Lobbying

Vendredi 3 août 2007 5 03 /08 /Août /2007 08:29

On traite rarement des ONG sous l'angle des réseaux d'influence. C'était l'objectif de cette conférence du Club IES, animée par Philippe CHABASSE, et dont voici ci-après des extraits du compte rendu (organisée en juin 2006). Le compte rendu complet fait près de 8 pages et peut m'être demandé directement par mail.

Résumé
Les Organisations Non Gouvernementales sont des structures mal connues. Les relations avec les Institutions Publiques étaient il a une vingtaine d’années pratiquement inexistantes. Grâce à un long travail de communication et de collaboration, le dialogue est maintenant établi. Mais désormais, c’est avec les entreprises privées que le travail de communication est à établir.

Présentation de l’intervenant
Philippe CHABASSE, médecin, a été pendant 20 ans co-directeur de l’association Handicap
International. A ce titre il a été Administrateur du collectif des ONG françaises Coordination SUD, représentant des ONG françaises auprès de la Commission Européenne et co-fondateur du réseau de la Campagne Internationale pour Interdire les Mines (ICBL, Prix Nobel de la Paix 1997). Il a été membre de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme, de la Commission Coopération Développement et Auditeur de l’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale.
Il est l’auteur de nombreuses publications. Il est enseignant à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, à l’Ecole des Hautes Etudes Internationales, et à l’Ecole des Mines.
Il est aujourd’hui consultant, gérant du cabinet C & F Conseil, spécialisé dans l’accompagnement des entreprises en matière de relations avec les ONG (Organisations Non Gouvernementales) et les OIG (Organisations Intergouvernementales). Ses consultants possèdent tous une longue expérience associative et un réseau relationnel actif dans les domaines de la solidarité internationale, de la défense de l’environnement et des droits de l’Homme.

Extraits du compte rendu

Le monde associatif français d’après les chiffres du CNRS (en 2002) :
- Il existe 900.000 associations
- Poids économique : 46 Milliards € / 3,7 % PNB
- 900.000 équivalents plein temps
- Ressources : 46% privées; 54% publiques

Les ONG :
- Quelques milliers d’ONG (à mettre en regard des 900.000 associations loi 1901)
- Budget global: 652 millions €
- 65% proviennent de donateurs privés (1,5 à 2 millions de donateurs)
- 35% proviennent de bailleurs de fonds publics internationaux (3/4) ou nationaux (1/4).
- l’État français ne représente environ que 8% du total des ressources

Concentration : la règle des 80/20 :
- Les vingt premières ONG françaises représentent plus de 75% du budget total
- Médecins Sans Frontières France (100 millions €) : délégations dans 19 pays
- Médecins du Monde, Handicap International, Action Contre la Faim (40 à 50 millions €). Associations soeurs dans plusieurs pays européens ou nord américains
- Faible taille, comparées aux « majors » : OXFAM en Grande Bretagne ou CARE aux États Unis

Flou sémantique :
- Il n’existe aucune base juridique et a fortiori aucun organisme d’enregistrement des ONG
- En outre, le terme « Humanitaire » prête à confusion.
- Les ONG sont parfois un « faux-nez » pour des prestataires de service : ce que les humanitaires appellent des GONGOs (Gouvernemental Organisation Non Gouvernemental Organisation) et les BONGOs (Business Organisation Non Gouvernemental Organisation)

Loin d’être un effet de mode, les ONG ont derrière elles une Histoire riche et ancienne, dont voici quelques étapes :
- Les confréries du moyen âge avaient un rôle similaire
- Henri Dunant créé la Croix Rouge
- La décolonisation et le Tiers Mondisme, puis le Sans Frontiérisme ont participé au développement du mouvement

Elles interviennent dans des domaines d’activités très variés :
- Urgence, Développement
- Commerce équitable
- Éducation à la solidarité internationale
- Plaidoyer et diplomatie non gouvernementale
- Transversalité : défense des Droits de l’Homme et Environnement
- Des liens avec la mouvance alter mondialiste
- Ancrage social et/ou expertise.

Leur légitimité et leur représentativité en France sont très diverses.
- Elles sont liées à leurs bases sociales, professionnelles, confessionnelles ou à leur expertises.
- Il existe de nombreux Réseaux identitaires, thématiques ou géographiques. Européens ou internationaux

Professionnalisation: l’exemple de Handicap International
- Budget 65 M € en 2005
- 200 salariés, 6 sections, 50 pays d’intervention
- Conseil d’Administration et Structure Exécutive
- Opération, Communication, Services
- Audits et contrôles

Un milieu professionnel qui se situe dans un contexte éthique exigeant et où, contrairement à l’image souvent véhiculée, les contrôles sont nombreux. Ils peuvent être :
- Publics : audits bailleurs, contrôles.
- Privés : Synergie Qualité, Comité de la Charte de Déontologie.

 

Compté rendu rédigé par Jérôme Bondu (l'article peut être repris sous réserve de mentionner ce blog).

Par Jerome Bondu - Publié dans : Lobbying
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Lundi 11 juin 2007 1 11 /06 /Juin /2007 22:34

Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu de la conférence du 22/04/2002 au Club IES

Sur "Le lobbying"
Animé par Alexandra Laferrière

 

Présentation de l’Intervenant


Melle Alexandra Laferrière est adjointe du directeur et consultante en stratégie institutionnelle, Arcturus Group, Bruxelles.

Résumé


Alexandra Laferrière nous a rappelé, dans un premier temps, le rôle des institutions européennes et le domaine d’intervention des lobbyistes. Puis, au travers d’un cas concret, elle nous a présenté les facteurs critiques de succès d’une action de lobbying.
Le reste de la séance a permis aux membres présents de débattre avec l’intervenante.
 

A. Présentation des institutions européennes et du domaine d’intervention des lobbyistes


Dans la première partie de son exposé, Melle Laferrière nous a rappelé brièvement le fonctionnement des différentes instances européennes, et est revenue sur un certain nombre de préjugés tenaces :
· On peut grossièrement présenter les différentes institutions comme suit :
La Commission initie les dossiers.
Le Conseil décide.
Le Parlement co-légifère (par la procédure de co-décision).
La Commission gère l’application des décisions.

· En France, non seulement ces institutions sont mal connues, mais elles sont entachées d’un certain nombre de préjugés.
On a l’habitude de « fustiger » la Commission, qui initie les dossiers, alors que c’est le Conseil qui prend les décisions. Et le Conseil n’est que la représentation des Etats membres. En outre, les Etats membres ont une certaine latitude pour transposer en droit national les décisions européennes. Et parfois, c’est la loi nationale qui, en durcissant les textes européens, provoque des mécontentements.
Autre erreur couramment répandue, celle de sous-estimer le rôle du Parlement. Le Parlement co-légifère sur les dossiers, et a donc un rôle politique très important - et croissant !
Enfin, faut-il le rappeler, l’image caricaturale du fonctionnaire bruxellois « oisif » est fausse. Un réel travail est mené au niveau des différentes Directions générales de la Commission.

· Domaine d’intervention des lobbyistes.
Il existe différents types de lobbying. Celui pratiqué par notre intervenante est très éloigné des aspects de communication.
Il consiste à faire des interventions techniques auprès des institutions, c’est à dire, de fournir de l’information aux fonctionnaires européens pour les aider dans leur prise de décision.
Parfois même (et c’est presque un paradoxe), c’est le fonctionnaire qui fait appel aux lobbyistes, la complexité et le nombre de dossiers à traiter ne lui laissant pas le temps de se renseigner par lui-même de manière satisfaisante. Il n’est pas rare qu’ils demandent – ou simplement apprécient – les synthèses fournies pas les lobbyistes.

B. Les facteurs de réussite d’une action de lobbying


Au travers d’un cas concret, notre intervenante nous a présenté quelques facteurs critiques de succès pour une action de lobbying.
· Communautariser le dossier.
Les dossiers gérés au niveau européen doivent bien évidemment défendre des intérêts européens. Défendre un dossier sous couvert de la défense d’intérêts nationaux n’a pas de sens, et serait automatiquement voué à l’échec.

· Construire un argumentaire efficace.
C’est la pertinence des arguments présentés qui assure le succès d’une action de lobbying. Il est donc important pour le cabinet en charge d’un dossier de connaître l’argumentaire de la partie adverse et de le « démonter ».
C’est autour de « drinks » et de « pinces fesses » - comme le dit non sans humour notre intervenante - que l’on peut approcher les porteurs des projets adverses et connaître les arguments développés.
Une fois l’argumentaire construit, il faut le soumettre à ceux qui ont en charge de légiférer : les parlementaires.

· Maillage parlementaire.
Il s’agit d’identifier les parlementaires qui sont susceptibles d’être intéressés par le dossier. Il faut également cibler les parlementaires qui ne connaissent pas le sujet et que l’on pourra convaincre.
Pour atteindre les parlementaires de différents pays, il est utile de passer par des cabinets partenaires étrangers.

· Commencer à temps.
Plus un dossier est défendu tôt, plus il a de chances d’aboutir. Une action de la lobbying efficace s’inscrit forcement dans la durée.

C. Débats avec les participants


· Une première question a abordé les différences internationales dans les pratiques du lobbying.
Les pays du Nord sont en général très présents à Bruxelles. Les régions allemandes sont très bien représentées, à l’image du land de Bavière (45 personnes au sein de leur représentation) !
De l’autre côté de l’Europe, l’Espagne est également très bien implanté à Bruxelles.

La France n’est pas bien représentée :
- Les régions françaises commencent simplement à comprendre l’intérêt d’être présent sur place. Au mieux, une région est représentée par « un directeur et une secrétaire ».
- La proximité de Bruxelles n’incite pas les Parisiens à y établir des missions permanentes. Les deux capitales ne sont séparées que par 1h20 de TGV ! « Ca ne vaut pas le coup de s’y installer » peut-on entendre fréquemment.
- Les parlementaires européens français sont éparpillés dans les groupes politiques. (Peu nombreux dans les grands groupes PSE-PPE ; ils sont nombreux dans un groupe sans poids réel, les « non inscrits »). Ce qui contribue à amoindrir la représentation française.
- Tout ceci concourre à faire que les Français arrivent souvent tard dans le processus de décision pour lancer une action de lobbying efficace.

· D’où l’interrogation sur la mauvaise image du lobbying en France.
Les Français projettent sur Bruxelles les problèmes qu’ils vivent à Paris.
A Paris, le processus décisionnel est moins transparent nous explique notre intervenante (opacité des institutions, influence des grandes écoles, difficulté pour obtenir un rendez-vous, …). Dès lors, il est tentant de s’imaginer qu’à Bruxelles la situation est similaire, voire pire du fait de la complexité du puzzle européen.
Or, c’est bien le contraire qui a cours Outre Quiévrain. Le système est largement plus transparent qu’ici.

· Les différents types de lobbying.
Mme Perre de Redon nous a présenté le lobbying qu’elle pratique à Paris, et en a donné la définition suivante : « Il s’agit de techniques d’influence pour faire évoluer les décisions publiques ». Cela est proche de la communication.
Notre intervenante présente son métier comme l’action de « gérer l’environnement législatif et réglementaire du client ». Un métier de procédures conclue-t-elle.

Conclusion


Cette réunion a permis, pour ceux qui ne connaissaient pas le lobbying, de voir ce métier sous un jour nouveau et sans préjugés. Et ainsi de mesurer le retard français et d’identifier les actions correctives à mettre en œuvre.

 

Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu

Par Jerome Bondu - Publié dans : Lobbying
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Dimanche 10 juin 2007 7 10 /06 /Juin /2007 13:49

Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu, da la conférence du 25/05/2004 au Club IES - AAE IAE
Réunion organisée en partenariat avec le GTI lab présidé par Daniel Rouach

Sur le thème  : "LA PRATIQUE DU LOBBYING COMMUNAUTAIRE"
Animé par Maître Yves-Marie Moray

 

Présentation de l’intervenant

Maître Moray est avocat au barreau de Paris et spécialiste en droit communautaire.
Il préside l’association européenne d'avocats d'affaires Eurolaw et l’association Culture Economie Défense.

Introduction


M. Moray précise en introduction qu’il y a lobbying « dès qu’il y a une initiative privée qui a pour but de changer une décision publique » .

 

1. Vision du lobbying

Maître Moray a une vision très précise du sujet qu’il nous a fait partager.
Le lobbying est entaché de préjugés en France. C’est pourtant une activité normale.
Dès qu’il y a pourvoir, il y a contre pouvoir. Il est donc normal que la décision publique soit surveillée. C’est en partie le rôle du lobbyiste. Face au « pouvoir des bureaux » se développe un « pouvoir des couloirs ».

Poussant plus loin la réflexion, maître Moray remarque que la vie est un combat contre des « oppressions ». Oppressions de la force physique, de l’argent, … Aujourd’hui, la force est celle du savoir, de l’information et de la connaissance. Les acteurs économiques développent donc des armes adaptées à ce nouveau rapport de force. Le lobbying en est un.

Concernant les dérives que peut engendrer le lobbying, maître Moray remarque qu’il n’y a pas de domaine qui soit exempt d’irrégularités. « Les règles de comptabilité n’empêchent pas les fraudes » nous fait-il remarquer. Pourtant il ne viendrait pas à l’idée d’une entreprise de ne pas faire de comptabilité. Le raisonnement pour le lobbying peut être le même.

 

2.  Acteurs du lobbying

 

Le lobbying concerne tous types d’entreprises, les grandes comme les petites. Elles peuvent demander à des représentants de l’Etat de les défendre, ou bien aller « se défendre elles-mêmes ».
Il y a d’autres acteurs : les syndicats professionnels, les chambres de commerce, les MEDEFs nationaux, … dont l’action peut se rajouter à celle des entreprises. Le patronat européen UNICE est un lobby très actif.

 

3. Méthodes

3.1. Les bonnes pratiques

Quatre règles importantes :
- Agir le plus en amont possible des décisions. A ce titre une veille active est nécessaire pour détecter les signaux faibles.
- Avoir une représentation large. Le fonctionnaire européen réagit en fonction des intérêts publics européens et non en fonction de l’intérêt spécifique d’une entreprise ou d’un pays.
- Aller « dans le sens de l’histoire ». Ne pas chercher à défendre des positions perdues d’avance.
- Savoir échanger les informations. « Il faut savoir donner pour pouvoir prendre » nous dit maître Moray. Le décideur public est avide de connaître l’avis des entreprises. Dans ce cadre, le lobbyiste est réellement un partenaire qui apporte une information attendue.

3.2. Les techniques

Le lobbyiste pourra utiliser certaines « techniques ». Bien sûr, le choix d’une de ces techniques ne se fait pas à l’exclusion des autres. Le lobbyiste pourra en user simultanément.
- La technique de l’expression : il s’agit de miser sur un argumentaire technique solide.
- La technique de l’appui médiatique : selon les dossiers, il sera utile ou non de provoquer une médiatisation. Dans tous les cas, ce sera à utiliser avec précaution.
- La technique rétilienne, qui consiste en l’utilisation des réseaux relationnels.
- La technique de l’amendement parlementaire, qui consiste à modifier un projet plutôt qu’à s’y opposer frontalement.


3.3. Les erreurs classiques


Bien que ces règles soient connues, on retrouve souvent les mêmes erreurs à l’origine de « ratages » :
- Agir trop tard.
- Agir au coup par coup.
- Lancer une action spectaculaire, ou « viser trop haut ».
- Ne pas être assez discret et dévoiler sa stratégie.
- Travailler en réaction, sans suivre une stratégie propre.

3.4. Les cibles


Les décisions ne sont jamais prises par une seule personne en une seule fois au sein des instances européennes. Il n’est donc pas étonnant que les cibles d’une action de lobbying soient multiples.
- Un des travers couramment observé chez les Français, est de vouloir « viser trop haut ». S’il peut être utile de rencontrer des responsables, il est indispensable de rencontrer aussi les fonctionnaires opérationnels, d’être en contact avec les comités techniques.
- La connaissance de tous les éléments du mécanisme de décision communautaire permettra de pouvoir cibler les hommes à convaincre, de pouvoir réfléchir aux moyens d’actions.
- Avoir un carnet d’adresse fourni n’est rien en soi. Encore faut-il l’entretenir et savoir l’utiliser. Un carnet d’adresse « est un patrimoine » a résumé maître Moray.

 

Conclusion


Pour finir cette présentation, maître Moray est revenu sur les approches culturelles. Les Français ont pris le mauvais pli d’attendre que l’Etat intervienne à leur place.
Pour que cet état d’esprit change, notre intervenant évoque deux pistes :
- introduire des cours de lobbying à l’école de la magistrature, et dans toutes les autres formations qui préparent aux métiers de l’entreprise,
- mettre en place un secrétariat d’Etat en charge des relations avec l’Europe.

 

Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu,


Par Jerome Bondu - Publié dans : Lobbying
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