dire 3% du poids de l'animal !!! Le requin dont on a coupé les ailerons est rejeté à la mer. S’il y a un cas de gâchis, c’est bien celui là.
« Une vingtaine de pays sont actuellement responsables de 80% des prises mondiales de requins signalés : Indonésie, Taïwan, Inde, Espagne, Etats-Unis d'Amérique, Pakistan, Argentine, Mexique, Malaisie, Japon, Thaïlande, France, ... ». J'ai été étonne de voir que l'Espagne est dans le peloton de tête, et que la France soit en douzième position !
20% des requins sont menacés d'extinction.
 
Image et réalité...
Nous sommes loin de la réalité des requins mangeurs d'homme.
Actuellement, ce serait plutôt tout le contraire.
 
Jérôme Bondu
 
(1) ISAF : Fichier international des attaques de requins.
(2) Source : Le Rotarien. Conférence de Catherine Vadon, maître de conférences au Muséum national d'histoire naturelle de Paris. Elle est aussi commissaire scientifique de l'exposition « Requins », actuellement présentée au Marinarium de Concarneau (jusqu'en mai 2008). 
Par Jerome Bondu - Publié dans : Ecologie
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Mardi 20 novembre 2007 2 20 /11 /Nov /2007 09:31
Ce vaste sujet a été traité avec brio et concision par Jean-François Donzier, lors d’une réunion du Club Rotary de Paris *.
 
L’intervenant, qui a été chargé par le gouvernement français de la création de l’Office International de l’Eau (qu’il dirige depuis 1991), a aussi de nombreux mandats internationaux (il est entre autre, administrateur du « Partenariat Mondial de l’Eau » à Stockholm, a été gouverneur du Conseil Mondial de l’Eau lors de sa création en 1997, …). Voici quelques éléments saillants de son discours.
 
C’est un domaine qui génère de nombreuses idées reçues : La crise de l’eau douce touche déjà beaucoup de pays, et va en toucher toujours plus. Par exemple l’Angleterre, que l’on imagine mal manquer d’eau, connait pourtant des sécheresses estivales ! Certaines départements en France connaissent des situations complexes : le Gard connait 11 mois par an une pénurie d’eau, et le 12ème mois voit l’apparition de torrents incontrôlables.
 
Quelques chiffres permettent de mesurer la multipolarité du problème de l’eau dans le monde :
L’eau (son absence ou sa pollution) est la première cause mondiale de mortalité.
Un quart de la population mondiale n’a pas accès à de l’eau potable.
Un quart de la population mondiale n’a pas accès à l’assainissement basique (par exemple avoir des toilettes).
Vingt cinq pourcent des eaux anthropiques (utilisées par l’homme) retournent à la terre sans aucun traitement. Ce problème vient surtout des grandes mégalopoles (comme Mexico, 22 millions d’habitants, soit 1/3 de la population française).
Non seulement l’eau se fait rare, mais le gaspillage est énorme. Ainsi il est estimé que deux tiers de l’eau transportée est perdu durant le voyage (par exemple due à des fuites de canalisation).
 
Facteur aggravant, les changements climatiques vont renforcer les problèmes de gestion de l’eau ! On risque de voir la fréquence des inondations augmenter. Parallèlement, certaines régions du monde, comme les pourtours de la Méditerranée vont connaître une diminution de 25% des précipitations. Mais ce qui est le plus inquiétant est la perspective d’une augmentation de 50 centimètres du niveau de la mer qui va déplacer des millions de personnes ! Certaines régions du monde vont connaitre de véritables traumatismes.
 
Il y a donc une obligation de changer les pratiques !
Or pour l’essentiel, ce n’est pas un problème de technicité, mais un problème de volonté. Volonté politique d’une part, et volonté de la société civile d’autre part. L’intervenant esquisse quelques axes sur lesquels une volonté politique doit permettre d’aboutir à des décisions, comme sur la tarification de l’eau.
 
Et ce dernier de finir en nous rappelant que nous Français «râlons » souvent sur le goût et le coût de l’eau qui sort de notre robinet, mais qu’il ne faut pas oublier que nous sommes des « archis privilégiés » au niveau mondial. Ce qui ne doit pas nous empêcher d’œuvrer à tous les niveaux pour adoucir, voir empêcher une très probable « crise mondiale de l’eau ».
 
 
Jérôme Bondu
 

* Réunion du mercredi 14 novembre. 
Ce compte rendu informel n'engage que son auteur.  

Par Jerome Bondu - Publié dans : Ecologie
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Vendredi 24 août 2007 5 24 /08 /Août /2007 07:35


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Les professionnels de l'IE seront surement surpris par la teneur de cet article. Rien à voir avec l'IE, ni de près, ni de loin.
C'est un article que j'ai posté sur AgoraVox, et que je relaye sur mon blog. N'hésitez pas à le lire ...
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Descartes pensait il y a seulement trois siècles et demi que les animaux étaient des machines. Et lorsque l’on regarde autour de nous, il semble bien que ce soit toujours la conviction implicite ou explicite de nombre de nos contemporains. Mais justement, comment se fait-il que l’on traite encore aujourd’hui les animaux comme des machines ou des « légumes » bons à être poussés sans ménagement vers l’abattoir ? En fait, cela nous arrange bien, car s’il fallait reconnaître que les animaux ont une conscience, c’est notre « Système » dans son ensemble qui basculerait. Explications.


Ou en est-on de la recherche sur la conscience des animaux ?

Un article du supplément du Monde (en date du samedi 11 août) pose la question de savoir si les animaux ont une conscience. On peut notamment y lire des choses étonnantes sur les positions de grands savants :
- Darwin a écrit « il suffit de voir des chiots en train de jouer pour ne pas douter qu’ils possèdent leur libre arbitre ». Il décrit en détail les origines animales des comportements affectifs et même des croyances des humains. Selon lui « la différence d’intelligence entre homme et animaux (…) est une différence de degré et non de nature ». Il démontre qu’il existe une continuité physiologique, intellectuelle et émotionnelle, et même morale entre les animaux et l’homme.
- Selon Freud, Darwin « réduit à rien les prétentions de l’homme à une place privilégiée dans l’ordre de la création ».

Il est établi que les animaux ont des capacités beaucoup plus étendues que l’on a pu le penser :
- Ils rêvent.
- Ils apprennent, et sont capables d’adapter la pédagogie en fonction de la capacité d’apprentissage de leurs rejetons (observé notamment chez les singes). Ils ont une mémoire.
- Ils ont une représentation de soi et des autres. Par exemple, ils savent imiter, donc ils font la différence entre l’autre et soi (Dauphins). Ils savent aussi mimer différentes facettes de la vie dans l’acte de jeu, l’attaque, la fuite, …
- Ils sont capables d’apprendre le langage des sourds-muets (chimpanzés, gorilles)
- Ils savent raisonner. Ils savent trouver des solutions face à des situations nouvelles (castor). Ils savent construire des outils en fonction d’utilisations différentes. Ils savent ruser et tromper (corbeaux).
- Ils savent diriger leur attention, pratiquer l’introspection (singes), communiquer un désir (chiens).
S’il est difficile d’établir que les animaux ont une conscience, c’est sans doute uniquement parce que nous n’avons pas le même langage.


Que dire aux sceptiques ?

Premièrement, il me semble que la recherche de la « Raison » a toujours été inféodée à des contingences « matérielles » (religieuses, politiques, sociales, économiques) Des exemples ?
- Qu’importait les preuves que pouvait fournir Galilée, il était impensable que l’Eglise se déjuge et que la terre ne soit pas le centre du monde.
- La violence des réactions de l’église vis-à-vis de Giordano Bruno et de Galilée pourrait signifier que l’église savait parfaitement à quoi s’en tenir sur la réalité astronomique. Mais elle a reculé devant la remise en cause des textes sacrés et de leur exégèse que la reconnaissance de cette vérité aurait impliquée. De fait, quand on examine, dans les siècles suivants, la corrélation entre progrès de la science et recul de la foi, on comprend pourquoi la « foi » chrétienne de cette époque a suscité autant de « mauvaise foi » scientifique…
- Faut-il aussi rappeler la controverse de Valladolid en 1550, durant laquelle on s’est interrogé si les amérindiens et les noirs avaient une âme ? Reconnaître que les amérindiens avaient une âme privait les grandes puissances commerciales d’une réserve de main d’œuvre esclave. Les noirs n’ont pas eu cette chance, puisque déclarés dénués d’âme, il n’y avait aucune raison de les traiter autrement que des bêtes ou des machines. Peut être que dans 400 ans, nos lointains descendants seront honteux à l’idée que nous puissions penser les animaux dénués d’une âme.
Il n’est donc pas interdit de se demander si la position suivant laquelle les animaux n’ont pas de conscience définie obéit à une simple recherche de la vérité, ou si elle est polluée par des considérations matérielles.

Deuxièmement, s’il est difficile de prouver que les animaux ont une conscience, rien ne permet d’affirmer l'absence de conscience chez l'animal. De plus, rien n'autorise à affirmer qu’un seul modèle de conscience existe, celui de l'Homme. Rechercher une image de notre propre conscience chez autrui est un bel exemple d’anthropocentrisme. Juger les autres à l’aune de ses propres forces est confortable. Imaginons que chaque animal puisse édicter un critère de comparaison entre animaux : le lion choisira la force, le guépard la vitesse, le lapin la capacité de reproduction, la puce la résistance à la pression, les chats la capacité de voir dans le noir, les chauves souris la capacité à recevoir des ondes, les pigeons à se guider avec les champs magnétiques… Que sais-je ? Et nous la conscience, la force de notre abstraction ? En cas de modification climatique importante, on peut douter que notre critère à nous nous permette de vivre bien longtemps.

Troisièmement, traiter les animaux avec dignité n’est pas une incongruité. L’Homme du XXIème siècle ne serait pas le premier à le faire :
- Les amérindiens respectaient les troupeaux de bisons, et ne tuaient que le nécessaire pour se nourrir, se vêtir, …
- La vache en Inde est sacrée depuis des temps immémoriaux.
- Dans de nombreuses traditions, celle des bushmen par exemple, le guerrier s’excuse auprès de la bête qu’il vient de tuer, et lui explique que c’est pour nourrir sa famille.
- Le bouddhisme enseigne de ne pas maltraiter les animaux car ils sont des réincarnations d’humains.
Il semble que le respect envers les animaux soit proportionnel à leur proximité avec l’homme et aux services qu’ils rendent (en tant qu’être vivants) .


Pourquoi en est-on arrivé là, et que faire pour changer les choses ?

Rappelons d’abord que nous sommes des animaux. Les identités tant comportementales que physiologiques nous dispensent d’insister davantage sur cette évidence. Mais précisément notre insensibilité à leur égard n’est-elle pas aussi une réaction de distanciation, un peu analogue à celle du nouveau riche qui snobe son ancien milieu ? Et une réaction de peur, souvenir ancestral du temps où nous étions davantage proie que prédateur ?

Ensuite, reconnaître que les animaux ont une conscience, nous poserait un sérieux « cas de conscience », pour ne pas dire un problème fondamental. Cela nous obligerait à revoir tout notre système de vie :
- Il faudrait commencer par améliorer la filière alimentaire. Il ne s’agit pas nécessairement de devenir végétarien, mais d’élever les animaux dans des conditions décentes, et de les tuer en leur évitant toutes souffrances.
- Il faudrait réduire les dégradations des habitats, comme la suppression des bocages, la déforestation, la pollution des mers, les différentes formes de braconnage ou de pêche prohibée (pêche à l’explosif par exemple), qui ruinent des espaces entiers de vie.
- Cela nous obligerait en un mot à revoir notre place sur la terre, notre coexistence avec ses autres « habitants », et sans doute par voie de conséquence à limiter la population humaine.
- Notons à ce titre que la réglementation stricte qui encadre depuis quelques temps, dans les pays développés, l’expérimentation animale est un pas dans la bonne direction.

Une révolution aboutit souvent à des excès similaires (mais inverses) que ceux qu’elle a voulu supprimer. Le mieux, pour tenter de limiter cet effet, est de commencer par un changement limité, « tranquille ». Pourquoi ne pas envisager un label qui s’assurerait de la bonne « traitance » des animaux dans la filière alimentaire ?
Y a-t-il un marché pour ceux qui veulent payer plus cher pour avoir l’esprit et la conscience tranquilles ? Pour ceux qui pense que l’on « est » ce que l’on « mange ».
Il faut, de toute manière, rapprocher (au sens étymologique : approcher à nouveau) les Hommes du monde animal. Sans proximité, il y a défiance, méfiance, méconnaissance…

Mais gardons espoir. Il paraît que le propre de l’homme est de savoir s’adapter !!

Jérôme Bondu & Alain Bondu


Pour aller plus loin :
Voir les ouvrages de Dominique LESTEL, éthologue et philosophe, auteur notamment de Les animaux sont-ils intelligents ? (Editions Le Pommier, 2006)
Il est intervenu à l’Université de tous les savoirs. Conférence audio en ligne
 
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3328,36-818944@51-818396,0.html

Par Jerome Bondu - Publié dans : Ecologie
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