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Lundi 7 septembre 2009 1 07 /09 /Sep /2009 13:58

Parmi les effets induits de la révolution numérique, il est en un qui en ravira plus d’un, c’est la réforme de l’orthographe.

 

Un article du 5 décembre 2008 du Monde intitulé "Réformer l'ortografe pour l'enseigner" avait déjà attiré mon attention. Le gros titre du Point de cette semaine « Orthographe, la grande injustice » m’a décidé à apporter ma modeste contribution à ce débat.

 


D’abord brièvement les faits :

-L’orthographe française est une des plus difficiles d’Europe.

-Elle n’a pas évoluée depuis 150 ans, alors qu’elle est elle-même le produit d’une longue évolution.

 


Un peu d’histoire (tiré de l’article du Monde) :

« L'orthographe s'est transformée d'elle-même, naturellement, entre 1650 et 1835. Tous les douze ans en moyenne, un aspect important de notre écriture a changé. Tout démarre au milieu du XVIIe siècle, à la suite des réformes religieuses du XVIe siècle. La réforme protestante fait un devoir aux fidèles de lire la Bible dans la langue nationale. La contre-réforme catholique s'accompagne d'une réforme de l'Eglise qui incite également les fidèles à lire. Partout des écoles s'ouvrent, et l'enseignement de la lecture aux enfants, qui devient graduellement une obligation pour tous, se heurte à une orthographe beaucoup plus complexe que la nôtre. Par exemple, ce qui s'écrivait "iestois" devait se lire et se prononcer (comme aujourd'hui) "j'étais". L'orthographe est alors d'une telle difficulté que l'apprentissage direct de la lecture en français est à peu près impossible. Il faut commencer par apprendre à lire en latin avant de passer au français.

L'orthographe doit donc se simplifier pour que les larges masses puissent apprendre à lire. Vers 1650, on commence à supprimer des consonnes muettes à l'intérieur des mots (poictrine, cognoissance, escrire). En 1667, au soulagement général, les imprimeurs distinguent enfin le "i" du "j", le "u" du "v". Ce sont les points de départ d'une série de réformes qui s'opèrent en continu durant cent cinquante ans. Il faut voir ces réformes comme des évolutions naturelles ne suscitant aucune polémique. Les changements orthographiques se déroulent dans les ateliers d'imprimerie, car les éditeurs, français ou étrangers, répondent à la demande des usagers et collaborent à l'amélioration de l'écriture. L'orthographe n'est pas figée comme aujourd'hui. Il y a bien un usage orthographique, mais rien n'interdit à un certain nombre de graphies voisines de coexister ("connaître" s'écrit cognoistre, congnoistre, connoistre…), parfois même dans le même ouvrage. Peu à peu, la graphie la plus simple finit par s'imposer sous l'influence des maîtres d'école dont l'intérêt professionnel est de réussir l'enseignement de la lecture. Puis, d'un seul coup, vers 1835, tout ce mouvement de réformes s'arrête. (…)

La même profession (les maîtres d'école) qui, jusque-là, s'employait à faciliter l'apprentissage de la lecture en simplifiant les graphies archaïques, va défendre bec et ongles son orthographe, qu'elle a eu tant de mal à acquérir, qui atteste son savoir-faire professionnel, et qui joue un rôle déterminant dans sa promotion sociale, car l'instituteur devient secrétaire de mairie dans la plupart des villages de France ».*

 


Les arguments pour la réforme sont multiples :

- C’est un frein à l’apprentissage de notre langue, et donc par ricochet à notre rayonnement.

- A l’ère du numérique l’écrit s’est imposé partout. Nous écrivons beaucoup plus qu’avant. « L'orthographe défaillante devient une barrière à l'embauche, un frein aux évolutions de carrière. »*

- Passer du temps à apprendre les « codes » de l’orthographe ne pourra se faire qu’au détriment d’autres matières. « Si l'on voulait vraiment revenir au niveau des années 1920-1950, il faudrait que les élèves y passent au moins une heure par jour pendant la majeure partie de leur scolarité. On serait alors obligé de renoncer à des enseignements modernes qui sont d'une importance majeure. »*

-Faire évoluer l’écrire, c’est respecter la tradition historique.

 


Si les changements de viennent pas d'en haut, ils viendront d'en bas. L'utilisation des multiples outils  de communication écrite (blog, microblog, texto, chat, ...) l'imposera.

On ne défend pas une langue en la momifiant écrit François de Closets. Pourquoi faut-il que dans ce pays tout soit objet de rapport de force, et qu'il faille forcément un vainqueur et un vaincu ? s'interroge l'écrivain. Pourquoi les choses passent-elles toujours par une phase de blocage et d'affrontement avant de trouver une solution ? 

 

Jérôme Bondu

 

*Les parties en italiques ont issues de l’article : "Réformer l'ortografe pour l'enseigner"

Article paru dans l'édition du 5 Décembre 2008

Interview d’André Chervel , spécialiste de la langue française.

Voir aussi Le Point "Orthographe, la grande injustice" dossier réalisé par François de Closets.

 

Par Jerome Bondu - Publié dans : Social
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Dimanche 9 août 2009 7 09 /08 /Août /2009 09:50

Cette interrogation est émise par Télérama dans son numéro de fin juillet.

Même si Télérama se veut un journal de réflexion, le titre simplificateur « Internet rend-il bête ? » trahi une volonté délibérée de jouer sur le « choc des mots ». Heureusement le soutitre pose bien l’intérêt de l’article « Comment notre cerveau s’adapte-t-il au net ? Certains craignent l’avènement d’une pensée zapping et la mort de la lecture à l’ancienne. Un scénario que d’autres estiment alarmiste. » Comme tous les professionnels de l’intelligence économique, je passe une grande partie de ma journée de travail sur internet. Ce qui fait que je suis assez sensible aux impacts potentiels du web sur la réflexion et aux risques de formatage. Je reprends quelques points qui ont retenu mon attention :


L’article commence par le témoignage d’un bloggeur qui utilise une belle image pour signifier sa difficulté récente (liée à l’utilisation d’internet) de se concentrer sur des articles longs : « Auparavant, j’étais un plongeur dans une mer de mots. Désormais, je fends la surface comme un pilote de jet-ski ». Cette métaphore parlera à tout le monde et illustre bien un des travers du web : l’incitation à passer d’un sujet à un autre sans réel approfondissement.


Internet induit indéniablement de nouvelles manières de lire, de nouvelles habitudes et de nouvelles attentes. Mais est-ce nouveau ? Le passage de la transmission orale à la transmission écrite il y a près de 4000 ans, puis le développement de l’imprimerie, et plus récemment la généralisation de la radio et de la télévision, … tous ces changements ont eu des impacts forts sur notre manière de penser. Et les interrogations sur les avantages et inconvénients de ces changements ne datent pas d’hier. L’article rappelle que déjà Sénèque « conseille de recopier sur des tablettes des extraits de textes lus, de les classer, de bien les digérer afin de les faire passer « dans notre intelligence, non dans notre mémoire » ».


Quelles sont les modifications dans la manière de lire apportées par Internet ?
- Le web incite à des lectures courtes. A rebondir au sein même d’un texte avec les multiples liens. A des lectures en diagonale.
- Si l’on utilise un lecteur de flux RSS avec des filtres, on sera amené à faire des lectures organisées en catégories : On va ainsi lire un article avec des idées préconçues, selon la catégorie dans laquelle il se trouve, la catégorie étant déterminée par le filtre, lui-même n’ayant fait que détecter des mots clés.
- On sera habitué à des lectures interrompues, hachées par la réception de mails ou de publicités ciblés.
C’est l’ère de la « distraction perpétuelle » peut-on lire dans l’article.

Cet inventaire des effets pervers du Net ne doit pas pour autant cacher les avantages (immenses) promus par le réseau des réseaux. Mais restons-en sur notre interrogation initiale (quel impact du web sur notre pensée ?), auquelle le spécialiste Roland Jouvent contribue à répondre : il est clair que le cerveau est perméable aux habitudes de lectures « Plus que tout autre organe, le cerveau est conçu pour évoluer en fonction de l’expérience – une fonction appelée la neuroplasticité ».


Comment donc notre cerveau risque-t-il d’évoluer ? Deux pistes :
- D’abord vers la recherche de récompenses : Les auteurs font un parallèle avec la « boite de Skinner » : « Ce dispositif montrait que les plus irrésistibles des récompenses ne sont pas celles qui reviennent invariablement, mais celle qui arrivent au hasard. Les sollicitations par le biais du web – une information par un e-mail ici, une vidéo sur Youtube là, un twitt ailleurs – nous permettent donc de cliquer toute la journée à la poursuite des meilleures récompenses ».
- Ensuite vers la recherche de la stimulation constante, et la moindre tolérance à l’ennui.


L’article intègre aussi des risques qui sont d’une autre nature. Après avoir rappelé le danger de la connaissance intime de votre personnalité par les grands acteurs du Net (« Google is watching you ») et la formule de Patrick Le Lay « Nous vendons du temps de cerveau disponible » les auteurs craignent qu’internet se transforme en une machine qui vende « du temps de cerveau actif. Sur le Net, ce qui vaut de l’or, ce n’est pas votre disponibilité, mais votre attention ». Et les auteurs de conclure en se demandant quels seront les dégâts sur la jeune génération, celle née avec Internet et n’ayant rien connue d’autre.

Jérôme Bondu

Les passages en italique sont extraits de l’article.

Télérama n° 3106 25 au 31 juillet 2009.


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NB : pour vous inciter à aller jusqu'au bout de mon petit billet, je vous ai mis les liens à la fin. Histoire de ne pas vous inciter à zapper :
- Vous pouvez lire l’article de Télérama.
- Ecouter les commentaires audio de Barbara Cassin, philosophe et philologue, et Virginie Clayssen, spécialiste du numérique dans le milieu de l’édition.
- Vous pouvez aussi consulter le dossier « Internet rend-il encore plus bête ? » publié par BooksMag.
- Enfin on peut consulter l’article en anglais de Nicholas Carr “Is Google Making Us Stupid?

 

 


Par Jerome Bondu - Publié dans : Social - Communauté : Veille stratégique
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Jeudi 23 avril 2009 4 23 /04 /Avr /2009 08:29
 
 
 


Sur le blog de Lionel Tardy (député UMP et un des principaux critiques de la loi Hadopi) un billet présente une photo de l'investiture de Barak Obama (du 20 janvier 2009). Sur cette photo à ultra haute définition, on peut distinguer en zoom maximal le visage de milliers de participants dans la foule. C’est tout à fait étonnant, allez jeter un œil ! Comme le dit le député « Une seule photo et la possibilité de "ficher" un million de personnes ! »[a]
Un tel document peut faire penser à la surveillance de Big Brother. Dans l’œuvre de Georges Orwell « 1984 », le Parti unique a imposé des « telescreen » (ou télécran dans la version française), sortes d’écran-caméra, dans tous les espaces de vie, publics comme privés, et qui ont la capacité de capturer les moindres faits et gestes de la population d’Océania (Big Brother is watching you). Pourtant, est-ce que ce parallèle est juste ?


Internet nous éloigne de Big Brother


Il se trouve que je viens de relire 1984. Même s’il est facile d’associer internet et toutes ses composantes de détection et de conservations des données (la détection des IP, les réseaux sociaux, la maîtrise des mots clés de recherche, … tous les éléments présentés par la CNIL) à une forme de fliquage (comme vient de l’écrire Metro) il est clair à la lecture de « 1984 » qu’en réalité internet éloigne de la dictature Orwellienne plutôt qu’il ne nous en rapproche.

Voici trois éléments parmi d’autres :
- D’abord, l’Etat d’Océania maîtrise davantage ses citoyens par la destruction méthodique de tout passé historique, que par une observation constante via les télécrans. Dans le roman de science fiction, l’Histoire n’existe plus, le passé est systématiquement revisité à la lumière des décisions prises par le parti. Si l’on peut échapper aux télécrans comme le fait le héros de l’histoire, on ne peut pas échapper à cette éradication du passé.

A ce titre, Internet présente un visage complètement différent, puisqu’il permet une hyperconservation de toutes les strates d’actualité. Et une accessibilité par tous, à tout moment [b].

- Second élément de la dictature, la destruction des liens relationnels, qu’ils soient familiaux, amicaux, amoureux, … au profit d’une seule et unique relation avec l’incarnation du parti, Big Brother.

Inversement, internet a permis la floraison de multiples outils de socialisation (dont les réseaux sociaux ne sont qu’un des aspects) et d’expression, d’affirmation de son individualité, et du regroupement des individualités. La plupart des regroupements (blogs, groups, forums, …) fonctionnent sur le registre : « je suis unique, vous êtes uniques, formons le réseau des gens uniques ! » Derrière ce paradoxe, il y a une réalité qui fonctionne très bien sur le web.

- Troisième éléments, l’appauvrissement de la langue. Le Newspeak (ou novlangue) est créé pour permettre un encadrement du champ lexical, avec comme finalité de réduire l’expression de la pensée.

Sur ce plan encore, internet est plutôt générateur de nouveaux champs lexicaux. Et même si la richesse lexicale issue du web n’est pas encore reconnue par l’Académie Française, ce n’est qu’une question de renouvellement de génération [c].

Il est d’ailleurs symptomatique que dans les Etats totalitaires (cette fois ci bien réels) internet est toujours strictement encadré (voir par exemple un précédent article sur la censure internet à Cuba).


Vulnérabilité individuelle et force collective

Allons plus loin. Il me semble qu’à partir du moment où tout le monde à accès à tout ce que disent tous les internautes, la valeur des informations personnelles s’effrite. C’est comme si chaque internaute acceptait inconsciemment de se dévoiler sur internet, sachant que si chacun fait de même, la possession par des tiers de ses informations personnelles perdra de sa valeur. Comme s’il y aurait une neutralisation partagée, mutuelle et librement consentie. Comme l’a dit un des gendarmes interrogés par Metro, les gens râlent contre les données compilées dans les fichiers de la police (type Edvige), alors qu’ils en disent beaucoup plus sur internet.

Cette espèce de volonté inconsciente en rappelle une autre, qui est la base du contrat social. Le contrat social est le renoncement à une partie de nos libertés, ou droits naturels, en échange de lois garantissant la perpétuation du corps social. Le fait de vivre en société n’est-il pas celui d’accepter de limiter son espace de liberté, et chacun participant à cet effort, l’ensemble en ressort plus fort.

Internet me semble le terrain d’un nouveau contrat social où la société civile accepterait de se dévoiler, et chacun le faisant, de limiter ainsi l’appropriation par un tiers.

En d’autres termes, le contrat social (qu’il s’agisse de l’ancien ou du nouveau) reviendrait à échanger (volontairement ou non) une augmentation de sa vulnérabilité individuelle contre davantage de cohésion, d’efficacité du groupe, donc de force collective.


Sur-informer est la meilleure manière de se protéger


A ceux qui penseraient que l’abondance d’information sur une personne ou une entrepris est une faiblesse, il faut rappeler les bases de la gestion des informations. Mon métier de veilleur me donne une certaine légitimité pour affirmer qu’il n’est pas de veille plus difficile que celle qui se porte sur une entreprise ou un sujet sur-documenté.

La sur-information est même une des 3 techniques de « manipulation » (sans connotation négative) des informations : la première étant bien sur de ne rien publier (sous-informer). La seconde de publier des choses fausses (des-informer). La troisième étant de sur-publier pour noyer le lecteur et cacher les choses importantes qui pourraient être publiques (sur-informer).

Des trois techniques, la dernière est la plus efficace pour des raisons simples : La première technique est difficile à mettre en œuvre car il est impossible d’assurer une cloison étanche entre ceux qui savent (un conseil d’administration, des actionnaires, …) et le public. Les fuites sont inévitables. Et ne rien publier est toujours suspect. La seconde est dangereuse, et peut être (selon le niveau de desinformation) illégale. La troisième est facile à mettre en œuvre, légale, et terriblement consommatrice de ressources pour les veilleurs qui doivent extirper l’aiguille de la botte de foin informationnelle. [d]

Pour conclure sur la photo qui a initié cet article. Celui qui a pris la photo, l’a mise en ligne, et chacun y a accès. C’est une métaphore du meilleur moyen de limiter l’émergence d’un Big Brother. Puisque nous pouvons tous être Big Brother, personne ne le sera. Le nouveau « contrat social internet » contient en lui-même sa propre régulation.

Jérôme Bondu

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Notes et références :
Voir la photo. Voir le billet de Tardy

[a] Cette photo est construite à partir de 220 photos.

[b] Cela peut néanmoins être relativisé : Ceux qui possèdent les outils de stockage, possèdent le contenu. De même ceux par qui on retrouve les informations (je parle des moteurs de recherche) ont les moyens de censurer ou mettre en avant ce qu’ils veulent. D’où l’importance à mes yeux d’un moteur de recherche européen pouvant concurrencer intelligemment l’américain Google. La volonté européenne n’a-t-elle permis de se passer de Boeing pour le transport de passagers en créant Airbus ? C’est l’objet du moteur Quaero, le moteur de recherche européen.

[c] Là encore, on peut nuancer mon propos. S’il y a beaucoup de gains… il y a aussi beaucoup de pertes. Le bilan est certainement positif dans certains domaines (sciences dures, codes liés au web, certaines conventions comportementales). Et certainement négatif dans d’autres (codes comportementaux plus traditionnels, expression des sentiments, …).

[d] Attention, le fait que la surinformation « protège », n’enlève en rien le devoir de vigilance ! Cela ne justifie en rien les accès d’impudeur sur internet, et notamment sur les réseaux sociaux. Poster les photos de sa dernière beuverie n’a aucun sens. J’ai présenté cela dans un livre blanc sur « l’impact des réseaux sociaux ».

L’extrait sur le contrat social est de Wikipedia.

PS : l'article a été posté sur Agoravox.fr. Voir les réactions.

 .

Par Jerome Bondu - Publié dans : Social - Communauté : Veille stratégique
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Lundi 30 juin 2008 1 30 /06 /Juin /2008 15:18

On se rappelle du livre de Stephen Clarke « A Year in the Merde » qui avait bénéficié il y a quelques années d’une importante couverture médiatique. J’ai lu du même auteur « Talk to the snail » paru en 2006.

 

Son exposé ne vaut pas le très bon livre de deux Canadiens « 60 millions french can’t be wrong » qui font une analyse très fine de la France sous toutes les coutures.

Néanmoins, on pourra créditer Clarke d’un bon sens de l’humour et d’une capacité à bien détecter nos petits travers.

 

Se voir dans les yeux de l’autre est toujours riche d’enseignements. Quelques exemples, certains anecdotiques, … et d’autres plus profonds :

 

Ainsi, j’ai découvert que le terme « gourmandise » n’existait pas en anglais. Dans la même veine, l’auteur raille notre habitude à inventer des mots anglais « that aren’t English at all (…) : camping, parking, living, shampooing, … » Allant même jusqu’à en inventer dans des domaines qui sont notre « pré carré » avec le fooding ! Il évoquera à de nombreuses reprises cette attirance (admiration) refoulée pour l’Amérique.

 

Peuple inventif et créateur, nous avons un malin plaisir à briser les élans de nos jeunes musiciens avec le solfège. Et ce qui est valable en musique, l’est dans d’autres domaines. Dans bien des cas, il faudra passer par un apprentissage long, studieux (voir fastidieux) avant de pouvoir révéler son talent. L’apprentissage des temps (imparfait du subjonctif), la valeur accordée aux diplômes (même après 20 ans de carrière), sont comme autant de fourches caudines sous lesquelles nous nous imposons un passage presque ritualisé.

 

Il s’amuse aussi avec la complexité du vouvoiement et tutoiement. Ce qui peut amener à des situations complexes et indéchiffrables pour un étranger quand –dans un couloir de son entreprise- on croise quelques personnes, dont son chef de service, … On va vouvoyer ce dernier, mais il va nous tutoyer. Tandis que l’on va vouvoyer un de ses collaborateurs dans le cadre du travail, mais le tutoyer sur le terrain de squash. Le patron va vouvoyer sa secrétaire pour atténuer la différence sociale. La secrétaire qui va tutoyer le jeune adjoint du patron, qui lui … va la vouvoyer. Ainsi de suite … Vestige de mœurs aristocratiques qui ont survécues à la révolution ?

 

« Talk to the snail » n’est pas à proprement parler francophobe. Il nous met le nez sur nos incongruités. C’est plutôt rafraichissant.

Et il faut lire l’épilogue pour comprendre que l’auteur, bien que critique, n’en est pas moins un amoureux de la France, … qu’il n’a pas d’ailleurs quitté depuis plus de 14 ans.

 

Jérôme Bondu

Par Jerome Bondu - Publié dans : Social - Communauté : Veille stratégique
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Dimanche 29 juin 2008 7 29 /06 /Juin /2008 07:00

L'internet participatif est aussi intelligent que le cerveau d’une mouche !!  Derrière ce titre un peu provoquant, il y a une réalité numérique (au sens de nombre). Internet connecte 1 milliard d’ordinateurs. Tout comme le cerveau de la mouche connecte un milliard de neurones. Au delà de ce clin d’œil, on peut se demander ce qu’apporte l’internet participatif ? Quels en sont les bénéfices, mais aussi les utopies ?

 

La révolution et les bénéfices de l’Internet participatif.

 

Quelques idées sont reprises d’une conférence entendue récemment (1) de Pierre Balanger, fondateur de Skyrock (2).

 

La véritable révolution de l’internet n’est pas dans la diffusion mais dans l’échange entre personnes.

La diffusion est bien sûr importante, mais elle amplifie une tendance en cours.

Par contre, la possibilité pour tous de s’exprimer sur un pied d’égalité est par contre un véritablement bouleversement aux impacts sociologiques importants.

 

Internet est un multiplicateur d’émancipation individuel. Car il permet à chacun de s’exprimer.

Cela permet de confronter ses idées. D’exposer ses frustrations, et donc de s’apaiser (même si on trouve le pire derrière certains messages anonymes protégés par un pseudo).

Pour ceux qui écrivent un tant soit peu consciencieusement dans les médias participatifs (type www.agoravox.fr) cela oblige à vérifier les idées que l’on veut exposer. Cela permet de progresser par la lecture des remarques des autres. Cela permet de progresser car le sujet abordé reste vivace, et les lectures que l’on fait par la suite sont plus attentives.

Sur internet il n’y a plus de minorité. Quelque soit la position que l’on adopte, on peut trouver une foule d’individus qui pensent de même. L’individualisme se vit en réseau.

L’internet participatif remet en cause les détenteurs d’autorité et du savoir, et les « challenge ».

C’est un séisme d’une magnitude égale à l’invention de l’imprimerie et à l’alphabétisation.

 

Internet modifie certains aspects du business : Les marques ont perdu la maîtrise de leur visibilité et notoriété. J’ai souvent entendu dans les conférences sur le Web2.0 « qu’un anonyme qui annonce une mauvaise nouvelle est plus crédible qu’un institut officiel qui en dit une bonne ».

Conséquence inattendue, certaines entreprises cherchent à impliquer leurs salariés : Ainsi des compagnies qui ont bien compris cette dynamique, ont eu le mot d’ordre vis à vis de leurs collaborateurs « d’ouvrir des blogs » (à condition -bien sûr- de ne pas dire du mal de l’entreprise !). L’impact de 10 000 employés qui parlent de leur entreprise en termes positifs est énorme, et largement plus important que des plaquettes institutionnelles.

 

Internet influe sur la publicité :

La publicité se démassifie. On ne recherche plus à découper la population en catégories (âge, CSP, …) mais on travaille au niveau de l’individu. Ainsi il est possible de charger les bannières publicitaires selon le comportement de surf de l’internaute.

Une des conséquences inattendue est qu’il y a un refus de la part des jeunes (plus habitués à l’internet qu’à la télévision) de la publicité par interruption (comme à la radio ou la télévision). Sur internet la pub n’empêche pas le surf.

 

 

L'utopie de l'Internet participatif.

 

Des contres arguments peuvent être trouvés dans le livre « Le Culte de l'amateur », d'Andrew Keen (3). Ce dernier y dénonce l'utopie de l'Internet participatif.

 

Pierre de Gasquet dans un article des Echos (4), résume la thèse de Keen comme suit : « Fruit perverti de l'imagination d'« anciens hippies californiens romantiques et naïfs », la vogue de l'Internet participatif menace de tirer vers le bas notre culture en encourageant le plagiat, le verbiage, la superficialité ou la pornographie extrême... Loin de participer à la démocratisation de la culture, la fameuse révolution Web 2.0 et ses avatars (YouTube, MySpace, Facebook...) serait en train de « tuer notre culture, prendre d'assaut notre économie et détruire nos codes de conduite ». Quant au noble concept de « journalisme citoyen », il participe pleinement de ce mythe de l'amateurisme triomphant, où la sagacité du « citoyen expert » relègue les médias traditionnels au rang d'antiquités paléochrétiennes. C'est un simple leurre destiné à appâter les masses manipulables à merci. »

 

L’auteur développe deux exemples.

 

D’abord pour stigmatiser la manque de culture de l’internet.

-« A elle seule, Wikipedia, l'encyclopédie en ligne participative, créée en janvier 2001 par Jimmy Wales et Larry Sanger, est considérée par Andrew Keen, fervent partisan de son modèle rival vertueux Citizendium, comme le vecteur de désinformation par excellence. « En tête des recherches mondiales, elle n'a pas plus de valeur qu'un «Trivial Pursuit», avec plein d'erreurs et de demi-vérités ». La mise au point par un étudiant américain, Virgil Griffith, d'un logiciel (Wikiscanner) permettant d'identifier les manipulations ou modifications de biographies sur Wikipedia (et qui a permis de repérer certaines opérations de « nettoyage ») semble lui donner raison. »

-Mais ce manque de culture est bien réel. Il est présent dans la société. Internet ne fait que le révéler. Est-ce que casser le thermomètre est un bon remède pour combattre la maladie ? Faut-il dénier le droit aux moins cultivés d’accéder à cet outil ? Cette idée me semble dangereusement élitiste.

 

L’autre exemple sert à prévenir des miroirs aux alouettes des entreprises de la nouvelle économie.

-Avec ces milliards de dollars « la capitalisation boursière de Google, premier site mondial de recherche sur Internet, qui tire 99 % de ses ressources de la vente d'espaces publicitaires, est-elle vraiment justifiée, s'interroge aussi le pourfendeur du Web 2.0 ? « A la différence de Time Warner ou Disney, qui produisent des films, de la musique, des magazines et de la télévision, Google est un parasite qui ne crée aucun contenu propre. » Son principal mérite est d'avoir inventé un algorithme qui permette de relier des contenus préexistants en faisant payer les annonceurs chaque fois que l'on clique sur un lien. Le degré zéro de la création de valeur en quelque sorte. »

 

Le journaliste des Echos continue ainsi « Le pamphlet d'Andrew Keen a au moins le mérite de contester l'idée agaçante que l'immédiateté et la gratuité priment forcément sur la fiabilité de l'information. Tout en encourageant les médias dits « traditionnels » à ne pas renoncer à leurs standards de qualité face à la vogue du participatif. »

 

 

Pour finir, il me semble qu’Internet n’est qu’un révélateur. Révélateur d’une perte d’orthographe peut être, d’une baisse de la culture générale, sans doute … Est-ce par ce qu’il révèle des choses peu flatteuses sur notre société qu’il faut blâmer l’outil ? Pour reprendre un dicton connu « Ce n’est pas en cassant le thermomètre que l’on peut guérir la maladie. »

Au contraire, je suis de ceux qui pensent que les vertus de l’expression (qu’elle soit orale ou écrire) sont supérieures aux désagréments engendrés.

Et il faut savoir que les mouches sont des insectes très intelligents ;-)

 

Jérôme Bondu

 

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Pour en savoir plus :

 

(1) Conférence du Club des Vigilants http://www.clubdesvigilants.com/

 

(2) Le site de la radio Skyrock cumule les performances. Il est :

- 1er réseau social mondial francophone

- 1ère plate forme de blog en Europe avec 10 million de blogs / 450 millions d’articles / 1290 millions de commentaires

- 15ème site au monde en pages vues (et 1er site francophone en pages vues)

- 150ème site au monde en visiteur unique.

Le CA de la publicité issue de l’internet (16M€) a dépassé en 2006 le CA de la publicité issue de la radio (14M€).

 

(3) Andrew Keen, « The Cult of the Amateur », Nicholas Brealey Publishing, 2007.(2) Interview à « Libération » du 22 août. www.cultoftheamateur.com

 

(4) Article de Pierre de GASQUET, journaliste au service Enquête des « Echos »

http://www.lesechos.fr/info/analyses/4621018.htm


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Par Jerome Bondu - Publié dans : Social - Communauté : Veille stratégique
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